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Illustre malheureuse
Anne Marie Louise d' Orléans, Duchesse de Montpensier   Mémoires, Tomes 1 & 2 - Oeuvres complètes - Volumes 1 et 2
Honoré Champion - Sources classiques 2020 /  95 € - 622.25 ffr. / 1446 pages
ISBN : 978-2-7453-5212-5
FORMAT : 15,0 cm × 22,0 cm

Jean Garapon (Directeur scientifique)

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. « Mademoiselle, Mademoiselle de... Mademoiselle... devinez le nom : Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la Grande Mademoiselle…» - Mme de Sévigné (15 décembre 1670)

Sa mère étant morte en la mettant au monde, Anne Marie Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, dauphine d'Auvergne, comtesse d'Eu et de Mortain, princesse de Joinville et de Dombes, dite la Grande Mademoiselle, fut dès sa naissance, le 29 mai 1627, la plus riche héritière du royaume de France. Fille de Gaston d'Orléans et de Marie de Bourbon, petite-fille d’Henri IV, elle était la cousine germaine de Louis XIV. Deux épisodes ont dominé la vie de la fille de l'éternel et velléitaire conspirateur que fut son père. Le 2 juillet 1652, l'armée royale sous le commandement de Turenne est sur le point de battre celle de Condé, quand elle est décimée par les canons de la Bastille. C'est Mademoiselle qui a donné l’ordre de ce tir et cette initiative lui coûte la couronne de France : bien qu'elle fût cousine de Louis XIV, Mazarin avait en effet pensé à l'unir au jeune roi. La défaite des rebelles ses protégés en 1652 contraint Mademoiselle à se retirer sur sa terre de Saint-Fargeau où elle se lance dans l'écriture de mémoires dont elle poursuivra la rédaction au château d'Eu, en Normandie.

Or elle a un assez joli talent d'écrivain et prend plaisir à l’exercer : «J'éprouve avec douceur que le souvenir de tout ce qui s'est passé dans la vie occupe agréablement». Mademoiselle n’hésite pas à se donner la vedette dans son récit ; elle y brosse son portrait, expose ses états d'âme capricieux et va même jusqu’à mettre davantage en scène l'événement qui aurait pu se produire, et a sa préférence émotionnelle, au détriment de la réalité qui a le désagrément de souligner et son non-conformisme et son génie de l'échec. Elle s’offre ainsi une seconde vie imaginaire et romanesque où elle se recrée en «illustre malheureuse», tyrannisée par un ministre injuste, mais vouée comme tout personnage de roman, à aimer et à être aimée.

Le second grand épisode de sa vie date de son retour à la cour en 1657 : elle s'éprend à quarante-deux ans du duc de Lauzun, mariage présenté par Mme de Sévigné comme «la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont on ne trouve qu'un exemple dans les siècles passés». En fin de compte le mariage manqué avec Lauzun sera un scandale crucifiant pour son orgueil…

Vingt ans après, en 1677, alors qu’elle a renoncé à jouer un rôle politique, elle revient à ses Mémoires, sans doute pour se dégager de cet échec personnel, puis, en 1689 encore, pour exprimer son indignation devant le retour en grâce de Lauzun amèrement reproché à Louis XIV dont elle stigmatise l'inconstance. C'est ainsi que, par l'écriture, elle revalorise son existence manquée et fait de ses Mémoires une source unique de la vie d'une femme au XVIIe siècle, y racontant autant ce qu’elle a ressenti que ce qu’elle a vécu, à l’écart de toute ambition d’historien.

«Mademoiselle reste, dans l'ordre littéraire, ce qu'elle a été en 1652 dans l'ordre historique, une victime du Cardinal de Retz», note Jean Garapon à qui l’on doit la nouvelle édition de ces célèbres Mémoires. Jusque-là en effet on disposait de l’édition d’un grand maître de l’historiographie érudite du XIXe siècle, Pierre Adolphe Chéruel – et non Alphonse comme indiqué page 75 – (1809-1891). Après des travaux consacrés à sa Normandie natale, Chéruel s’était en effet consacré au XVIIe siècle en éditant successivement les Mémoires de Mlle de Montpensier (4 vol., 1854-55), les Mémoires du duc de Saint-Simon (1856-1858), le Journal d’Olivier Lefèvre d'Ormesson (1860-1862) sur l’histoire du Parlement de Paris pendant la minorité de Louis XIV, les Mémoires de Fouquet, surintendant des finances, ainsi que les Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (1870-1891). Il rédigera ensuite l’Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV et l'Histoire de la France sous le ministère de Mazarin, tous ouvrages qui font encore aujourd’hui autorité.

Une version partielle de l’édition Chéruel présentée par Bernard Quilliet rendait le texte des Mémoires facilement accessible dans la collection «Le Temps retrouvé» (Mercure de France 2005), mais il faut savoir gré à Jean Garapon de nous en procurer aujourd’hui une nouvelle édition qui s’inscrit dans une édition des œuvres complètes de Mademoiselle et marque un progrès décisif, démontrant, si besoin était, l’utilité de revisiter périodiquement les grands textes de la littérature et de l’histoire. On notera tout particulièrement les progrès accomplis dans l’établissement du texte par la mise à contribution de nouvelles copies (notamment pour le début du texte dont la connaissance est entièrement renouvelée), l’usage intelligent d’une modernisation de l’orthographe et de la ponctuation qui permet une lecture agréable d’un texte parfaitement complété par une annotation, des index et un glossaire. À sa lecture, on perçoit combien les nombreux travaux réalisés ces dernières décennies sur le monde des mémorialistes – dont Jean Garapon est un acteur éminent – profitent à sa présentation et à sa compréhension en profondeur.

Plus largement, on peut dire qu’historiquement parlant, Mademoiselle a aujourd’hui de la chance puisqu’on peut rappeler que, chez le même éditeur, elle vient d’être l’objet de deux études la considérant de deux points de vue spécifiques. L’une s’attache à faire revivre son projet architectural et urbanistique de Choisy-le-Roi aujourd'hui disparu (Jean Rivet, Choisy-le-Roi. Le château de la Grande Mademoiselle, Champion, 2016), tandis que l’autre se voue à l’analyse d'une fortune aussi célèbre que jusqu’à lui méconnue des historiens (Bernard Allorent, La Fortune de la grande Mademoiselle. Un enjeu politique au XVIIe siècle, Champion, 2019). Si éloignés que soient ces deux travaux, ils n’en illustrent pas moins, à travers l’exemple de Mademoiselle, un phénomène notable du siècle : la réussite de l’intégration de l’aristocratie terrienne dans la nouvelle donne financière, politique et esthétique de la France de Louis XIV.

Mademoiselle, qui s’était fait une spécialité des affaires de cœur des princesses et des sentiments qui leur conviennent, devait figurer, sous le nom de princesse Cassandane, dans le Grand Dictionnaire des Précieuses. Le peintre Pierre Bourguignon l’a représentée en Minerve de ballet mythologique, armée d’un trident et coiffée d’un casque à plumes, très sérieuse sous ses oripeaux, voire naïvement fière de sa divinité d’emprunt. Elle demeura dans son rôle jusqu’à la mort et, légèrement ridicule, devint pour ses contemporains la vivante évocation du monde où elle avait grandi. Aujourd’hui, encore davantage à travers la connaissance que nous en procurent les historiens, force est de constater qu’elle demeure une personnalité attachante dont les Mémoires méritent (re)lecture.


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 21/09/2020 )
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