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Mohammed Oufkir, la Tour et le Cavalier
Stephen Smith   Oufkir, un destin marocain
Hachette - Pluriel 2002 /  10.8 € - 70.74 ffr. / 530 pages
ISBN : 2012790488

Et aussi :
Malika Oufkir et Michèle Fitoussi, La Prisonnière, Le Livre de Poche, 410 p. ISBN : 2253148849

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Il fut un héros français, avant d'être honni par la France. Il constitua le plus solide rempart de la monarchie chérifienne, avant d'être haï par le roi du Maroc. L'inquiétant personnage au visage grêlé et aux éternelles lunettes noires était redouté de tous, mais apprécié des services secrets français, israéliens et américains. Ses nombreux ennemis, ses victimes aussi, ont imposé le portrait d'un vulgaire tortionnaire. Cet homme dont Hassan II s'efforça d'effacer jusqu'au souvenir en jetant cruellement aux oubliettes sa femme et ses enfants, ne s'est pourtant jamais comporté comme un lâche. Il a même fait preuve d'une trempe et d'une intelligence rares. Intègre dans un monde corrompu, mais totalement insensible à la pitié, Mohammed Oufkir, personnalité complexe et secrète, souvent antipathique, parfois fascinant, restera qu'on le veuille ou non une figure clef du jeune Maroc indépendant.

Stephen Smith à mis dix ans à reconstituer le destin extraordinaire de ce petit Berbère venu du désert; entré dans l'armée française; décoré de la croix de guerre à Monte Cassino; de la Silver Star américaine après la prise de Sienne; blessé en Indochine où il est nommé capitaine à 28 ans; aide de camp du Résident général Guillaume au Maroc; organisateur de l'armée marocaine sous Mohammed V; directeur de la sûreté; ministre de la défense et de la police sous Hassan II; condamné par contumace à la prison à perpétuité par la France à la suite de l'affaire Ben Barka; devenu l'homme le plus puissant du pays, après le roi, dont il était à la fois la tour et le cavalier; finalement "suicidé" de cinq de balles dans le corps (dont une dans la nuque) après un coup d'Etat manqué.

Stephen Smith est journaliste au Monde, spécialiste de l'Afrique, et respecté de tous ses confrères. Il ne s'agit pas ici d'une classique flatterie parisienne, mais d'information: dans ce genre de sujet plein de passions et de désinformation, où les "on dit" font souvent office de faits et les ragots de preuves, la rigueur et l'indépendance de l'auteur constituent une nécessaire garantie.

La famille Oufkir, réfugiée à Paris en 1996 après avoir passé 19 ans dans un mouroir aménagé pour elle, a accepté de témoigner. Fatima, l'épouse de Mohammed Oufkir, et ses trois enfants les plus âgés, ses filles Malika et Myriam et son fils Raouf on raconté, minutieusement, leur calvaire à l'auteur. Ils ont aussi donné toutes les informations, indications, souvenirs, du temps de leur splendeur, permettant de comprendre un peu mieux l'univers anachronique du Palais, le fonctionnement despotique du roi, le rôle trouble de certains Français.

Mais ils ne sont pas les seuls à avoir parlé. Politiciens, militaires, agents secrets, amis, ennemis, confidents, parents... Beaucoup ont souhaité garder l'anonymat prévient l'auteur. En lisant le livre, on comprend pourquoi. L'odyssée des Oufkir est encore un sujet brûlant. De ce récit passionnant, haletant, qui éclaire d'un jour nouveau le processus de décolonisation du Maroc, et l'histoire de ces cinquante dernières années on tirera un jour un film.
Parce que dans ces aventures on rencontre des personnages de tragédie.
Parce qu'un drame shakespearien se joue entre le roi et son homme lige: pour Oufkir, le roi avait trahi le Maroc en élevant la corruption en système; pour Hassan II, Oufkir l'avait trahi en fomentant un coup d'Etat.
Parce que l'histoire débute dans un monde de princesses et de jolies femmes riches, égoïstes, superficielles sous les ors d'un palais, et qu'à la fin, des victimes innocentes réussissent à s'évader de l'enfer, par un souterrain qu'elles ont creusé de leurs mains, comme au cinéma.

Malika Oufkir, la fille aînée, a aussi raconté son histoire à Michèle Fitoussi, éditorialiste à Elle. Il s'agit là d'un témoignage à la première personne. Concernant la captivité, les faits sont les mêmes, on s'en doute. Avec, souvent, les mêmes mots, c'est normal. Le livre n'a pas la même ambition que celui de Stephen Smith: l'Histoire, la grande, n'est présente qu'en bruit de fond (l'affaire Ben Barka est expédiée en quelques mots); de Mohammed Oufkir, on ne devinera que le personnage du père. Ce livre-témoignage présente-t-il un intérêt, comparé au monument de Stephen Smith? Oui, quand même. D'abord le ton est différent: c'est celui d'une femme qui parle à une autre femme. Il y a des complicités et des petits secrets. Toute la première partie - l'allée des princesses - raconte en une centaine de pages la vie quotidienne au Palais, celles du harem comme celle des enfants gâtés. Plus tard on trouve des petits détails qui n'apportent pas grand chose à la compréhension de la situation mais rendent Malika plus présente, car ce récit est aussi l'autoportrait d'une femme au destin hors du commun.

Le livre de Stephen Smith s'achève sur une phrase vengeresse de l'indomptable Fatima, décidée à défendre jusqu'au bout la mémoire de son époux, et qui croit en un autre Maroc, débarrassé d'Hassan II. Dans l'épilogue de celui de Michèle Fitoussi, Malika, affirme qu'elle ne vivra plus jamais au Maroc et raconte sa rencontre avec l'homme de sa vie, un Français a qui elle fait une déclaration d'amour.

La famille dont le souverain marocain voulait effacer tout souvenir est en train d'entrer dans l'Histoire, grande et petite... Echec au roi.


Jacques Girardon
( Mis en ligne le 24/05/2002 )
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