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Les Hommes dans la prison
Philippe Soupault   Le Temps des assassins
Gallimard - L'Imaginaire 2015 /  14.50 € - 94.98 ffr. / 466 pages
ISBN : 978-2-07-011477-1
FORMAT : 12,5 cm × 19,0 cm
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"J'avais appris dans ma cellule, sous l'œil des gardiens, que la seule façon de survivre était de ne pas accepter et de ne jamais se soumettre" - P. Soupault.

En cette saison de prix littéraires où l'événement médiatique supplante l'œuvre récompensée, de petits chefs d'oeuvre paraissent, dans l'indifférence certes, dans le silence aussi, mais avec le mérite d'exister (et du courage de la part de certains éditeurs). Le Temps des assassins de Philippe Soupault (1897-1990) fait partie de ces petites lueurs qui sourdent dans la pénombre éditoriale actuelle, réédition d'une œuvre parue en 1945 et jamais republiée depuis. 70 ans de silence donc pour cet écrivain plutôt méconnu (malgré quelques rééditons chez Gallimard), qui confiait d'ailleurs lui-même à Bernard Pivot en 1980 que chacun de ses livres se vendait très mal.

Soupault a inventé avec Breton l'écriture automatique et par voie de conséquence le surréalisme. En 1919, ils publiaient Les Champs magnétiques, recueil de poésie libre à quatre mains. Après ce passage par l'inconscient créatif que la raison ne contrôle plus, Soupault, dès les années 1924-25, s'adonne à une forme du roman plus réaliste, avec pour leitmotivs le portrait de sa génération (celle de la guerre de 14), la révolte adolescente, et un style très épuré. Des textes comme En joue, Le Nègre, Le Grand homme s'inscrivent dans cette époque marquée par le désenchantement, la liberté et l'amour fou. Ils lui valent du coup d'être exclu du mouvement surréaliste par un Breton refusant catégoriquement que l'on pratique le roman. Indépendant d'esprit, l'écrivain, mémorialiste dans l'âme, se tourne également vers le journalisme, ce qui l'amène à Tunis en 1937. En 1942, il est arrêté pour faits de résistance et emprisonné pendant six mois. Le Temps des assassins évoque cette période difficile et l'aventure solitaire de son enfermement.

Si les motifs de sa condamnation et celui de sa libération sont à peine évoqués (et pour cause, le gouvernement français prenait n'importe quel prétexte fallacieux pour enfermer des résistants), Soupault détaille les diverses étapes que tout prisonnier traverse (avec tout d'abord l'ambiance kafkaïenne d'un procès où l'on est condamné pour des raisons que l'on n'apprendra jamais) : la peur, l'attente, le malaise, la solitude, le silence, l'ennui puis la privation de toute liberté individuelle. Il faut s'adapter aux traitres qui vous dénoncent, aux ordures qui vous condamnent, aux matons qui vous maltraitent, puis aux règles absurdes qui vont régir un séjour dont la durée est indéterminée.

Soupault détaille tout dans sa description d'un homme réduit à cet état de soumission infamant  : les pensées qui le harcèlent quand le sommeil ne vient pas, les minuscules libertés que le règlement permet, ses nombreuses lectures, des rituels qui lui permettent de rester en forme, ses tentatives d'échapper à la réclusion, et puis, surtout, la rencontre de ses voisins de cellule. La seconde partie de ce témoignage passionnant fait donc intervenir les trajectoires de tous les prisonniers croisés par l'auteur de Georgia. Solidarité, camaraderie, bizarrerie, méfiance et sympathie envers des compagnons de cellule qui composent une microsociété où l'on reste définitivement seul face à l'attente de son exécution ou de sa libération. Soupault se livre comme rarement en dressant le portait d'une époque infâme, marquée par la dureté du milieu carcéral (où tout est sale, la cellule comme l'administration) et l'ignominie des lois du gouvernement en poste. Comme souvent chez l'auteur, le style est très simple, propre, et propose un panorama singulier d'une incarcération banale au début des années 40. Soupault le prisonnier ne parvient pas à se détacher tout de suite de cette condition une fois libéré. L'expérience est traumatisante et nécessite un retour littéraire sur cette condition. Le témoin rend hommage aux résistants incarcérés et ne lésine pas en critiques morales sur ses bourreaux et le gouvernement de Vichy. Cette confession d'un enfant du siècle tout à fait remarquable, que l'on peut enfin redécouvrir, mérite une attention toute particulière, qu'accompagnera un réel plaisir de lecture.

Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger leur réflexion, nous conseillons du même auteur Les Mémoires de l'oubli 1914-1933 (en trois volumes, chez Lachenal & Ritter,) ainsi qu'un merveilleux documentaire réalisé par Bertrand Tavernier en 1982, où l'on suit Soupault durant 2h30 (dans sa maison de retraite, dans Paris, dans son bureau), durant lesquelles il revient sur son parcours, l'histoire du surréalisme, et ses fréquentations d'alors (Apollinaire, Breton, Aragon, Cocteau, Dali, Prévert, etc.). L'homme de 84 ans, en savoureux et merveilleux conteur, y est encore révolté, généreux et touchant.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/11/2015 )
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