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Cet Orient toujours compliqué…
François Burgat   Bruno Paoli    Collectif   Pas de printemps pour la Syrie - Les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise (2011-2013)
La Découverte - Cahiers libres 2013 /  23 € - 150.65 ffr. / 356 pages
ISBN : 978-2-7071-7775-9
FORMAT : 15,6 cm × 24,2 cm

L'auteur du compte rendu : Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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On peut, à bon droit, s’estimer désorienté par la guerre civile syrienne, ses enjeux, ses factions, ses épisodes. Depuis le déclenchement de la révolte syrienne en mars 2011 jusqu’à aujourd’hui, les médias occidentaux ont, non sans risques, couvert la guerre civile, en en observant les développements et les enjeux confessionnels. Passés l’enthousiasme initial en faveur de cette révolution, et les considérations sur les méthodes du régime baasiste, on prend conscience de la complexité d’une rébellion partagée entre divers groupes aux ambitions comme aux méthodes fort différentes, voire divergentes. Et plus avant, les enjeux internationaux, le rôle de l’Iran, le face à face entre Russes et Occidentaux, les conséquences proche-orientales, ces jeux d’échelles qui viennent interférer sur les lectures de la crise sont autant de mises en abyme pour une guerre peu à peu devenue illisible. Quand l’information finit par se résumer aux tentatives de dialogue (ou à l’absence de dialogue) entre protagonistes, ainsi qu’à une chronique – nécessaire, certes, mais peu éclairante – des drames et malheurs du conflit, alors il est temps de solliciter des spécialistes.

C’est tout l’intérêt de cet ouvrage, au titre volontairement provocateur, qui constitue une belle somme sur la question, une somme passionnante en ce qu’elle fournit non seulement des analyses scientifiques d’excellente qualité, émanant de chercheurs et d’universitaires reconnus, mais également en ce qu’elle propose, en contrepoint, des témoignages qui donnent au analyse une profondeur supplémentaire. Autour de François Burgat, politologue et spécialiste de l’islamisme, et de Bruno Paoli, linguiste et directeur scientifique à l’Institut français du Proche Orient, 26 chercheurs, tous liés à cette institution, se sont penchés sur les divers aspects de la crise, hors des diktats de l’urgence.

Les articles proposés s’organisent selon plusieurs thématiques et autant d’échelles. Passée une introduction très éclairante des directeurs de l’ouvrage, parcourant les problématiques, la question des prodromes de la crise se pose. Dans le contexte des printemps arabes, un peu hâtivement analysés par les médias comme des révolutions sur le modèle occidental, démocratiquement menées à coups de téléphones portables, la crise syrienne détonne et ramène à une histoire plus ancienne. Les auteurs examinent d’emblée la gouvernance baasiste, les méthodes du régime, la gestion des communautés avec, en arrière-plan, l’appareil de sécurité, dominant, qui se confond à l’appareil d’État. Un État autoritaire et la matrice d’une contestation inévitable. L’islamisme politique, porté par les frères musulmans, constitue l’une des alternatives et l’un des modes de contestation, une contestation scandée par la violence politique et un passé (1979-1982) déjà insurrectionnel.

Partant de ce cadre historique, les auteurs se penchent sur la dynamique de la guerre civile, tant du point de vue local (une logique territoriale) que communautaire, avec, comme contrepoint, les innovations, la conquête de l’espace public, mais également sa réorganisation, via un gouvernement insurrectionnel. Dans ce schéma, la religion devient instance de légitimation, et donc enjeu, qui suppose une réflexion plus amples sur ses cadres (les oulémas) comme sur ses structures. Enfin, la question (plutôt le dilemme) humanitaire est également pensée, qui fait le lien avec la seconde partie de l’ouvrage, portant sur la dimension régionale et internationale du conflit… ou comment une guerre civile, intestine, se transforme en crise majeure, tant sur le plan international qu’au sein du monde arabo-musulman.

L’ouvrage est dense, riche, et constitue un bon guide autant qu’une belle analyse. Nanti d’une bibliographie et d’une sitothèque, il offre au chercheur comme au citoyen qui voudrait dépasser les stéréotypes et les flous de l’actualité une réflexion claire, structurée et efficace. Un ouvrage indispensable pour qui professe de saisir la nature du conflit qui se joue en Syrie, ainsi que ses mécanismes internes.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 25/02/2014 )
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