L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Mardi 19 juin 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Géopolitique  
 

De la puissance en 2014
Bertrand Badie   Dominique Vidal    Collectif   Puissances d’hier et de demain - L'état du monde 2014
La Découverte 2013 /  18 € - 117.9 ffr. / 274 pages
ISBN : 978-2-7071-7698-1
FORMAT : 15,6 cm × 24,2 cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
Imprimer

La collection «L’Etat du monde…» est un classique, l’instrument indispensable de l’enseignant d’histoire-géographie ou de sciences politiques, qui veut à la fois coller à l’actualité et la lire avec une certaine hauteur. Ne serait-ce que cette fonction pédagogique, ce nouveau cru 2014 remplirait parfaitement son office, en proposant analyses par pays et par notions, cartes et tableaux statistiques, ainsi qu’une bibliographie commentée des ouvrages marquants de l’année.

Mais on ne peut réduire cette collection à ce seul usage : depuis quelques années, L’Etat du monde a entrepris de proposer, plutôt qu’un catalogue de données par pays, de grands axes de réflexion, qui font de l’ouvrage un essai autant qu’un outil de références. En abordant la question de la puissance, question complexe de nos jours, les auteurs optent pour une problématique à la fois très accessible et qui nécessite tout de même un bagage théorique et factuel. Tout l’enjeu de cet ouvrage réside donc dans cet équilibre entre des faits et des analyses à l’ombre d’une production scientifique de plus en plus dense.

Pour lancer la réflexion, Bertrand Badie propose, dans son introduction, un tableau peut-être un peu rapide de l’histoire de cette notion, mais qui place, au cœur de la réflexion actuelle, cette idée neuve, formulée notamment par Joseph Nye, du ''smart power'', une puissance à la fois manifeste et connectée, dont les données sont désormais plus complexes que la seule force économique ou militaire. Si l’Amérique se taille toujours la part du lion, les auteurs observent dans la première partie les métamorphoses de cette notion, qui intègre – outre les aspects traditionnels du leadership tel que les États-Unis l’ont pratiqué depuis 1945 (et continuent de le pratiquer, n’hésitant pas, comme en Iran, à jouer du statut de puissance morale pour se débarrasser de rivaux en affaires) – quelques éléments neufs, tant technologiques et culturels (l’économie de la connaissance et de la recherche, mais également la maîtrise des nouveaux moyens de communication) que militaires et économiques, remettant en perspective les stéréotypes de l’hyperpuissance au profit d’une autorité éclatée, décentralisée et qui impose l’établissement de nouvelles règles.

A cet égard, le chapitre, consacré par «l’économiste atterré» Dominique Plihon à l’influence de la doctrine néolibérale sur la société occidentale, à la fois sévère et éclairant, mérite largement le détour, loin du consensus ronronnant sur les vertus de cette idéologie mortifère. Il en va de même pour les réflexions d’Olivier Zajec sur l’avenir de la puissance militaire qui nous découvre, par rebonds, l’avenir de la guerre (et de l’industrie militaire). Chaque auteur, dans son domaine - la démographie pour Youssef Courbage, internet pour Pierre Alonso – éclaire, très pédagogiquement, en exposant enjeux et faits, les complexités de la puissance contemporaine.

Après cette première partie structurante, en ce qu’elle revisite et modernise une notion, l’ouvrage se penche, logiquement, sur les nouveaux acteurs de cette puissance. On retrouve déjà les États-Unis, la Chine et la Russie, à la fois puissantes et dépendantes. On évoque donc, avec Corinne Lesne, la présidence Obama (le gentil prix Nobel ne serait-il qu’un néoconservateur impuissant ?...), avec Jean-Luc Domenach une Chine de plus en plus accroc au ''hard power'', ou encore, avec Andrei Gratchev, une Russie en quête de sens (géopolitique). Mais les voies de la puissance passent désormais par l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles problématiques : les autonomismes, le poids des mafias, l’enjeu africain, la question de l’énergie ou le renouveau du prosélytisme religieux.

L’absence des questions environnementales s’avère plus inattendue (notamment en ces lendemains de GIEC) mais tel quel, le panorama des problématiques de la puissance est concluant. On lira notamment avec intérêt, en parallèle au chapitre rédigé par Dominique Plihon, celui de Jean-Marc Siroën consacré au protectionnisme. La question des sentiments et des émotions pèse également, à commencer par une islamophobie devenue argument politique (cf. l’article de N. Göle), à laquelle répond du reste un islamisme de plus en plus fragmenté (L. Bonnefoy et S. Lacroix). Comme une conclusion à cette partie consacrée aux acteurs de la puissance, les enjeux énergétiques, démocratiques et la question de la pauvreté marquent les limites de la puissance.

C’est toutefois dans les conflits que se manifeste ladite puissance, même renouvelée ou postmoderne. Dans une troisième partie, les auteurs observent donc ces lignes de front que la géopolitique de la puissance dessine, des fronts que les actualités n’ont de cesse d’éclairer : Syrie, Sahel, Afghanistan, Corée, Colombie. Les confrontations sont de nature diverses autour d’acteurs étatiques ou non étatiques. Avec, en arrière-plan, des puissances émergentes, ou en apprentissage, comme l’Afrique du Sud, le Kazakhstan ou l’Iran.

La collection est toujours aussi passionnante, la lecture toujours autant utile pour quiconque cherche à comprendre, autrement que par bribes, le monde. Les synthèses invitent à de nouvelles lectures (des bibliographies, réduites hélas, sont d’ailleurs proposées) autant qu’à de nouveaux débats. Mais le fil rouge est solide : en partant de la notion de puissance, les auteurs reviennent aux fondamentaux des relations internationales, et éclairent cette notion, récente, de ''smart power''. Surtout, en proposant du monde une vision moins stéréotypée, moins consensuelle (en particulier sur les questions économiques et le dogme néolibéral) et plus débattue, il s’adressent, au-delà du lecteur et du curieux, au citoyen, idéalement informé, lucide et agissant.

Une lecture indispensable pour saisir le monde autrement que par des clichés.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 08/10/2013 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd