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Les Barbares euphoriques
Philippe Muray   Exorcismes spirituels - Tome 1
Perrin - Tempus 2020 /  9 € - 58.95 ffr. / 401 pages
ISBN : 978-2-262-08078-5
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Voir aussi :

- Exorcismes spirituels, tome 2, 502p., 10 €

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Toute idéologie se farde d’une vertu. Pour la détourner» - Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction, 1982.

Philippe Muray (1946-2006) est un écrivain d’une importance considérable ; sa pensée à la fois littéraire et sociologique a permis de démasquer l’époque dans laquelle nous vivons. Essayiste, romancier, diariste, poète, il a laissé une œuvre importante, variée et profondément incarnée. Postérité (1988), L’Empire du bien (1991), Après l’Histoire (2000), Exorcismes spirituels, Ultima Necat (Journal posthume) et une centaine de romans de sa Brigade Mondaine qui lui permettait de vivre de sa plume.

Les éditions Perrin rééditent Les Exorcismes spirituels, recueil d’articles, de chroniques, d’analyses et d’entretiens parus de 1978 à 2004 dans diverses revues. Le Tome 1 s’étend de 1987 à 2002 et s’attaque pleinement à ce que l’auteur a appelé «L’Empire du bien», cette époque post-historique qui impose la fête comme leitmotiv nécessaire à un nouveau despotisme intellectuel englobé dans un progressisme outrancier, dominant et sectaire, se voulant tolérant, subversif et rebelle. Du coup, le pénal, le politique, le féminisme, la littérature, la pensée et tous les courants qui auraient dû lutter, du moins apporter des nuances, contre une telle propagande, s’accommodent de ce changement que Muray analyse comme inédit et surtout autoritaire. Il créé le concept d’«Homo Festivus», caricature de l’homme nouveau, ringard progressiste pour qui fête, trottinette, Gay Pride, militantisme antiraciste ou LGBT, désir du pénal, indifférenciation généralisée et littérature de gare et de gauche progressiste sont les nouveaux chevaux de bataille. L’idée est d’imposer par un libéralisme sociétal, consumériste et outrancier une manipulation de l’individu, dès lors possédé par son narcissisme et sa soumission aux codes new-âge, lui-même croyant qu’il en est l’instigateur, voire en révolte contre un système dans lequel il s’épanouit totalement. L’oxymore est donc sa figure de style préférée !

Muray écrit dans La Nuit des porcs vivants : «Il ne suffit pas que l’irrésistible processus festivisateur engagé depuis plus d’une dizaine d’années impose son empire sans cesse élargi sur l’humanité ; il faut aussi et surtout que cet empire lie toujours plus étroitement les conditions de son expansion à la répression et à la criminalisation de ce qui pourrait encore manifester vis-à-vis de lui la moindre réticence». C'est l’un des axes essentiels du travail de Muray sur cette ère festive.

Mort prématurément en 2006, l'essayiste analysait notre temps avec un sens aigu de la formule, un propos construit de néologismes ironiques, d’un humour féroce et surtout d'une grande lucidité analytique. Dès les années 80 et depuis 1991, il sut mieux que quiconque entrevoir ce bouleversement anthropologique qui, sous couvert de cotillons, a imposé une loi prêchant la tolérance en condamnant de manière stricte toute pensée n’agissant pas dans sa sphère idéologique (autrement dit toute critique relevant de l’ancien monde dans lequel la négativité, l’échec, la mort, la faiblesse, l’injustice, ou la singularité participaient d'un ensemble dialectique).

Les éditions Perrin ont malheureusement fait un choix éditorial contestable. En effet, il est précisé que les textes présents dans ce tome I sont extraits des trois tomes des Exorcismes spirituels (il en existe 4). Autrement dit, il n’y a pas ici l’intégralité des chroniques de Muray malgré la mention «Tome 1». Les articles ont été mélangés ; il s’agit donc d’une anthologie en plusieurs tomes plutôt que d’une réédition complète. Ceci a son importance car les textes réunis ici ne traitent quasiment que de la société contemporaine ; il n’y figure pas ou peu d’analyses littéraires pourtant nombreuses dans les Exorcismes.

Toujours est-il que c’est un plaisir à chaque fois répété de se plonger dans cette observation minutieuse de mœurs devenues absurdes, scandaleuses et choquantes, en un temps qui se veut démocratique, prônant prétendument la liberté de chacun. Muray désigne les organes complices (en particuliers les journaux dominants dont Le Nouvel Obs... qui figure tout de même en quatrième de couverture du livre, y saluant le travail de l’auteur !). Muray était un esprit vif, extrêmement brillant, et ses analyses fines, minutieuses, détaillées sont des petits chefs-d’œuvre d’intelligence et d’intégrité intellectuelle ; une parfaite dénonciation de cet abrutissement généralisé qui est d’une dureté politique manifeste. 15 ans après ces analyses, le délire festivo-onirique a décuplé et Muray manque cruellement pour nous préciser tout cela. Quelles analyses aurait-il proposé durant cette période marquée par la covid 19 ?


Simon Anger
( Mis en ligne le 30/10/2020 )
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