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Ce féminisme est-il un humanisme ?
Barbara Polla   Le Nouveau Féminisme - Combats et rêves de l'ère post-Weinstein
Odile Jacob 2019 /  21,90 € - 143.45 ffr. / 267 pages
ISBN : 978-2-7381-4782-0
FORMAT : 14,5 cm × 22,0 cm
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Barbara Polla a de multiples activités : fille d'Anne-Marie et de Rodolphe Imhoof, elle grandit à Genève où elle fait ses études de médecine. Elle poursuit ses recherches à la Harvard Medical School, au Massachusetts General Hospital à Boston, prend la tête de l'unité d'allergologie de l'Hôpital Cantonal Universitaire, puis devient directrice de recherche INSERM au laboratoire de physiologie respiratoire de la Faculté de médecine de l'hôpital Cochin (Paris V). Elle est l'auteur de nombreux d'articles et d'ouvrages de recherche et a été conseillère municipale, députée au grand conseil du canton de Genève, et conseillère nationale. Elle fut présidente de Forever Laser Institut (Institut d'esthétique médicale) et entreprend une activité de galeriste à Genève, soutenant un programme international d’artistes contemporains.

À l’ère des Sandra Muller (les «féministes» bourgeoises – les «madames du capitalisme», comme les appelait Paul Lafargue), Barbara Polla fait partie du cercle de la working woman, très en phase avec la société libérale actuelle (elle a été au Parti libéral genevois jusqu’en 2007). Cet essai pourrait laisser penser que son approche est scientifique. Nullement. Il est totalement inscrit dans la doxa actuelle et est en fait, radicalement idéologique malgré la formation scientifique de l’auteur.

Il est étonnant que dès le début, Barbara Polla dit ne pas avoir de réponses concernant le fait que la force créative et intellectuelle ait été associée à la force physique de l’homme et que les femmes se soient plus ou moins laissées faire. Elle suppute naïvement : «N’est-ce pas plutôt dans la frustration, face à cette folle puissance du corps féminin, que la violence masculine trouve sa source ?» La réponse est pourtant simple si on lit l’ouvrage de Charles Darwin, La Descendance de l’homme, dans lequel il explique le processus de la sélection sexuelle. En 1972, le biologiste Robert Trivers précisait que les hommes ont un investissement parental minimum (accouplement rapide, éner­gie faible pour éjaculer dans le vagin d’une femme) alors que les femmes ont un investissement parental maximum dans la production d’un enfant : la grossesse, la naissance, l’allaitement, et l’éducation. À l’époque, il fallait survivre et préserver le groupe déterminé par un calcul coût/bénéfice. Seuls les hommes pouvaient l’accomplir pour l’acquisition de la nourriture, en cas de guerre ou pour bâtir le monde. Aucun groupe humain ne s’est alors réuni au fin fond de la caverne pour discuter des droits de l’Homme ou pour savoir qui va faire la vaisselle ou sortir les poubelles. De nos jours, dans les pays les plus féministes, les femmes prennent à 80% les métiers sociaux, et inversement, les hommes prennent dans la même proportion les métiers techniques et scientifiques (paradoxe norvégien), preuve que le sexe a une influence manifeste selon des études.

Si Barbara Polla reconnaît l’importance de l’enfantement dans la puissance féminine («la puissance féminine supérieure, puissance de donner la vie»), elle aurait dû s’interroger sur le fait que la femme a l’avantage dans la séduction sur les hommes comme le montrent nombre d’études. Si ces derniers avaient autant de choix, ils passeraient à la partenaire suivante en cas d’échecs car pourquoi font-ils les demandes ? Cette différence d’investissement indique aussi que ce sont les hommes qui se battent pour avoir accès aux femmes mais que ce sont ces dernières qui choisissent leur partenaire sexuel la plupart du temps, leur pic de fertilité s’établissant entre 19 et 31 ans. Ce n’est que très récemment (années 1970) que les femmes se sont relativement «libérées» de l’enfantement. Cela dit, comment contrarier 40 000 années d’évolution d’autant que les femmes choisissent encore des hommes de leur statut ou d’un statut supérieur pour assurer leur progéniture, y compris d’ailleurs quand elles sont d’une classe sociale aisée ? C’est le problème de ce genre d’essai qui refuse de comprendre la biologie et préfère opter pour l’idéologie de la domination vis-à-vis de la sexualité. Au moins, il serait légitime de pointer l’ambiguïté dans les rapports entre sexes.

Dès lors, Barbara Polla axe systématiquement son propos sur la «violence faite aux femmes». «Toutes les violences contre les femmes doivent être abolies, qu’elles soient mortelles ou apparemment anodines», écrit-elle naïvement même si elle affirmait plus haut : «La violence est. Elle est, dans le chaos et dans l’organisation du cosmos, dans les «forces de la nature», dans le règne animal, dans l’espèce humaine». Et... rien dans le fait d’abolir toute violence contre les hommes. Or, si les hommes sont responsables à 95% des crimes dans le monde (UNODC, Global Study on Homicide 2013, United Nations publication), ces derniers touchent 79% d’entre eux ! Ce ne sont pas les femmes qui sont les plus victimes dans le monde. Il est singulier que l'hydre patriarcale s'en prenne autant à ses propres "adeptes". De même Barbara Polla ne parle jamais d'autres chiffres que l'on trouve sur les bases de l'Insee ou ailleurs : 96,4 % des détenus, 95 % des sans-abris, 94% des accidents mortels de travail et 73,6 % des auteurs de suicides sont des hommes. Et inutile de compter tous ceux qui ont été massacrés dans les différentes guerres ou qui font les pires travaux. Les féministes demandent aux hommes une empathie envers des situations subies par des femmes, mais ne sont nullement empathiques envers 50% des humains : les hommes.

Et lorsque Barbara Polla aborde rapidement l’affaire Weinstein, il n’est nullement noté que le phénomène pose plus de questions qu’il n’en résout : dissolution de l’état de droit, hommes accusés à tort et à travers, certains se suicidant ou perdant leur travail, d’autres interdits de création (Woody Allen) quand ce ne sont pas des œuvres anciennes qui sont pointées du doigt… Peter Biskind dans Sexe, mensonge et Hollywood, dans les années 90, avait déjà critiqué les attitudes suspectes du personnage. Sauf que Weinstein finançait le Parti démocrate et était un soutien actif des associations féministes ! Ce manque cruel de faits concrets laisse le lecteur sur sa faim d’autant que le livre égrène rapidement et superficiellement tous les féminismes possibles et inimaginables de l’idéologie libérale en cours (pro-sexe, pro-désir, intersectionnel, afroféminisme, LGBTIQA+, écoféminisme, etc.) comme s’il avait été écrit à la va-vite. Tout est sans nuances, sans esprit critique, élogieux, de Judith Butler jusqu’à Beatriz Preciado (devenue Paul) qui, dans un article de Libération, demandait la grève de l’utérus reproductif par l’abstinence, l’homosexualité, la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… Même lorsqu’elle cite Peggy Sastre, elle parvient à ne pas citer son essai La Domination masculine n’existe pas.

Et pour cause. Barbara Polla ne s’interroge jamais sur le devenir et les tenants et aboutissants de cette subjectivité féministe en cours comme si au fond le désir était transparent à lui-même, sans zone d’ombre et qu’il suffisait de désirer pour être dans le bien absolu. Auparavant, les grands artistes se moquaient des rôles que s’attribuaient les individus dans la vie courante. Maintenant, il faut les prendre très au sérieux. On a plutôt l’impression qu’elle fait l’éloge d’un changement anthropologique (le transhumanisme), ouvrant ainsi la porte de l’illimitation dans le désir et l’identité tout en cachant de cette manière un retricotage du droit du travail et une ubérisation faramineuse de toute la société. N’y-a-t-il pas là le vieux rêve de l’hubris, de construire une société totalement liquide, «gender fluid» ?

Seule compte la femme victime, éternellement victime. Il devient même très ambigu que cette émancipation féministe ne fleurisse que sur un fond doloriste et victimaire. Or, les femmes ne se battent pas pour la parité dans la plomberie, mais dans la communication ou la politique. Comme si l’égalité cachait tout simplement une quête du pouvoir, histoire de prendre une revanche, comme dans le film Alexandre le bienheureux d'Yves Robert (1968). C’est bien le problème d’un tel ouvrage.

La question que l’on peut se poser est : pourquoi accentue-t-on autant la «violence faite aux femmes» et non les luttes contre la violence sociale en général envers les individus ? C’était ce que reprochaient le cinéaste Pasolini et le philosophe Baudrillard à ce nouveau visage libéral, hédoniste et féministe, destiné à mieux «faire passer la pilule». Zola, dans Au bonheur des dames, écrivait dès 1883 via Octave Mouret : «Ayez la femme, et vous vendrez le monde !». Or, ce féminisme ne relève-t-il pas aussi du placement de produits ? Le commerce exclut par nature que le passé soit meilleur et vante que ce sera toujours mieux après, conjuguant progressisme et opportunisme marchand. Marguerite Yourcenar s’en moquait à son époque, et avant elle la marxiste Rosa Luxemburg ou l’anarchiste russe Emma Goldman. Ce à quoi ajoutait Christopher Lasch que l’on aurait beau remplacer les dirigeants masculins par des femmes, cela ne changerait nullement l’exercice du pouvoir et la gestion de l’État et des entreprises. Autrement dit, l’exploitation. Thatcher, Golda Meir, Angela Merkel, Christine Lagarde (FMI), etc., ont-elles changé quoi que ce soit à la condition des êtres humains sur cette planète ? Des penseurs comme Hannah Arendt seraient plus nécessaires dans ce but.

À force de lire tant d’éloges des femmes et de la féminité (y compris dans l’orgasme qui «appelle d’autres jouissances»... et l’homme de vouloir tuer «le désir de la femme»), on se dit que Barbara Polla dit sans le dire explicitement que l’homme devrait se conformer à la libido féminine : «Comme je le disais plus haut, les hommes féministes sont la fine fleur de la masculinité. Peut-être un jour créeront-ils leur propre mouvement féministe», l'auteur sous-entendant que ce qui est en propre masculin ne relèverait donc pas de cette fine fleur… On se demande au final si toute cette idéologie ne provient pas d’une élite dirigeante, libérale et bourgeoise qui a décidé de jouer cette carte en se servant du victimisme ou du dolorisme des femmes comme point d’appui efficace et carte humaniste intouchable. ''L’empire du Bien'' ; souvenons-nous. Et bien sûr, pour couronner le tout, Barbara Polla emploie l’écriture inclusive, développée par la même doxa libérale.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 17/07/2019 )
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