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L’Affaire Lucie Blackman
Richard Lloyd Parry   Dévorer les ténèbres - Enquête sur la disparue de Tokyo
Sonatine 2020 /  23 € - 150.65 ffr. / 518 pages
ISBN : 978-2-35584-796-7
FORMAT : 14,0 cm × 22,0 cm

Paul-Simon Bouffartigue (Traducteur)
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Le 4 Mai 2000, Lucie Blackman (1978-2000), jeune britannique de 21 ans, atterrit à Tokyo en compagnie de sa meilleure amie Louise Philipps. Elle avait pris la décision de quitter l’Angleterre et son activité d’hôtesse de l’air pour changer momentanément de vie, régler des problèmes de dettes (la jeune femme était très dépensière) et partir à l’aventure dans un pays qu’elle ne connaissait pas. Très vite et durant les deux derniers mois de sa vie, elle trouva un poste d’hôtesse mais cette fois-ci de charme, exerçant au Casablanca à Roppongi, un quartier plutôt chaud de la capitale japonaise. Sa mission était simple, converser, dîner voire séduire le client afin qu’il dépense le plus d’argent possible. Rien de sexuel ne devait entraver les rapports avec l’individu ; il s'agissait de développer une fausse complicité qui devait inciter ce dernier à revenir souvent dans la boite.

Jusqu’à ce 1er juillet fatal où elle accepta l’invitation de Joji Obara, un maniaque sexuel récidiviste, qui lui promit une gentille balade en bord de mer, et avec qui elle partit en voiture pour ne plus jamais réapparaitre. L’ironie du sort (comme souvent dans ce type de fait divers horrible) fut qu’on retrouva son corps démembré six mois plus tard, enfoui dans une grotte située sur la plage en question. Durant le trajet, elle appela sa colocataire avec le téléphone cellulaire du psychopathe pour confirmer leur rendez-vous plus tard dans la journée, ainsi que son petit ami qu’elle avait rencontré récemment.

Louise signala sa disparition mais l’enquête n'aboutit pas, la disparition de la jeune femme n’étant pas prise au sérieux. Le journaliste Richard Lloyd Parry, spécialiste du Japon, s’empare de l’énigme, enquête, rencontre la famille, les témoins et assiste au procès du principal accusé. Durant 500 pages qui se lisent (heureusement ou malheureusement) comme un thriller horrifique, il revient sur l’enquête, et analyse les failles du système policier et judiciaire japonais. Puis en 2005, date à laquelle il intervient, il développe ses propres investigations. Louise, l’amie qui avait convaincu Lucie de venir avec elle à Tokyo, a reçu, 48 heures après l’enlèvement de sa camarade, l’appel d’un inconnu qui l’informait que Lucie était rentrée dans une secte, décidée à changer de vie, avant de lui demander son adresse. Cette curieuse erreur permit à la police, assez tardivement du reste, de mettre un nom sur le suspect, un certain Joli Obara, malgré un cellulaire censé ne pas le localiser, d’autant plus que c’est le même appareil qu’utilisa Lucie lors de son dernier appel. C’est donc une plongée dans l’enfer des meurtres sexuels et crapuleux que Parry propose ici au lecteur, avide de trouver la vérité sur cette sale affaire.

Le journaliste écrit là un récit nerveux, parfois fascinant, bien documenté, qui plonge le lecteur dans un univers particulier (la culture japonaise, ses codes, ses bas-fonds, ses secrets, ses mensonges mais aussi son ordre, sa petite délinquance, son faible taux de criminalité) en même temps qu’une enquête policière où tous les rebondissements, inquiétudes, interrogations, élucidations, procès, sont de mises. Les personnalités sont fortes. Père et mère de la victime se déchirent, frères et sœurs sont accablés, et la personnalité du suspect est glaçante. L’homme rémunérait des hôtesses, puis, une fois qu'il les avait installées chez lui, il les asphyxiait au chloroforme, les violait en se filmant selon des rites bien à lui. Des centaines de vidéos ont été retrouvées et épluchées par la police où l’on voit l’homme masqué s’adonner à des relations sexuelles sur des corps inanimés. Mais les preuves du meurtre de Lucie n’ont jamais été obtenues. On évoque plutôt un accident, comme pour une autre victime morte quelques années plus tôt et déposée par les soins du meurtrier à l’hôpital… Le maniaque, d’une intelligence supérieure, a pourtant toujours nié l’avoir tuée sciemment, retournant souvent les situations à son avantage.

On pense à Laëtitia d’Yvan Jablonka (bien que celui-ci ait été écrit après, la traduction française de Dévorer les ténèbres date de cette année, mais le livre est paru en 2011) ou encore à La Mort de la licorne de Peter Bogdanovich car la réflexion qui est menée porte sur les crimes sexuels concernant de jeunes femmes, qui certes ont commis des erreurs de choix, mais ont subi la folie et la violence d'hommes qui exorcisent leurs pulsions les plus perverses à travers leur volonté de domination ultime. Les trois femmes décrites dans ces livres ont toutes été massacrées et leur corps a subi, après le crime sexuel, les pires détériorations (souvent pour dissimuler le cadavre).

L’affaire Lucie Blackman a bouleversé l’entourage de la jeune fille ; cette disparition fut un cataclysme que chacun peut comprendre. Parry s’est donc emparé de ce monstrueux fait divers pour en tirer un livre glaçant, énigmatique, où le journaliste fait preuve de distance et d’humilité pour laisser place à la complexité et à la folie de cette affaire dramatique. En cela, l'ouvrage est tout à fait sérieux et saisissant, rendant l’hommage qui était dû à cette pauvre victime. Le lecteur n’oubliera pas, tout comme la jeune apprentie Laëtitia ou le mannequin Dorothy, le calvaire de Lucie qui a perdu la vie à la fleur de l’âge.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 03/07/2020 )
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