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Elle avait quinze ans
Renia Spiegel   Le Journal de Renia
Les Escales 2020 /  21,90 € - 143.45 ffr. / 422 pages
ISBN : 978-2-36569-531-2
FORMAT : 14,0 cm × 22,5 cm

Elizabeth Bellak (Contributeur)

Typhaine Ducellier (Traducteur)

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Renia vit chez ses grands-parents, tristement éloignée de sa mère adorée, domiciliée à Varsovie avec Ariana (Arianka), sa jeune sœur, tandis que son père gère la ferme familiale de Stawski. Elle suit avec succès une scolarité classique dans un établissement public et mixte, ponctuée d’exploits, de rivalités et d’espiègleries de son âge vis-à-vis de ses camarades et de ses enseignants. Comme si elle parlait à un ami cher et fidèle auquel on peut tout dire, sans risque de moquerie ni de trahison, elle confie à un journal intime sa nostalgie d'un paradis perdu, ses enthousiasmes, ses tourments et ses prières, maniant aussi bien, en vers et en prose, le polonais, l'allemand et le russe. Elle étudie aussi le français et l'anglais. De nombreuses citations d'auteurs aimés, des envolées lyriques et l'ancrage dans le quotidien factuel jalonnent sa démarche. Chaque trace ou presque, laissée dans ce support, se termine par un appel à l'aide à «Bulus» (surnom de sa mère) et à «Dieu» bien que sa famille soit très moyennement croyante. Quinze ans, marque pour la jeune fille le temps des affects contrastés entre rires et sanglots, des amitiés et fâcheries — éternelles un jour, évaporées le lendemain –, et des papillonnements amoureux. Jusqu'au tournant décisif où son cœur brûlera d'une infinie passion pour le très convoité et futur médecin, (Zygo, Zygu, Z.). Banales confidences, pourrait-on penser, d'une adolescente plutôt douée, bien insérée dans son milieu scolaire et social, à l'aube de sa vie amoureuse ? Oui, à ceci près brièvement résumé :

Nous sommes à Przemyśl, une des principales villes, alors polonaise, de l'ancienne Galicie ayant connu plusieurs occupations successives. Renia, née le 18 juin 1924, rédige la première page de son journal le 31 janvier 1939. Dans les pages suivantes, sont évoquées avec inquiétude les annexions successives d’Hitler suite à l'Anschluss. Personne en Pologne, ni ailleurs, ne pouvait dire «on ne savait pas», contrairement aux affirmations de Gordon J. Horwitz (2012) : «rien ne laissait présager…». «On» attendait juste le jour et l'heure. Après Lodz le 1er septembre, Przemyśl sera envahie le 8 par les armées allemande et russe. À l'instar de Renia, filles et garçons suivent une préparation militaire volontaire, témoin de l'implication des jeunes citoyens polonais vis-à-vis de la guerre dont ils suivent les avancées pas à pas, tout en participant aux festivités de leur âge. Puis, peu après l'occupation de Przemyśl, ce sera le tour de celle de Lviv, où une partie de la famille se sera réfugiée quelques semaines. Rafles et déportations locales constatées de visu annoncent la flambée prochaine des évènements en Europe tandis que, lit-on, l'Amérique se tait (Jan Karski le confirmera en mai 1943). En dépit du signal de danger imminent que représente l'emprunt par sa mère d'une nouvelle identité en janvier 1940, Renia privilégie dans son journal les créations poétiques, les centrations subjectives, enthousiastes et/ou inquiètes, autour de ses meilleurs amis, et ses rêves d'amour fou. C'est en cela que son récit a pu être comparé à celui d'Anne Frank.

Le 26 juin 1941, Renia a 17 ans. Le bruit des balles et des bombardements couvre la voix des amoureux et bien d'autres encore. Dès lors, son cahier se fait l'écho direct des événements du pays : 2 juillet, port obligatoire du brassard insultant «Jude», rationnements alimentaires ; 6 août, annonce d'un ghetto…, injonction du 2 novembre par la Police de quitter les lieux, couvre-feu, perquisitions… Les pages suivantes restent toutefois marquées du sceau de la subjectivité qui, loin d'altérer leur portée historique, en accentue le relief. Le 8 décembre, celles-ci résument l'état du conflit dans le monde entier : pauvreté, typhus et ghetto, incertitudes du lendemain mais par dessus tout ça, l'amour pour Zygu, ponctué de moments de doute ou d'exaltation. Devant la montée des assassinats et des pogroms quotidiens, la confiance vacille : à travers les pages du 7 juin 1942 et des jours suivants, est exprimée en clair la peur devant le danger de mort imminente.

Au lendemain des dix-huit ans de Renia, le 18 juin, Zigu échappe à une rafle. Dès lors, le rythme de l'écriture de soi s'accélère tandis que s'esquisse le projet de fuir avec l'homme aimé. La menace du ghetto et de la déportation annoncée le 5 juillet se concrétise le 15. Le 25, la jeune fille adresse une fois de plus à sa mère et à Dieu un appel à l'aide, à travers lequel elle exprime à la fois sa confiance et sa détresse. Du 27 au 31, c'est Zygmunt qui rédige à la hâte les dernières pages de ce journal : le 30 juillet 1942, au soir, sa «Renusia adorée» a été tuée par balles.

Parce qu'elle était juive.

Sur la photo de couverture du présent ouvrage, son large sourire découvre les «dents du bonheur».

Devenue Elisabeth Bellak aux Etats-Unis, Ariana, sa jeune sœur, raconte le périple de sa famille et comment le journal de sa sœur a été sauvé de la destruction et de l'oubli. Traduit d’abord en anglais en 1919 sous le titre Renia’s Diary : a Holocaust Journal, puis en français par T. Ducellier, il nous parvient au mois d'octobre 2020 comme une résurrection.


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 06/11/2020 )
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