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L’éducation nationale, repère de hors-la-loi
Bernard Defrance   Sanctions et discipline à l'école
La Découverte 2003 /  15 € - 98.25 ffr. / 212 pages
ISBN : 2-7071-4166-6
FORMAT : 14x22 cm

5éme édition.

Préface de Jean-Pierre Rosenczveig.

L'auteur du compte rendu : après des études en mathématiques pures, Stéfan Philippot enseigne actuellement dans un collège classé ZEP. C’est un établissement dans lequel un plan contre la violence a été mis en place ; il s’agit en outre d’un poste à exigence particulière de type PEP IV.

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Bernard Defrance a écrit, avec Sanctions et discipline à l’école un livre fort, pertinent mais dérangeant car il remet en cause de nombreuses pratiques professionnelles chez les enseignants. L’auteur nous rappelle la loi commune et nous met en garde : «Les valeurs ne sont pas en crise, ni les repères : ce qui est en crise c’est leur genèse en chaque petit d’homme». Cette crise pourrait être évitée si deux principes fondamentaux étaient respectés à l’école, à savoir que nul ne peut se faire justice, ce qui signifie que «les punitions doivent donc être fixées par une instance indépendante des acteurs du conflit ou de la victime de l’infraction» ; par ailleurs nul ne peut être juge et partie. Le propos de Bernard Defrance n’est pas de se demander si la punition est nécessaire ou non en éducation car «s’il y a transgression il doit y avoir punition». Son ambition est de faire comprendre pourquoi la manière dont les punitions sont généralement utilisées est le principal obstacle à l’acquisition de la notion de loi ainsi qu’à l’accès au savoir.

Il constate l’incohérence et l’arbitraire à peu près généraux en matière de sanction, y compris dans un même établissement : une punition pour un comportement précis n’empêche pas que celui-ci sera toléré dans un autre contexte; la nature de la punition diffère souvent pour des faits analogues. D’autre part, l’auteur conteste une confusion des pouvoirs : l’enseignant et aussi celui qui juge des résultats de cet enseignement, ce qui tend à rendre difficile la construction même des savoirs. «Aucune action d’enseignement ne peut avoir d’efficacité si l’élève ne peut pas manifester qu’il comprend ou non». Or si toute expression d’une incompréhension est sanctionnée par une note, certains élèves préfèreront la sécurité par le recopiage. L’auteur explique que la «question serait beaucoup plus simple à régler si, en effet, on séparait radicalement les travaux réalisés au titre des apprentissages (où on a droit à l’erreur et même à la non-réalisation des travaux, et dont les sanctions, les notes n’interviennent pas dans le cursus, sur les bulletins et livrets) des travaux effectués au titre de contrôle des connaissances acquises (dont les résultats seuls sont rendus publics sur les bulletins et livrets, et interviennent dans les décisions relatives à la suite du cursus, et sont validés par d’autres enseignants que ceux qui enseignent à l’élève concerné)».

C’est très peu souvent le cas et Bernard Defrance regrette que la majorité des enseignants choisissent d’autres voix, très différentes. Ils misent soient sur leur potentiel de séduction ou sur un modèle disciplinaire qui impose l’obéissance des groupes à des règles imposées et indiscutables. Dans ce cadre, la démarche pédagogique est «impositive et magistrale, qu’elle passe par le cours ou par un jeu de pseudo-questions et de pseudo-réponses». Extérieur au savoir qui lui est ainsi imposé, l’élève y trouverait un échappatoire dans la cause principale de punition en milieu scolaire: le bavardage. Forme de résistance «au grand parler impositif et frontal», ce dernier pourrait être canalisé et exploité pédagogiquement : l’auteur nous conseille de l’utiliser de manière positive par des travaux en groupe, une pédagogie de projet, la coopération entre élèves, etc.

Enfin, parce qu’«on est respecté si on est respectable», et que le respect du professeur ne devrait pas être une donnée imposée mais acquise, l’auteur invite les enseignants mêmes à respecter la loi. Il rappelle tout d’abord aux enseignants du primaire que les devoirs à la maison sont interdits depuis 1964. Il dénonce la confusion entre l’évaluation du travail et celle du comportement, utilisant «la notation comme outil de moralisation des comportements». Au risque de faire grincer les dents des enseignants et des parents, Bernard Defrance rappelle que dans le droit français nul ne peut être poursuivi et sanctionné pour des actes qui ne portent tort qu’à lui-même. Or si un élève ne fait pas les travaux demandés, il ne porte tort qu’à lui même…

Voici donc un ouvrage de référence, qui bouscule les rapports au savoir et à l’autorité car l’enfant n’y est plus celui qu’il faut «dresser». «Ni punition ni indifférence : c’est la définition exacte du champ pédagogique». Cet ouvrage devrait nourrir la formation initiale des enseignants en IUFM car celle-ci n’inclut pas ou fort rarement ces questions de gestion de conflits dans la classe, ainsi qu’une formation juridique minimale.


Stéfan Philippot
( Mis en ligne le 08/03/2004 )
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