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Comte aujourd'hui
Michel Bourdeau   Les Trois états - Science, théologie et métaphysique chez Auguste Comte
Cerf - Philosophie et théologie 2006 /  23 € - 150.65 ffr. / 177 pages
ISBN : 2-204-08080-2
FORMAT : 13,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu : Pascal Boldini, agrégé de mathématiques et docteur en informatique, est enseignant à l'université Paris-Sorbonne et membre du Centre d'Analyse Mathématiques et Sociales de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Il est un des rédacteurs en chef de la revue Mathématiques et Sciences Humaines éditée par l'EHESS.

Michel Bourdeau collabore à Parutions.com

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Dans la riche activité éditoriale autour d’Auguste Comte, l’ouvrage de Michel Bourdeau est particulièrement bien venu car il réussit en moins de 200 pages à nous conduire au cœur de ce qui motive le regain d’attention pour le fondateur du positivisme. Tant il est vrai que les idées centrales de sa philosophie des sciences font partie désormais de notre patrimoine commun, il n’est pas surprenant que ce soit le Comte discrédité ou oublié, celui de la politique positive et de la religion de l’Humanité, qui s’offre à la relecture ou à la découverte.

De ce point de vue, on ne saurait trop louer les parti pris de l’auteur, qui restitue les choses connues et moins connues en privilégiant un ordre conceptuel qui permet au lecteur d'entrer dans une pensée parfois déroutante — tant s’y mêlent des vues d’une très grande ampleur et des considérations tout à fait saugrenues — et d’en saisir certaines logiques profondes, en particulier celle qui conduit aux principes de la politique positive. La force de l'ouvrage tient à une constante mise en perspective des idées comtiennes dans le but de nous faire saisir tout l'intérêt pour notre époque de ce qui est, il faut le reconnaître, une importante philosophie sociale, au sens de Axel Honneth (La Société du mépris, La Découverte, Paris, 2006), à ranger aux côtés de celles d'auteurs plus appréciés comme Rousseau, Hegel ou Marx.

Porte d'entrée incontournable, l'exposé de la Loi des Trois Etats est immédiatement suivi d'une première approche du positivisme complet à travers une réflexion sur la place et le statut de la sociologie. L'auteur montre combien le point de vue sociologique au sens de Comte diffère de la science sociale que nous connaissons aujourd'hui. Si la sociologie ainsi comprise occupe la place éminente que l'on sait dans le système positiviste c'est parce qu'elle exprime la visée unificatrice et synthétique de toute l'entreprise : l'objet ultime de la connaissance et de la reconnaissance, c'est l'Humanité. Une fois cette perspective tracée, Michel Bourdeau peut revenir en détail sur les choses les plus connues comme les trois états, et la philosophie des sciences.

Concernant les trois états, le choix qui est fait de partir de ce qui nous est bon gré mal gré familier, l'état positif, pour mieux appréhender les états qui le précèdent, est particulièrement éclairant. Tout d'abord, cela évite d’assimiler les états à des périodes historiques, pour mieux les appréhender comme stades nécessaires du développement de la pensée dans des domaines spécifiques, ensuite, l’état métaphysique y prend tout son relief d’état transitoire, et enfin les idées très originales de Comte sur l’état théologique — réévaluation du fétichisme et du polythéisme — prennent une force inattendue quand on les évalue du point de vue du positivisme complet esquissé précédemment.

Pour la philosophie des sciences, puisque celle-ci est en grande partie assimilée, l'auteur s'attache à remettre Auguste Comte à sa juste et éminente place. On est loin ici de l'image scientiste colportée par la vulgate, et c'est la figure d'un philosophe d'une très grande ampleur qui est dessinée. Michel Bourdeau montre de manière convaincante qu'aucune des philosophies modernes des sciences n'est exempte d'une dette envers le fondateur du positivisme. Rien de surprenant à cela si l'on songe au positivisme logique du Cercle de Vienne qui approfondira les notions centrales de lois et d'hypothèses introduites par Comte ; c'est en revanche plus surprenant si l'on pense aux thèmes khuniens ou aux approches récentes en sociologie de la science. Pourtant, l'auteur montre que rien n'est plus étranger à l'esprit comtien que «la science pour la science». Au contraire, cette dernière est tout entière soumise aux impératifs de la seule connaissance qui importe, celle de l'Humanité. C'est ce souci constant d'unité et de synthèse qui impose de lutter contre les dangers de la «spécialisation dispersive» et donc de prêter la plus grande attention à l'organisation sociale de la science.

La dernière partie de l'ouvrage s'attache à nous faire redécouvrir le Comte méconnu, celui qui paradoxalement a le plus à nous dire aujourd'hui. A l'heure où de nombreux penseurs (Jacques Bouveresse, Régis Debray et Jean Bricmont, Georges Corm) s'interrogent sur le «retour du religieux» et sur le rôle nécessaire ou inévitable de la religion pour l'équilibre social, il devenait urgent de faire entendre la voix de celui qui a voulu instaurer la «religion de l'Humanité». Comme le suggère Michel Bourdeau, l'esprit contemporain gagnerait à accomplir «l'effort sans précédent (…) pour dissocier la religion des formes qu'elle a connues jusqu'alors ; pour penser, si l'on préfère, la religion en des termes qui ne soient pas théologiques». De ce point de vue, on peut dire que l'auteur prend en charge une grande partie de l'effort demandé, et qu'il rend intelligible un système dont nombre de traits superficiels pourraient nous détourner. Il nous permet, en particulier, de saisir un point fondamental : en voulant instaurer rationnellement une religion au dogme démontré, non seulement Comte fonde la sociologie de la religion telle qu'on l'entend depuis Durkheim puisqu'il lui faut caractériser de manière externaliste les formes et les fonctions de la religion, mais il va plus loin, parce que son entreprise est avant tout politique et pratique. Il doit penser tout aussi rationnellement la construction d'un sentiment religieux rationnel. C'est assurément ce dernier point qui touche au plus près les préoccupations de notre époque.


Pascal Boldini
( Mis en ligne le 28/02/2007 )
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