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On se tait
Jean Bricmont   La République des censeurs
L'Herne - Cave Canem 2014 /  15 € - 98.25 ffr. / 168 pages
ISBN : 978-2-85197-457-0
FORMAT : 12,2 cm × 21,0 cm
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Jean Bricmont est un physicien et essayiste belge. Auteur avec Alan Sokal, d'Impostures intellectuelles (Odile Jacob, 1999), avec Régis Debray d'À l'ombre des lumières : Débat entre un philosophe et un scientifique, (2003), il propose ici un essai critique où il défend la liberté d'expression contre toutes les censures. «Le but de ce livre n'est donc pas de "défendre" ou de "soutenir" tel ou tel individu, ni de discuter de la véracité de certaines opinions, mais de contribuer modestement à rétablir ce qui conditionne la possibilité de toute discussion et de toute recherche de la vérité : la liberté pour chaque individu de dire ce qu'il pense» (p.12).

Se basant sur l'article 11 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen (1789 - «La libre communication des pensées et des opinions est l'un des droits les plus précieux de l'Homme»), mais aussi sur la Cour européenne des droits de l'Homme qui considère que la liberté d'expression vaut aussi pour les opinions «qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction de la population» ou encore sur le Comité des droits de l'Homme de l'ONU («Les lois qui criminalisent l'expression d'opinions concernant des faits historiques sont incompatibles avec les obligations que le Pacte impose aux Etats parties en ce qui concerne le respect de la liberté d'opinion et de la liberté d'expression»), Jean Bricmont fait feu de tout bois avec un calme et une logique implacables.

L'auteur, qui avait en tête cet essai depuis longtemps, passe en revue un certain nombre de faits ayant suscité des réactions pour leurs propos «discriminatoires» : Eric Zemmour, Daniel Mermet, Siné, Edgar Morin, Jean-Marie Le Pen, Noam Chomsky, Bruno Gollnisch, Robert Faurrisson, et dernièrement, Dieudonné et Alain Soral. A raison, Jean Bricmont argue de la différence entre les paroles et les actes. Non seulement le climat devient malsain mais l’interlocuteur est condamné au silence de peur de subir un procès ou d'être discrédité dans sa vie intime ou sociale.

Ce n’est pas en censurant non plus tel ou tel livre que l’on fera disparaître la haine. Bien au contraire. «Ne faudrait-il pas aussi recréer une culture du débat, surtout à gauche, dans laquelle l'adversaire est contredit au moyen d'arguments rationnels, sans reductio ad hitlerum, sans accusation de racisme mal définie, et en écoutant l'autre sans lui demander d'abord "d'où il parle"?» (p.158). Jean Bricmont s'en prend ensuite à la loi Gayssot (1995) qui interdit de remettre en cause le judéocide (voire d’en discuter) par une loi d’Etat. Or, l’historien Pierre Vidal-Naquet refusait déjà de s'attaquer aux négationnistes au nom de la vérité, ce qui en ferait, selon lui, des martyrs. Ce genre de censure à notre époque ne fait qu’enfler l’esprit anti-système et donc jette un discrédit à terme sur les institutions et les responsables politiques soupçonnés à tort ou à raison de faire deux poids deux mesures. On crée une suspicion et une délation généralisée. Un fait historique devient une religion et sert d'outil de chantage contre quiconque tente de le contester. Selon Jean Bricmont, c'est aux historiens d’en débattre et d’établir une «vérité» par rapport aux faits. A chacun de se faire son opinion ensuite. A ce titre, la liberté de parole aux est plus respectée aux États-Unis qu’en France, ''patrie des Droits de l’Homme''.

Jean Bricmont s’en prend aux associations prêtes à dénoncer la moindre parole déviante sous prétexte de racisme, de sexisme, d’homophobie, d’antisémitisme. Selon lui, dans ce climat houleux, ce déversement d’accusations permanentes ne fera qu’augmenter le racisme et les discriminations de tous bords, c’est-à-dire d’arriver à l’inverse de ce que l’on prétend. Quand la Licra arrive à faire interdire Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme de Paul-Eric Blanrue, un recueil de textes antisémites de différents auteurs célèbres, non seulement on peut les trouver sur Internet d’un clic mais le livre avait été auparavant édité avec une préface de Yann Moix sans aucun problème ! Pourquoi deux poids et deux mesures ? Dans ce cas, il faut être conséquent et supprimer ces textes écrits de ces mêmes auteurs ainsi que d’autres clairement «antisémites» (comme certains passages de La Pesanteur et la grâce de la philosophe chrétienne Simone Weil d’origine juive). Le mot antisémite est par ailleurs mal appliqué. Son étymologie suggère qu’il est dirigé contre tous les sémites, Juifs et Arabes, mais étrangement, il n’est utilisé que pour faire référence à l'hostilité seule envers les Juifs comme groupe religieux ou ethnique. Plus absurde, est retiré de la vente Le Salut par les Juifs (édité par Alain Soral) qui avait été réédité en France en 2008 et en 2010 sans susciter d’action en justice. D’autres comme La France juive d'Edouard Drumont, Le Juif international d'Henry Ford et La Controverse de Sion de Douglas Reed (édités encore par Alain Soral) doivent être caviardés.

Le phénomène risque de s'étendre à d'autres champs. L'accusation permanente de racisme et autres ''ismes'' fait courir le risque de voir s’amplifier des conflits larvés risquant de déboucher sur une guerre civile ou une haine inextinguible. Au fond, nous dit Jean Bricmont, de telles censures ne font que donner une plus grande audience aux thèses incriminées, ne permettant pas en tout cas d'en discuter et d'établir une vérité basée sur ce qu’on appelle le logos, l’argumentation, la libre discussion.

Bien écrit, avec une logique infaillible, le livre de Jean Bricmont est donc salvateur.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 21/03/2014 )
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