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Un saint Antoine de Padoue inattendu
 Saint Antoine de Padoue   Sermons des dimanches et des fêtes - Tome 1 : Du dimanche de la Septuagésime au dimanche de la Pentecôte
Cerf - Sagesses Chrétiennes 2005 /  49 € - 320.95 ffr. / 542 pages
ISBN : 2-204-07834-4
FORMAT : 14,0cm x 20,0cm

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Bain est agrégé d’histoire ; il est actuellement allocataire-moniteur à l’Université de Nice Sophia-Antipolis, où il prépare une thèse en histoire médiévale sur «les fondements bibliques du discours ecclésiastique sur riches et pauvres aux XII-XIIIe siècles».
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Ce livre risque d’étonner plus d’un lecteur !

Pensons d’abord aux familiers des images et des miracles d’Antoine de Padoue, qui s’attendraient à trouver dans les mots de ce franciscain de la première heure, de ce saint si accessible et si près des hommes, un discours moral simple, une parole sans fioriture, un verbe efficace : ceux-ci risquent d’être bien surpris. C’est au contraire un discours savant que proposent les sermons édités d’Antoine de Padoue dont la lecture est souvent difficile pour nos intelligences non préparées.

Celui qui a parfois été surnommé «arche de la parole» déploie une brillante construction intellectuelle dans laquelle tout se répond : les textes évangéliques, les lectures de l’Ancien Testament, les chants liturgiques et même, à l’occasion, les propriétés des animaux. C’est le propre de ces sermons que de tout faire «concorder» pour montrer l’harmonie du message biblique qui, à travers sa diversité, propose l’unité d’un sens. Le sermon de la sexagésime (sixième dimanche avant les Rameaux) où la parabole du semeur est systématiquement mise en parallèle avec l’arche de Noé, en offre une illustration : le semeur désigne le Christ préfiguré par Noé, qui a construit l’arche c'est-à-dire l’Église ; la semence tombe tantôt sur le chemin – qui désigne les luxurieux, figurés par la première cellule de l’arche dans laquelle est contenu le fumier – tantôt sur la pierre des faux religieux auxquels correspond la deuxième cellule qui est celle des provisions, tantôt dans les épines des avares et des usuriers présents dans la troisième cellule qui regroupe les animaux féroces, tantôt dans la bonne terre des pénitents actifs et contemplatifs correspondant aux quatrième et cinquième cellules de l’arche, mais aussi aux lectures des psaumes et des épîtres du jour. Cette méthode est systématiquement employée, jusque dans les détails.

Elle pourra paraître artificielle au lecteur contemporain, mais n’en est pas moins une brillante construction qui s’appuie sur les procédés les plus sérieux de son époque : le prédicateur fonde en effet ses concordances sur des citations bibliques, sur les résultats de l’exégèse de son temps, sur les données scientifiques apportées par Aristote. Mais ces sermons surprendront même des lecteurs plus familiers des études médiévales. Ils ne sont en effet représentatifs ni de la prédication du XIIIe siècle, ni des commentaires bibliques de cette époque qu’ils utilisent pourtant beaucoup.

L’intérêt de cette traduction n’est pas pour autant anecdotique : elle fait pénétrer directement dans la mentalité médiévale, où tout est chargé de sens et ramène à Dieu et à l’homme, non seulement les Écritures, non seulement l’histoire, mais aussi l’ensemble de la création. À cet égard, les pages du sermon pour le troisième dimanche après Pâques, dans lequel le processus de génération décrit par Aristote fait l’objet d’un commentaire moral sont édifiantes. Cette traduction permet donc, à travers les textes d’un personnage exceptionnel, Antoine de Padoue, de mieux comprendre la perception du sens dans la société médiévale.

Cette édition poursuit des objectifs spirituels et pastoraux avoués et vise un public en quête de spiritualité, mais n’a pas pour autant sacrifié le sérieux de l’étude. Elle présente au contraire une connaissance plus «objective» du saint. La traduction se fonde sur l’édition critique des sermons latins d’Antoine, qui date de 1979 et fait autorité. C’est donc la première traduction française de sermons dont l’attribution à Antoine ne peut être contestée. Les notes sont précises et renvoient judicieusement aux instruments de travail du prédicateur. Seule l’introduction aurait pu être approfondie et proposer une bibliographie plus complète. Nous pouvons donc saluer avec plaisir une publication qui porte à une connaissance plus intime des mentalités médiévales, et plus juste du saint franciscain.


Emmanuel Bain
( Mis en ligne le 09/12/2005 )
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