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Panopticon
Edward Snowden   Mémoires vives
Seuil 2019 /  19 € - 124.45 ffr. / 378 pages
ISBN : 978-2-02-144104-8
FORMAT : 15,5 cm × 24,0 cm

Etienne Menanteau, Aurélien Blanchard (Traducteurs)
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Le nom d’Edward Snowden est maintenant connu du monde entier. Un documentaire, Citizenfour (2014), de Laura Poitras et un film, Snowden (2016) d’Oliver Stone, ont même été réalisés. Né en 1983 à Elizabeth City, en Caroline du Nord, ce lanceur d'alerte américain, informaticien, ancien employé de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la National Security Agency (NSA), révéla les détails de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Il est symptomatique du monde nouveau dans lequel nous vivons, la globalisation, et de la toile d’araignée informatique tissée à travers la planète.

Ces mémoires retracent donc ses péripéties pour en arriver à ses révélations, destin auquel il ne devait pas s’attendre. La moitié du livre évoque la vie du jeune homme. Le style n’est pas éloquent et reste trop factuel, le tout n'est pas palpitant. Edward Snowden passe son enfance dans la ville de Wilmington. Son père, Lonnie Snowden, est un ancien officier de la garde côtière. Sa mère, Wendy travaille à la cour fédérale du district du Maryland. Sa soeur aînée deviendra avocate. C’est donc le parcours d’un adolescent somme toute banal. Étudiant l’informatique au Anne Arundel Community College, il se passionne pour les jeux vidéo et reste naïf sur le côté «libre» d’Internet. En 2004, après s’être engagé dans l’armée en tant que recrue des forces spéciales, il est obligé d'abandonner sa formation à cause d'un accident aux jambes pendant un entraînement. C’est alors qu’il est embauché par la NSA comme agent de sécurité à l’université du Maryland, avant de rejoindre la CIA pour travailler dans la sécurité informatique.

De 2007 à 2009, Snowden est envoyé par la CIA à la mission américaine des Nations unies à Genève. Puis il quitte la CIA pour rejoindre Dell, une entreprise américaine qui gère les systèmes d'information de multiples agences gouvernementales. Il est détaché comme prestataire sur un site de la NSA dans la base militaire américaine de Yokata, au Japon. Snowden travaille pour Booz Allen Hamilton en tant qu’administrateur systèmes pour la NSA, au Centre de renseignement régional SIGINT de Kunia Camp à Oahu, une des îles de l’archipel d’Hawaï. Il gagne alors fort bien sa vie.

La seconde partie des mémoires devient alors plus passionnante et digne d’un roman d’espionnage. Snowden travaille à Hawaï depuis un mois lorsqu’il dérobe des informations ultraconfidentielles à l’aide d’une carte mémoire flash cachée dans un Rubik’s cube. Son travail d’administrateur lui donnait un accès facile au réseau des ordinateurs de la NSA. En 2012, il prend contact de manière anonyme avec Glenn Greenwald, journaliste au Guardian et avocat américain. Il fait de même avec la documentariste Laura Poitras. C’est à partir du 5 juin 2013 qu'il publie, notamment par l’intermédiaire du Guardian et du Washington Post, des informations classées top secrètes de la NSA concernant la captation des métadonnées des appels téléphoniques aux États-Unis, ainsi que les systèmes d’écoute sur internet des programmes de surveillance PRISM, XKeyscore, Boundless Informant et Bullrun du gouvernement américain, et les programmes de surveillance Tempora, Muscular et Optic Nerve du gouvernement britannique. Edward Snowden est alors inculpé par le gouvernement américain pour espionnage, vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux.

Commencent dès lors la traque et la cavale pour échapper à la justice américaine. Edward Snowden devient apatride (le gouvernement américain invalide son passeport), s’exile à Hong Kong en juin 2013, est aidé par plusieurs immigrés d’Asie du sud-est. Puis il fuit à Moscou où il obtient le 31 juillet 2013 l’asile temporaire. Le 1er août 2014, il obtient un droit d’asile pour trois ans en Russie, droit renouvelé en 2017. Comme on sait, Snowden avait demandé en vain l’asile à Paris en 2013 sous la présidence de François Hollande. Le 19 septembre 2019, sa nouvelle demande d’asile est rejetée.

Ces mémoires ont l’avantage d’être la version officielle, du moins telle que le raconte Edward Snowden. Si l’on peut être déçu par la forme, le sujet est passionnant concernant cette surveillance informatique mondiale de la part des États-Unis. Si l’on avait imaginé pareil scénario, on se serait fait traiter de «complotiste». Or, ici, le roman 1984 de George Orwell s’est retrouvé quelque peu dépassé par l’ampleur des révélations, surveillance orchestrée non par l’URSS ou la Russie, mais par les États-Unis et leurs alliés. C’est dire le destin des démocraties libérales... Au fond, si l’on pouvait la subodorer, les révélations concernant cette réalité dépassent l’entendement. Les États-Unis ont montré le visage sinistre de leur volonté de puissance et de leur impérialisme derrière le masque de la liberté. Après les fausses preuves des armes de destruction massive, la Guerre du Golfe et tant d’autres manipulations à grande échelle, leur hypocrisie totale est révélée. Preuve que les gouvernements qui se sont joints à eux n’œuvrent pas pour leur peuple et certainement pas pour la liberté. S’ils ont tout fait pour capturer le petit informaticien, c’est que ce dernier possédait des preuves de ce mensonge retentissant et historique. Le réel est le réel.

Edward Snowden a fait montre d'un courage inouï pour mettre en lumière cette surveillance informatique pour des intérêts économiques et symboliques qui concernent la planète entière. Il y a de quoi frémir. À terme, c’est la violation intégrale de la vie intime et de l’identité qui risque d’advenir, ce avec le consentement implicite ou explicite d’une majorité de personnes. Il est clair que ce récit doit être lu pour bien prendre la mesure du monde qui advient.

Julian Assange, fondateur de Wikileaks, n'a pas eu la même chance qu'Edward Snowden... si l'on ose dire. Aucune manifestation d’ampleur n’a eu lieu après son arrestation le 11 avril 2019 dans l'enceinte de l'ambassade Equatorienne à Londres par la police britannique. Il y était confiné depuis 2012. Il risque d’être extradé vers les Etats-Unis.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 06/12/2019 )
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