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Sommes-nous tous des poissons rouges qui s’ignorent ?
Bruno Patino   La Civilisation du poisson rouge - Petit traité sur le marché de l’attention
Grasset 2019 /  17 € - 111.35 ffr. / 179 pages
ISBN : 978-2-246-81929-5
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm

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Le poisson rouge tourne en rond dans son bocal mais ne s’ennuie jamais, sa mémoire ne dépassant pas 8 secondes. Tout est toujours nouveau pour lui. Et l’homme devant son écran connecté ?... Son attention moyenne est de 9 secondes, avant qu’il ne décroche pour passer à autre chose. Telle est du moins la conclusion des études sur lesquelles se fondent les managers des réseaux sociaux…

Bruno Patino, doyen de l’Ecole de journalisme de SciencesPo et directeur éditorial d’Arte France, va nous mener dans leur monde, qui est aussi devenu le nôtre, et nous montrer ce que nous sommes devenus grâce à eux. Chaque minute, 480 000 tweets, 2,4 millions de snaps sont émis, tandis qu’ont lieu près d’un million de branchements sur Facebook et 4,3 millions de vues sur Youtube. Vu de l’individu, on voit se créer une addiction au smartphone, baptisée aux USA par l’acronyme «FoMO», soit fear of missing out, la peur d’être marginalisé par ignorance. Ce qui conduit à consulter son écran de manière compulsive, sans trêve, partout, manie que les Américains désignent par phnubbing, contraction de phone et snubbing, snobisme.

Mais ceci n’est pas dû à nos seules faiblesses de consommateur. Cela résulte des mécanismes mis au point par cette nouvelle discipline, la «captologie» - ou l’art de retenir l’attention -, fondée sur des études scientifiques sur des animaux, puis sur l’Homme. Pour réaliser ce que certains désignent par brain hacking, le piratage du cerveau, les neurosciences sont mises à contribution, avec le résultat que l’on a vu.

Le danger va toutefois au-delà de cette capture du temps de cerveau disponible pour menacer rien moins que la réalité, notre rapport au réel et au vrai. Pour reprendre le titre de l’un des chapitres, «Trop de réels tue le réel» : ce n’est pas seulement l’existence de fake news, fabriquées délibérément pour tromper, c’est plus largement ce que Bruno Patino désigne par «l’empire de la croyance», ou Gérard Bronner par le titre de son ouvrage récent «la démocratie des crédules».

Derrière, on trouve une part croissante de l’opinion publique qui non seulement réclame sans cesse du nouveau mais qui aspire à croire vrai ce qu’on lui produit. Ce tropisme rend de plus en plus difficile le rôle de la presse, dont on constate aujourd’hui combien elle a perdu de son statut de référence au profit de ce qui circule en ligne, et ceci malgré ses efforts. Et derrière cette situation préoccupante, se profile la montée en puissance de l’intelligence artificielle (ou AI), certes encore balbutiante comme le souligne l’auteur, mais qui, à terme, risque de «dépasser» l’Homme. Or, ce sont les maîtres des grands réseaux sociaux qui, grâce à leurs bases de données individuelles colossales, sont les seuls en mesure de la mettre en œuvre…

Devant une telle situation, Bruno Patino apporte cependant une note d’espoir en soulignant que des pionniers de l’Internet et des réseaux sociaux tentent aujourd’hui de lutter contre cette dérive. On se bornera à citer le cas de Tim Berners-Lee, créateur du World wide web, le noyau initial d’Internet, ou celui de Tristan Harris, un ancien de Google. Lui-même se livre à un exercice de repentance, pour reprendre son terme, en tant que pionnier d’Internet victime des illusions de l’époque. Mais surtout, en conclusion, il nous livre ce qu’il nomme les «quatre combats à mener» et les quatre «ordonnances», ou plutôt ses remèdes pour échapper au monde effrayant qu’il vient de nous décrire.

Au total, donc, un livre que chacun devrait avoir lu, soit pour se libérer, soit pour se prémunir de l’esclavage numérique. D’autant que sa lecture est aisée, alternant les anecdotes et les portraits avec des réflexions sur le fond. Posez donc votre portable, éteignez-le et lisez. Ce sera – peut-être – le début de la guérison…


Jean-Etienne Caire
( Mis en ligne le 29/05/2019 )
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