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Croquis décapants
Jean Clair   Journal atrabilaire
Gallimard - Folio 2008 /  5,80 € - 37.99 ffr. / 225 pages
ISBN : 978-2-07-034934-0
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm
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Dans les combats de la vie publique comme dans ceux de la vie quotidienne, le pouvoir est du côté des médiocres : médiocres de l’esprit d’un côté, médiocres du cœur de l’autre ; car celui qui prend au sérieux les choses et les hommes est toujours le plus faible.» - Arthur Schnitzler, Relations et Solitudes.

...

La particularité de certains grands écrivains est de distiller leur savoir avec sobriété, le raffinement du style et le sens de la concision. C’est ce que Jean Clair, fin connaisseur d’art et d’esthétique, fait ici de façon admirable en commentant son époque à travers ce journal douloureux, intime et fragmentaire (Genre littéraire se prêtant bien à la pensée spontanée). À l’instar de ses collègues (Finkielkraut avec L’Imparfait du présent ou Muray et ses Exorcismes spirituels), il pratique le fragment et dresse un portrait acerbe et féroce d’une époque qui, petit à petit, se vide de son sens, ne cessant de glorifier sa médiocrité tout en ridiculisant les grandeurs d’un passé encore récent.

Comme dans une balade ou lors d’une discussion avec un ami, Clair passe du coq à l’âne avec une cohérence lucide et imagée, le tout écrit proprement, sans lyrisme ni manière, afin de montrer le ridicule, les tares de son époque mais aussi les beautés, les souvenirs littéraires, les gens attachants, les expériences quotidiennes qui mènent à la réflexion, à des questions universelles, parfois à la vérité, à la sagesse.

Inutile d’aligner les thèmes amorcés ici par l’écrivain mais tâchons de rendre hommage aux rares résistants qui, dans le silence de l’écriture, rendent à la littérature actuelle ses lettres de noblesse. Littérature, dernière arme possible face à la bêtise institutionnalisée par l’Etat, les ministères, les associations, les entreprises, les médias tous ligués pour effacer au nom d’une ère festive généralisée et inégalitaire les derniers vestiges de l’Homme. Clair remarque donc ces faits qui déterminent une époque en pleine mutation, en la bouleversant insidieusement puis en la rendant insupportable, infantile et médiocre.

Il est d’usage pour un écrivain de critiquer son temps. Voltaire ne disait-il pas que le XVIIIe siècle était le plus épouvantable des siècles ? Et que dire du XXe siècle ? Mais n’oublions pas le rôle de l’écrivain. Rester en contact avec le réel, et le transcender par l’écrit afin de le rendre saisissable. Lorsqu’en pleine guerre, Montherlant, dans Textes sous une occupation (1944), critique virulemment l’Etat français qui encense la loterie nationale alors que les délations affluent, on est en droit de se demander s’il n’y a pas plus important à écrire. Mais Montherlant, écrivain et citoyen des années 40, voyant l’Etat pousser la masse à parier et à jouer à tout va en faisant une publicité incroyable autour de ce vice qui a pour but de remplir les caisses et de tromper les pauvres gens, ne peut rester insensible devant une telle preuve de manœuvre politique. Clair fait de même dans ces chroniques en relevant ces détails qui n’en sont plus en s’accumulant ainsi autour du projet post-moderne, libéral, festif et médiatique dessiné par les gouvernants, et du coup perçus par la masse comme une libération des mœurs ou autres subterfuges progressistes. Cet homme, à qui l’on ne donnera jamais la parole à une heure de grande écoute, a pour rôle de relever ces contradictions qui font mal, ces énormités qui passent tranquillement, ces bassesses que l’on croit humanistes, ces petites ignominies qui, au nom de l’idée d’une liberté bien particulière, envahissent le dernier espace vacant, le dernier carré de pelouse.

Clair nous laisse donc ses impressions, états des lieux concrets transfigurés par l’écrit, devenant d’un coup objet d’art, pensées philosophiques sur un monde qui ne laisse plus de place à ce qui le rendait jusqu’ici vivant et singulier. Homme raffiné, il rappelle aux incultes qui sont aux commandes du pays de quelle histoire est constituée une nation et comment on est en train de tout éliminer au nom d’un seul projet possible. Du simple fait de ne plus pouvoir fumer tranquillement à la politique compassionnelle des musées en passant par le nouveau langage de la RATP, Clair souligne, souvent avec humour, les aberrations durement pensées par la modernité. Chaque paragraphe du Journal atrabilaire serait une sentence à marquer au fer rouge sur les programmes des illettrés qui nous gouvernent tant sa vision est lucide et toute en délicatesse. Devant l’énormité de cette petite époque, la lecture du livre laisse un arrière-goût d’amertume mais aussi du plaisir devant cette balade littéraire contemporaine où chacun peut retrouver une saveur oubliée, un endroit où souffler, un livre d’art, un secret enfoui, un ami disparu.

Car fort heureusement, le livre est peu théorique et s’arrête de nombreuses fois sur les plaisirs futiles mais si importants pour un fin lettré comme Clair, du reste touchant et profond lorsqu’il s’attarde sur tel ou tel aspect de sa vie d’artiste saisi par les mystères insolubles du quotidien.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 29/02/2008 )
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