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La carte n'est pas le territoire
Mark Monmonier   Comment faire mentir les cartes
Autrement 2019 /  22,50 € - 147.38 ffr. / 306 pages
ISBN : 978-2-7467-5112-5
FORMAT : 16,6 cm × 23,0 cm

Edition revue et augmentée

Denis-Armand Canal (Traducteur)

Christian Grataloup (Préfacier)

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Selon l'aphorisme de Korzybski, ''la carte n'est pas le territoire''. Il n'y a pas que de l'épistémologie dans cette phrase, il y a aussi des techniques. Et c'est à la découverte de ces techniques que nous invite le géographe Mark Monmonier. Car créer une carte, c'est utiliser des outils dans un but déterminé, à partir d'informations données et qui, déjà, ne sont jamais brutes ; les cartes argumentent tout autant qu'elles relèvent de la rhétorique ; elles livrent des recompositions du réel dans des situations pratiques qui exigent que celui-ci se plie aux jeux du cartographe comme de l'utilisateur.

Le premier chapitre décrit les éléments d'une carte (les échelles, les symboles) et souligne l'effroyable complexité de transférer les données de notre petite planète pas si sphérique que cela sur une surface plane : les choix de projections mathématiques amènent des représentations du monde très différentes qui trahissent nécessairement le réel sur un point alors qu'elles lui restent fidèles sur un autre. Aussi nous servons-nous de cartes qui, bien souvent, représentent l'Afrique bien plus petite qu'elle ne l'est, idem pour le pôle sud. Où un choix mathématique, et esthétique, devient un choix politique, et moral...

Les deuxième et troisième chapitres traitent du difficile équilibre entre la lisibilité de la carte, l'apport d'informations et son utilité : il faudra sélectionner des éléments qui figureront sur la carte, les simplifier, opérer certains déplacements d'objets ainsi que des regroupements de zones, de lignes qui trahiront les données purement mathématiques pour permettre la lecture et l’interprétation de la carte ; il faudra aussi opérer certaines égalisations et/ou accentuations. Les distances entre deux points ne seront pas toujours respectueuses de la planimétrie : une distance sur un terrain plat n'est pas une distance sur un terrain vallonné ou montagneux. Certaines cartes schématiques doivent sacrifier la vérité mathématique parce que des détails doivent figurer plus densément dans telle ou telle partie, moins dans une autre. Les cartes chorophlètes (avec des zones grisées pour marquer, par exemple, des pourcentages de population ayant une caractéristique x) peuvent littéralement et volontairement être truquées, comme dans les tableaux statistiques, en désignant des seuils (moins de 10%, entre 10 et 20%, etc.) qui permettent de faire passer un message idéologique, politique, etc. (l'auteur en donne un fort bel exemple avec la possession du téléphone dans les années 1960).

Le quatrième chapitre s'intéresse aux erreurs (techniques, de distraction, de qualité des copies et des impressions, etc.) qui peuvent amener de vrais problèmes de lecture des cartes. Il existe même des erreurs volontaires assez surprenantes : l'invention de noms de villes destinés à repérer les plagiaires de la carte ! Le chapitre cinq souligne que les couleurs doivent être bien choisies, en fonction de leurs rapports, des valeurs et connotations qu'elles ont dans tel contexte et telle culture, et en sachant qu'il n'existe aucune manière universelle ou standardisée de les classer ou de percevoir objectivement leurs rapports «hiérarchiques». Les Européens en sont souvent dupes lors des élections américaines !

Les chapitres six, sept et huit traitent respectivement des cartes dans la publicité, de la planification urbanistique et de la propagande politique. Ces cartes ont en commun de vouloir convaincre. Elles seront donc visuellement caractérisées par une rhétorique et une argumentation parfois pernicieuses et à vrai dire relevant de la sophistique, ce dont l'auteur donne de nombreux exemples : il faudra soigneusement sélectionner les éléments qui figureront sur la carte (en passant sous silence ou en réduisant l'importance de ce qui est nuisible), cadrer pour ne montrer que ce qui arrange et centrer ce qui doit être mis en valeur, accentuer les aspects positifs, ajouter des détails esthétiques, des futilités de remplissage, distraire, charmer avec des éléments élégants (l'auteur cite les schémas d'arbres sur les plans urbanistiques).

Quant au politique, Monmonnier rappelle que les cartes sont en elles-mêmes des objets de prestige et ont parfois un aspect qu'il faut bien qualifier de performatif qui peut être problématique ; la propagande est bien entendu l'aspect le plus important de ces cartes. Un exemple en est donné avec une carte israélienne qui présente un Israël minuscule et immaculé entouré d'une énorme zone noircie de pays hostiles, comme si ces pays étaient tous alliés, avaient la même politique et les mêmes intérêts géopolitiques. Autre exemple, le choix de la projection Mercator, qui rend l'Afrique petite et la Russie et la Chine immenses, ce qui a servi la propagande anti soviétique... Les flèches, symboles, lignes de contacts peuvent aussi admirablement être utilisés en fonction des objectifs de la propagande.

Le chapitre neuf se penche pour sa part sur les cartes de la défense nationale, destinées notamment à tromper l'ennemi avec des lieux déplacés ou inexistant. Le chapitre dix expose les caractéristiques nationales, les standardisations spécifiques ; le chapitre onze, donne l'explication plus précise des effets et modalités des regroupements et des classification pour la perception visuelle ; le treize travaille les photographies aériennes, parfois truquées ou brouillées. Les deux derniers s'intéressent aux cartes express, mobiles, telles celles que l'on trouve sur internet et sur les cartes dissuasives, destinées à interdire des zones.

Un ouvrage extrêmement utile, très complet, parfois un peu complexe (quelques petites métaphores seraient les bienvenues pour les explications mathématiques les plus compliquées), avec un iconographie adéquate, essentiel pour les géographes mais davantage encore pour tous ceux qui refusent de se laisser duper par les graphes, cartes, tableaux qui accompagnent de plus en plus souvent les informations diffusées dans la grande presse.


Frédéric Dufoing
( Mis en ligne le 10/07/2019 )
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