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Histoire & Sciences sociales  ->  Historiographie  
 

Du métier d'historien
Olivier Dumoulin   Le rôle social de l'historien - De la chaire au prétoire
Albin Michel - Bibliothèque Histoire 2003 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 343 pages
ISBN : 2-226-13484-0
FORMAT : 15 x 23 cm

Compte-rendu par Dominique Margairaz. Après un DEA d'Histoire à Sciences-Po et un DEA de Sciences politiques, il est actuellement doctorant à l'IEP de Paris où il travaille sur les rapports entre les historiens et le nationalisme à la Belle Epoque.
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Depuis quelques années, les historiens ont été amenés, non sans quelques réticences, à s'interroger sur leur propre discipline, en faisant "l'histoire de l'histoire" ou en ayant recours à l'épistémologie. Olivier Dumoulin est un de ceux qui se sont penchés récemment sur le rôle de l'historien dans la société contemporaine mais également sur les conditions d'émergence de la communauté scientifique à partir de la fin du XIXème siècle. Son livre repose sur deux parties distinctes : la première revient sur les évolutions récentes du métier d'historien, ses accointances avec le privé, le monde judiciaire et médiatique. La suite propose un panorama chronologique de la place sociale de l'historien au cours d'un XXème siècle, siècle turbulent pour la corporation.
L'ouvrage nous présente les derniers avatars du métier, comme l'expertise ou l'audit en histoire. Le processus de professionnalisation entamé lors des premières années de la IIIème République prend un nouveau tour à l'heure de la mondialisation.

Le spécialiste en histoire doit s'adapter à un marché du travail gagné par la spécialisation technocratique, la privatisation et la juridicisation. Principalement situés aux Etats-Unis ou au Canada, ces nouveaux métiers de l'histoire (missions d'expertise, rapports administratifs, missions pour défendre les droits des exclus de l'histoire et de la politique comme les Amérindiens et les Inuits du Canada, enquête historique sur le destin des biens juifs spoliés à partir de la période 39-45) offrent de nouvelles perspectives professionnelles mais bousculent les règles d'une corporation aux lois bien établies. La méthode historique et l'exigence scientifique se heurtent progressivement à ces pratiques libérales. L'historien se mue en praticien au service de la justice, de l'entreprise, des organisations internationales.

Les récents procès Papon et Touvier, en France, durant lesquels intervinrent des historiens aussi éminents que René Rémond, Robert Paxton ou Henri Amouroux, participent de ce mouvement. Ces historiens ont pu déposer en tant que spécialistes de l'occupation allemande, mais ils ne connaissaient pas les pièces du dossier. Ce surgissement dans l'arène de la justice a provoqué des remous au sein même de la profession, révélant sa fragmentation. Certains y ont vu un démenti du principe de neutralité cher à Marc Bloch (l'historien ne doit pas se prendre pour un procureur).

D'un autre côté, cet événement traduit l'utilité sociale de l'histoire, toujours à la recherche de passerelles avec le grand public. Outre-Atlantique, les historiens sont régulièrement convoqués pour appuyer des décisions de justice difficiles. En France, ce tropisme est atténué par le souci d'indépendance scientifique de la communauté historienne rétive à ce genre de manifestation, posture qui semble d'ailleurs obtenir les suffrages de l'auteur.

Olivier Dumoulin sonde le positionnement de l'historien entre science et politique. Depuis la IIIème République et la création de l'histoire scientifique nationale républicanisée (Ernest Lavisse), la communauté s'est forgée autour de l'objectivité et de la scientificité absolue de ses travaux. A son apogée sociale, entre 1880 et 1920, l'histoire est devenue le parangon de la science française et ses représentants ont été parmi les dépositaires majeurs de l'enseignement républicain laïcisé.

Chargés de diffuser l'amour de la patrie et de promouvoir la cohérence de la nation dans un contexte politique explosif (concurrence politique, économique et culturelle avec le Reich), les historiens ont rapidement gagné galons et prestige au sein d'un Etat moderne en plein développement. L'auteur revient sur cet Âge d'Or par le truchement du parcours de Gabriel Monod, l'un des fondateurs de l'histoire professionnelle scientifique, qui influa notamment sur les débats accompagnant l'Affaire Dreyfus.

La Grande Guerre consacre pleinement le pouvoir idéologique et la place politique de la communauté. Des hommes comme Charles Benoist ou Albert Thomas passent allègrement de l'histoire à la carrière politique et administrative. Durant l'après-guerre, subissant le poids de la technicisation et de la spécialisation, l'historien devient chercheur et se carre bientôt dans l'apolitisme qui sied aux employés de l'Etat (rôle du CNRS). La fin de la Seconde Guerre mondiale achève de séparer l'histoire-science de la politique. Dans une période ou la bipolarisation idéologique est puissante, l'histoire apparaît comme un refuge à l'engagement subjectif ou trop subversif. Ainsi, l'auteur dépeint les différents visages du spécialiste du passé, tour à tour écrivain d'histoire et professeur savant, chercheur aujourd'hui avant peut-être d'entrer définitivement dans l'ère de l'expert en histoire.

Parallèlement à cette nouvelle professionnalisation ou privatisation de l'histoire, la figure de l'écrivain-historien continue de susciter l'intérêt. L'égo-histoire initiée par l'historien et éditeur Pierre Nora, jeune académicien, illustre le succès du témoignage savant et l'apport d'une "autobiographie critique" devenue un style à part entière. Pourtant, il semble que la corporation des historiens français bute sur une contradiction majeure : la difficulté à concilier les exigences d'une science de plus en plus perfectionnée et la nécessité de garder des contacts avec le public, ou ce qu'on pourrait appeler le "sens commun", afin de pouvoir communiquer les résultats de ses recherches. On peut regretter qu'Olivier Dumoulin n'aborde pas cette question et que ce livre n'embrasse pas une approche plus analytique et sociologique du monde des historiens.


Dominique Margairaz
( Mis en ligne le 18/07/2003 )
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