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Le Dispositif
Yannick Haenel, François Meyronnis & Valentin Retz   Tout est accompli
Grasset 2019 /  22 € - 144.1 ffr. / 368 pages
ISBN : 978-2-246-86258-1
FORMAT : 14,1 cm × 20,5 cm
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. "Tu n'es qu'un numéro, et ton numéro, c'est zéro" (Formule nazie)

Tout est ici accompli par trois écrivains français qui, depuis 10 ans, réfléchissent sur notre époque au moyen, entre autres, d’une revue appelée Ligne de risque. "Tout est accompli", dit Jésus-Christ sur la croix, annonçant le royaume de Dieu. ''Le Dispositif'' a changé le royaume de Dieu en royaume de L'Homme cybernétique, cette organisation dirigeante et autoritaire qui transforme notre quotidien en cauchemar anthropologique. Et voici ce qu'il instaure selon nos trois intellectuels : "On veut atteindre un but : l'émancipation humaine. Et par déviation inattendue, on aboutit à son contraire : le comble de la servitude".

Depuis 15 ans, la fracture tant annoncée s’est accomplie : les mitterrandistes de jadis se rendent tardivement compte qu’ils ont été leurrés, les libéraux-trotskistes jouent aux LGBT tiers-mondistes au lieu de défendre le droit du travail, et les maastrichtiens-libéraux empaquettent le tout pour créer des gouvernances autocratiques et cyniques – le gouvernement actuel raisonne comme une incarnation tragique de cette mouvance – qui font du monde celui de quelques puissants déjantés (en particuliers les entrepreneurs de la Silicon Valley comme ce Marc Zuckerberg que l’on reçoit en grande pompe à l’Elysée) qui s’en gavent au détriment d'un peuple fragilisé voire marginalisé. Ce qui se passe en Europe, venant directement des Etats-Unis, s’est développé un peu partout dans les pays riches et modernes qui sont traversés du coup par la vieille pauvreté d’antan. Le retour à un Tiers état qu'a combattu la Révolution en tranchant des têtes est nourri par ceux qui lui rendent hommage chaque 14 juillet ! Plus qu'une constatation d'inégalités de plus en plus profondes, c'est l'annihilation de l'Individu entier qui est évoquée ici.

Sous la forme d'un livre-conférence écrit à trois mains, mais dont on ne sait laquelle a brodé quoi, Tout est accompli se confronte aux trois derniers siècles qui ont engendré notre époque post-historique, pilotée par quelques gugusses milliardaires qui nous préparent un monde cybernétique où les riches se veulent éternels et les pauvres sont de plus en plus sujets à une mort précoce ! Il s’agit ici de voir comment la philosophie des Lumières (encensée par l’Education nationale depuis des générations) et ses propos révolutionnaires qui ont combattu l’obscurantisme (en fait religieux) a promulgué des éclairs aveuglants sur la société du vivant. C’est ensuite une Révolution (et un génocide en Vendée) que tout le monde louait jusqu’ici mais qui apparaît comme l’épicentre de ce néo-monde saturé de numérique cybernétique et financier, que nous subissons. Le XIXe siècle a ouvert la brèche de la technique moderne aux totalitarismes nazis et staliniens dont vont encore s’inspirer dans des chartes pacifiques et grandiloquentes nos grands gourous mondialistes. C’est la mort de Dieu analysée par Nietzsche et mise en pratique par Hitler qui définit plus que jamais le monde unidimensionnel fait à l'image de l'Homme. Il s’est voulu plus grand et plus puissant que le créateur. Il sera miséreux et auto-satisfait ! Il exige la vie éternelle mais transforme l'existence en cimetière géant. Il veut à tout prix un monde à son image : médiocre, inégalitaire et superficiel. Il y parvient magnifiquement.

Dans cet imbroglio subjectif, nos trois intellos parisiens, enfermés dans leurs bureaux chez Gallimard et Grasset, pensent le monde avec leur culture et, parfois, condescendance. Ils déchiffrent les codes des barbares, convoquent dans leur panthéon Descartes, Sade, Lautréamont, Poe, Tzara, Kraus, Heidegger, Nietzsche, Rochman, Houellebecq − égratignant au passage René Girard en quinze lignes − et annoncent la fin du monde. C’est souvent instructif, quoiqu’obscur et parfois doctrinaire. On souhaiterait totalement adhérer à cette dissertation d'élèves sérieux, mais un je-ne-sais-quoi de dogmatique et d'universitaire irrite la cornée à la lecture. C'est dommage car ce sujet est sans doute le plus digne d'un écrivain sérieux.

Comme un auditeur s'endormant aux conférences soporifiques de professeurs grassement payés par le contribuable, le lecteur traverse une mer dont l’agitation et le calme font malgré tout la richesse. Il est évident que ces trois penseurs, certes davantage démonstratifs que pédagogiques, étayent une thèse partagée par tous les esprits à peu près lucides sur ce monde en perdition, en général ce qui reste d’intellectuels contemporains : Baudrillard, Muray, Michéa, Onfray, Zemmour (pour ne citer que les plus symptomatiques) ne pensent pas seulement à leur compte en banque. La mort du langage, l’omnipotence de quelques siphonnés prêts à pourrir l’humanité entière pour collectionner quelques I-Phone, la fin du monde spirituel chrétien, font de nos sociétés prêtes à mourir, des espaces perdus, d'un désespoir organisé, un univers virtuel. Comme les auteurs le soulignent si justement, le chaos est face à nous mais nous continuons à vivre comme s’il n'existait pas : les voitures continuent leur course vers un néant dévasté, les vacanciers batifolent dans les eaux polluées et le passant évite le vagabond affalé.

Tout est accompli est un essai à la fois ardu et prévisible, qui possède les qualités et les défauts des auteurs ; il est passionnant par les analyses opérées, mais la culture savante est présomptueuse, et le style pompeux parfois. La conclusion, par ailleurs, est assez faible pour qui ne partage pas leur attachement religieux et vit vraiment dans la société actuelle. Réfléchir dans une tour d’argent sur un monde qui devient miséreux empêche de sentir la puanteur vraie des faubourgs.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 20/05/2019 )
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