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Histoire & Sciences sociales  ->  Historiographie  
 

Quelles leçons !
Pierre Toubert   Michel Zink    Collectif   Moyen Âge et Renaissance au Collège de France - Leçons inaugurales
Fayard 2009 /  32 € - 209.6 ffr. / 665 pages
ISBN : 978-2-213-64384-7
FORMAT : 15,1cm x 23,5cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Âge à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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Depuis sa fondation décidée par François Ier (1530), le Collège de France a une longue histoire ; le choix des chaires suit l’actualité de la recherche tant littéraire que scientifique (52 chaires aujourd’hui), et la seule obligation de ses membres est de dispenser leur savoir dans des cours ouverts à tous, et non sanctionnés par l’octroi de diplômes ou autres examens. Le Collège de France est donc une institution profondément originale, qui n’a aucun équivalent ni en France ni à l’étranger. Il joue un rôle de référence dans le champ intellectuel, accueille en son sein des professeurs étrangers. Il a récemment fait une entrée aussi fulgurante qu’inattendue dans la modernité avec la mise en ligne de ses cours et l’énorme succès remporté par ses podcasts. Une histoire du Collège de France est actuellement en préparation. Parmi les règles de cette vieille institution : chaque chaire est attribuée à une personnalité, mais sans qu’il y ait obligation de continuité. Une chaire au Collège de France est le couronnement d’une carrière universitaire.

A son entrée en fonction, chaque nouveau professeur prononce une leçon inaugurale. Michel Zink, Pierre Toubert, Roland Recht et Gilbert Dagron, tous les quatre professeurs au Collège de France et membres de l’Institut, ont eu l’excellente idée de réunir en un épais volume les leçons inaugurales prononcées sur le Moyen Age et la Renaissance aux XIXe et XXe siècles (lettres, histoire, histoire de l’art). Ce qui supposait un vrai travail d’éditeur car toutes les leçons n’ont pas été conservées en tant que telles ; à ce travail ont collaboré dix chercheurs, français et étrangers. Odile Bombarde, maître de conférences au Collège de France, a assuré la coordination des travaux.

Pour chaque leçon, un des auteurs a rédigé une notice de présentation de l’homme, accompagnée d’éléments de bibliographie, et surmontée d’une photographie. Enfin, d’abondantes et précises notes de bas de page complètent l’information. Sont joints un tableau de la succession des chaires (pp.33/35) et un index. Tous les textes n’ont d’ailleurs pas été conservés ; y supplée une notice sur le professeur (exemple : Mario Roques, Histoire du vocabulaire français, 1937-1946, André Grabar, Archéologie paléochrétienne et byzantine, 1946-1966, ou encore celle d’Augustin Renaudet, qui n’a pas été conservée dans sa totalité).

Autant dire que ce «gros» livre (665 pages) est un monument d’érudition, absolument passionnant et indispensable à qui désire se plonger dans l’étude des champs historiques, littéraires et d’histoire de l’art du Moyen-Âge et de la Renaissance, ou encore se livrer à une étude historiographique sur ces périodes. D’emblée, ce travail impressionnant s'impose comme une référence «incontournable». Une introduction des trois maîtres-d’oeuvre, M. Zink, P. Toubert et R. Recht, analyse la façon dont le Moyen Age apparaît dans les chaires du Collège de France, sous le second Empire, à la suite d’une demande explicite adressée à l’empereur par Paulin Paris (dont le portrait figure d’ailleurs en couverture de l’ouvrage avec celui de Georges Duby) ; il sera le premier titulaire (de 1853 à 1872) d’une chaire portant sur la période médiévale (Langue et littérature françaises du Moyen Âge), et son fils Gaston Paris lui succédera de 1872 à 1903. Avant eux, sans que la mention Moyen Age ou Renaissance figure, Jules Michelet avait tenu la chaire d’Histoire et Morale (entre 1838 et 1852), et c’est par lui que s’ouvre le recueil, avec une notice de Patrick Boucheron.

Il n’allait pas de soi au XIXe siècle de réserver ainsi une part entière à l’enseignement du Moyen Age, et celui-ci se taille progressivement une place à mesure que le contexte universitaire se modifie dans les grandes mutations du second XIXe siècle. Ce n’est qu’en 1969 que, pour Georges Duby, est créée une chaire d’Histoire des sociétés médiévales, qui donne une place officielle à l’histoire économique et sociale du Moyen Age ; et cependant, remarque Pierre Toubert dans son introduction, le Moyen Age économique et social était bien présent auparavant au Collège de France, mais «caché», présent dans la chaire d’Economie Politique créée au lendemain de la révolution de 1830 (dont le premier titulaire avait été J.-B. Say), et dans la chaire d’Histoire des législations comparées d’Edouard Laboulaye (1849-1883), et surtout de son successeur Jacques Flach (1884-1919). L’histoire de l’art, elle, n’apparaît que tardivement en France, en retard sur l’Allemagne, mais le Collège de France lui fait une place dès 1878, alors que la discipline en est à ses débuts en tant que champ de recherche autonome. Elle eut toutefois du mal à s’imposer, et la première chaire qui fut celle de Charles Blanc (1878-1882) était une chaire d’Esthétique et histoire de l’art. Il n’y aura plus de chaire d’histoire de l’art entre 1944 et 1951.

A suivre les intitulés des chaires, on mesure l’évolution des lectures, des champs d’intérêt, on mesure aussi la porosité des frontières entre Moyen Age et Renaissance, et également entre lettres, histoire et histoire de l’art… Le «casting» est éblouissant ! Au lecteur de construire ses préférences, d’identifier selon ses choix personnels les leçons «grands moments». Chaque leçon a son ton : en général l’éloge du prédécesseur (lorsqu’il en existait un) est un passage obligé. Ensuite l’auteur déploie son programme, fait profession de ses convictions dans sa discipline. Selon les personnalités les discours sont flamboyants (A. Chastel) ou… plus ternes (F. Lecoy), mais toujours intéressants. Des textes sont restés célèbres, par exemple, en histoire, ceux de L. Febvre, de G. Duby ou encore de F. Braudel.

Un ouvrage de référence destiné à un grand public cultivé, et au monde universitaire.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 29/09/2009 )
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