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Un diocèse en Révolution
Abbé Grégoire   Correspondance de l’abbé Grégoire avec son clergé du Loir-et-Cher - Tome 3, 1798-1800
Classiques Garnier 2019 /  29 € - 189.95 ffr. / 233 pages
ISBN : 978-2-406-09348-0
FORMAT : 15,0 cm × 22,0 cm

Jean Dubray (Directeur de publication)
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A l’écart de toute norme politique ou sociale, Henri Grégoire (1750-1831) n’a jamais suscité l’indifférence. Autant excessivement loué que frénétiquement haï, ce simple curé de village se comparait au granit qu’on brise mais qui ne plie pas. Fils d’un tailleur d’habits de Lorraine, il a le parcours classique d’un curé des Lumières frotté de jansénisme et engagé dans la vie intellectuelle locale, avec ce plus qui le fait élire député du clergé aux États généraux de 1789 et le porte au premier plan de la fameuse toile de David Le Serment du Jeu de Paume. Constituant, figure éminente de l’Église constitutionnelle, il est élu évêque de Loir-et-Cher, puis membre de la Convention ; à ce titre, il est un acteur déterminant de la chute de la monarchie. Sans pour autant renier ses convictions, il reste en activité sous la déchristianisation et la Terreur. Le Concordat met fin à sa carrière ecclésiastique et il termine sa carrière politique comme sénateur sous l’Empire. Élu député de l’Isère sous la Restauration (et invalidé), il meurt aux premiers jours de la Monarchie de Juillet honni de la hiérarchie ecclésiastique qui le poursuivra de sa vindicte jusqu’à sa panthéonisation en 1989.

Sa longue carrière en a fait le porte-parole de nombreuses causes qui – à condition d’éviter tout anachronisme – ont un écho contemporain : l’émancipation des Juifs, la défense des noirs, l’abolition de la traite et de l’esclavage, la politique éducative (le CNAM comme préfiguration de la formation permanente) et culturelle (la lutte contre le vandalisme et la définition du patrimoine comme bien commun de la Nation), la liberté des cultes (la première séparation de l’Église et de l’État en 1795), la promotion de la langue française (avec la question aujourd’hui controversée de l’éradication des patois)…

Fermement convaincu de l’unité de la «famille universelle» des hommes reposant sur l’égalité des droits, Grégoire a constamment gardé sa foi en un temps où sa religion – qu’il n’a jamais reniée – subissait les attaques que l’on sait : il a éperdument cherché la conciliation entre le catholicisme et la République, entre la violence de la déchristianisation et la soumission à Rome du Concordat. Les évolutions et les permanences de ses prises de position constituent des témoignages sur son époque, d’autant plus que sa longévité lui aura fait connaître une succession inédite de régimes politiques (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, République, Directoire, Consulat, Empire, Restauration, monarchie de Juillet).

Les fonctions d’évêque de Loir-et-Cher auxquelles il est élu le 14 février 1791 sont pour lui une éclatante promotion sociale qu’il entendra revêtir d’humilité : «Saint Augustin m’avait appris que l’épiscopat est le fardeau le plus puissant. Pour vaincre ma répugnance, il fallut la voix impérative de la religion qui réclamait de nouveaux pasteurs et l’ordre de ceux qui dirigeaient mon âme». Or, à Blois, tout en accomplissant sur le terrain son devoir de pasteur, il ne cesse pas d’être un politique, de porter la voix de cette Révolution à laquelle il s’est voué et dont il retrouve rapidement la scène parisienne et ses tensions extrêmes. Contrairement aux dispositions de la Constitution civile dont le titre IV rappelait très fermement le devoir de résidence pour tous les pasteurs, Grégoire n’hésite pas à quitter son diocèse pour exercer ses mandats parlementaires. Son départ pour Paris se traduira par une gestion plus ou moins lâche par courrier d’un diocèse administré plus ou moins collégialement dans un climat de plus en plus hostile à la pratique religieuse et compliqué par les désaccords au sein du conseil épiscopal qui dirige le diocèse par intérim. Il lui incombe comme évêque de règles les problèmes canoniques et juridiques et de soutenir le moral de ses représentants locaux et, comme député, de s’occuper d’«affaires particulières» de ses administrés, qui demandent notamment des interventions auprès des Comités de l’Assemblée pour régler des problèmes de toute nature, de rendre compte de leur activité aux administrations locales…

C’est de cette gestion épistolaire que rend compte la publication de sa correspondance avec son clergé, très soigneusement éditée depuis 2017 par Jean Dubray et dont est paru le tome III consacré aux années 1798-1800. On y touche du doigt les difficultés de fonctionnement qui furent celles de l’Église constitutionnelle de Blois dont le corps sacerdotal était bien souvent livré à lui-même face à des situations inédites souvent dramatiques. «Toutes les communes circonvoisines sont dans la même situation : ils pillent et volent de toutes parts. Ils "pendent" dans le moment présent, ils n’ont point encore entamé mon bourg, mais ils doivent venir dans peu. […] Quel parti prendre, mon cher prélat, dans une circonstance aussi désastreuse ? Fuirai-je ? Resterai-je ? Je ne sais quel parti prendre…» ; mais aussi les demandes des populations locales aux prises avec les incertitudes d’une réglementation changeante et contradictoire. On y suit également la carrière de son évêque un temps privé de mandat électif et donc de revenus qu’on accompagne, en août-octobre 1800, dans son dernier séjour dans sa ville épiscopale de Blois.

En fin de compte, l’évêque de Loir-et-Cher a sans doute été révolutionnaire et actif mais son action a été obérée par la brièveté de sa résidence : au total, un an et demi fragmenté en quatre séjours tout au plus ! Toute sa vie pourtant, il se prévaudra de de cet épiscopat socialement glorieux mais bien épisodique et éphémère, transmué en épisode fondateur, en légende dorée de son personnage devenu après le Concordat «ancien évêque de Blois», qui se revendiquera comme tel jusqu’à sa mort.


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 04/05/2020 )
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