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La Question humaine
Dan Lyons   Les Nouveaux cobayes - Comment les entreprises génèrent précarité et mal-être au travail
FYP éditions - Essais critiques 2019 /  22 € - 144.1 ffr. / 280 pages
ISBN : 978-2-36405-186-7
FORMAT : 15,3 cm × 22,0 cm

Samuel Bennett (Illustrateur)
Florence Devesa (Traducteur)
Philip Adams (Traducteur)

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Essayiste et scénariste américain, Dan Lyons (né en 1960) est l’auteur de Disrupted (2015), un témoignage cinglant sur son propre licenciement, qui a remporté un certain succès aux Etats-Unis. Il a également écrit la série télévisée Silicon Valley, produite par HBO. Et c’est de cette région, quasi satanique, dont il est encore question ici, là même où naissent (et meurent) les nouvelles théories sur le travail et le management New-Age. Dans Les Nouveaux cobayes (Lab Rats en anglais), Lyons s’adonne davantage à une réflexion basée sur les bouleversements qu’ont subis les entreprises et leurs salariés, sacrifiés sur l’autel d'un libéralisme forcené.

L’idée de Lyons est de montrer à quel point la vie professionnelle a changé depuis une vingtaine d’années aux USA, et notamment dans la Silicon Valley. Depuis l’ère du tout numérique, allant de pair avec une industrie globalisée, la précarité, la souffrance, le licenciement, le chômage de masse, les techniques de management relèvent d’une mutation profonde mais surtout d’une volonté de domination portée par la violence, le cynisme et la bêtise d’un système auto-satisfait où seul l’appât du gain compte. Au nom du profit seulement, travailler aujourd’hui ne signifie plus s’engager à long terme dans une carrière qui ferait bénéficier le salarié de certains acquis et d’une légitimité dans la société mais, au contraire, conduit à accepter des missions courtes, précaires et sous-payées précisément pour signifier que l’employeur n’a pas besoin du travailleur pour longtemps. L’employé, jadis rouage indispensable au fonctionnement d’un secteur, est aujourd’hui soit un poids, soit un pion face aux plus riches (actionnaires ou gérants) qui conduisent l’économie d’un pays, et Lyons d’insister sur l'incompétence quasi-généralisée de ces derniers ; ce qui créé un véritable chaos dans le monde du travail.

Durant cette enquête menée entre 2013 et 2017, Lyons décrit à peu près tout ce que l’on peut observer dans le management moderne. De la crétinerie à la supercherie en passant par l’humiliation et l’infantilisation (cours de Lego, jeux de rôles abêtissants, directives internes médiocres, conférences inutiles), l’idée est de faire de l’employé un bon petit soldat au service de l’entreprise sans qu’il ne puisse exprimer son véritable potentiel, et encore moins espérer y faire carrière. Et si possible, qu’il se fasse licencier assez tôt pour ne pas handicaper financièrement les actionnaires.

Du licenciement brutal (considéré comme un deuil conduisant certains au suicide) aux conditions de travail sinistres, la lecture de ce récit réaliste et glacial expose les nouvelles conditions obligées du salarié qui tente de survivre dans un monde devenu purement financier. Même si un mince espoir est soulevé à la fin de l’ouvrage sur la portée sociale de certains groupes (Lyons est quelque peu naïf, car l’engagement humanitaire d’une entreprise n’a de sens que par l’image de marque et la communication qu’elle fournit autour du projet), la thèse du livre appuie l’idée que l’avenir est bien sombre sur ces questions.

L’ennui pour le lecteur français (qui apprend néanmoins ce qui va se généraliser dans quelques années), c’est que ce livre ne concerne que le secteur propre aux folies de la Silicon Valley. Et en même temps, le salarié français prend de plein fouet toutes ces pseudo-trouvailles libérales qui ont pour seul but de réduire les effectifs, d’augmenter l’exploitation et de ne surtout pas épanouir le salarié au travail.

Lyons est courageux de s’être intéressé à une thématique peu abordée par les politiques ou les médias (et pourtant, elle est au cœur d'un système défaillant). Travailler devient une abomination quand ne pas travailler relève d’une précarité insurmontable. Mais l'auteur ne conceptualise pas suffisamment les causes de ce naufrage. En cela, son livre, factuel, décrit un monde apocalyptique mais ne permet pas de le comprendre dans sa profondeur. C’est la limite de cette enquête qui rappelle néanmoins que Facebook, Amazon, Netflix ou encore Google sont des groupes ultra-puissants dont les salariés vivent quotidiennement un cauchemar sans nom, considérés puis traités comme de véritables esclaves modernes (précarité de contrat, mission aliénante, temps de travail épuisant, surveillance permanente, salaire misérable, acquis social proscrit, licenciement abusif, etc).

Un joli monde qu’il ne faut surtout pas remettre en cause… Au vu du grand nombre de chômeurs qui pointe à la porte des entreprises… Et des assoiffés du numérique qui prennent pour argent comptant cette pseudo-révolution.


Henri-Georges Maignan
( Mis en ligne le 05/02/2020 )
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