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Histoire & Sciences sociales  ->  Historiographie  
 

Une histoire toujours "en chantier"
Michel Leymarie   Jean-François Sirinelli   L'histoire des intellectuels aujourd'hui
Presses universitaires de France 2003 /  29 € - 189.95 ffr. / 493 pages
ISBN : 2 13 053161 X
FORMAT : 15x22

Ouvrage sous la direction de Michel Leymarie et Jean-François Sirinelli
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L’histoire des intellectuels est un champ relativement nouveau de l’historiographie. Né il y a une vingtaine d’années autour d’historiens comme Jean-François Sirinelli, Pascal Ory (Les intellectuels en France de l’affaire Dreyfus à nos jours, Armand Colin, 1986) ou Christophe Charle (Naissance des «intellectuels», 1880-1900, Editions de Minuit, 1990), il constitue encore une «histoire en chantier», pour reprendre l’expression du premier, mais un chantier où les fondations seraient à présent solidement posées.

Apparu dans le sillon de la renaissance de l’histoire politique et de l’émergence de l’histoire culturelle à la fin des années 1970, il jouit en effet d’une vitalité remarquable. Des synthèses importantes portent ce secteur de l’histoire, tel le Dictionnaire des intellectuels français (Seuil, 1996) dirigé par Jacques Julliard et Michel Winock, Le siècle des intellectuels (Seuil, 1997) du même Michel Winock ou Les intellectuels et la politique en France (PUF, 2001) de Michel Leymarie. Des groupes de recherche le soutiennent également : le GRHI (Groupe de Recherche en Histoire des Intellectuels) animé par Nicole Racine et Michel Trebitsch à l’IHTP ou le groupe analogue du CHEVS (Centre d’Histoire de l’Europe du Vingtième Siècle), derrière Jean-François Sirinelli et Michel Leymarie. Citons encore l’excellente revue Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle.
Le panorama ici esquissé, loin d’être exhaustif, montre l’ampleur de la recherche sur les intellectuels.

Un colloque récent a apporté sa pierre à l’édifice. Organisé par le CHEVS en octobre 2001, il visait à faire l’état de la recherche en la matière. L’histoire des intellectuels aujourd’hui est la publication de ses actes. Après vingt ans de défrichement historiographique, un état des lieux s’imposait. L’ambition du colloque était grande ; placé sous le double signe de la pluridisciplinarité et de l’international, il cherchait à éclairer le plus diversement possible un objet réputé «franco-français».

Les 26 contributions ont répondu à cette volonté d’ouverture en montrant la variété des approches possibles et les spécificités nationales concernant tant l’objet que son traitement par les historiens. Les regards du sociologue (François Chaubet) et du critique littéraire (Jean-Yves Guérin) aident à comprendre que l’histoire des intellectuels, ni simple histoire des idées, ni simple versant de l’histoire sociale, s’intéresse tant aux hommes qu’à leurs discours, aux conditions d’émergence et de diffusion de ceux-ci. Il n’y a pas d’histoire des intellectuels sans celle des revues, des maisons d’édition (Jean-Yves Mollier), des pétitions et des manifestations diverses de ces clercs, hommes de culture et experts mettant leur savoir et/ou leur notoriété au service d’une cause.

La diversité des intellectuels est également interrogée. Ecrivain mais aussi scientifique (Michel Pinault), universitaire (Laurent Jalabert), artiste (Laurence Bertrand Dorléac), homme de théâtre (Pascale Goetschel) ou de cinéma (Yannick Dehée), l’intellectuel est une figure polymorphe. L’historiographie a pendant très longtemps favorisé les hommes de plume, délaissant ceux dont les moyens d’expression étaient plus exotiques. L’extranéité du monde des sciences dures a longtemps été un obstacle pour les représentants des sciences humaines. Des univers plus contemporains (le cinéma, l’audiovisuel) n’ont acquis que très récemment leurs lettres de noblesse auprès des disciples de Clio. Or, une œuvre cinématographique, ou une œuvre d’art en général, peut parler autant qu’un essai ou un manifeste. «Un certain nombre d’oeuvres d’art ont incarné une forme "d’engagement", dès lors qu’elles semblaient relever d’un conception réformatrice, voire rédemptrice du monde, par l’image, en dehors de toute déclaration écrite ou orale», explique Laurence Bertrand Dorléac (p. 272).

Dans la lignée d’un premier ouvrage dirigé par Marie-Christine Granjon, Nicole Racine et Michel Trebitsch (Pour une histoire comparée des intellectuels, Complexe, 1998), le plus grand mérite de ce colloque fut son souci d’ouverture internationale. Le comparatisme apparaît en effet comme une méthode d’analyse très féconde, permettant de se rapprocher au plus près de cet objet historique par l’identification de constantes et la mise à jour de différences nationales. Les diverses contributions sur l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre ou l’Espagne, mais aussi l’Argentine, le Québec, la Russie, la Belgique, la Suisse ou les Etats-Unis, oeuvrent en ce sens.

On comprend à leur lecture que l’intellectuel demeure, dans son essence et son étude, un phénomène très français. Catherine Pomeyrols souligne «le poids de la référence française du mot intellectuel, historiquement et politiquement connoté» (p. 107). Cécile Vaissié évoque également cette spécificité cependant que Claude Hauser parle, concernant la Suisse, d’un objet construit «à l’aune des modèles conceptuels et historiographiques français» (p. 379). Les exemples allemand, espagnol ou suisse montrent en effet que l’exemple français du sursaut d’une histoire culturelle dont celle des intellectuels aurait été la cadette a été suivi.

Pour autant, des spécificités nationales demeurent. Le poids du gramscisme en Italie, le rôle des intellectuels anglais dans les allées du pouvoir, comme en Espagne, la configuration politique et nationale particulière de la Belgique, le poids de l’histoire et du système soviétique en Russie conduisent à des réalités différentes de l’image de l’intellectuel français, homme de lettres engagé, contestataire et, de ce fait, souvent de gauche.

La richesse de ce volumineux ouvrage invite à sa lecture. La diversité des discours, les nombreuses mises à jour bibliographiques et historiographiques fournies pour chaque sujet et pays constituent une mine d’information pour qui s’intéresse à cet objet historique.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 23/06/2003 )
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