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Un crime dans la nuit
Aude Bariety   L'Affaire Daval
Le Rocher 2020 /  16,90 € - 110.7 ffr. / 184 pages
ISBN : 978-2-268-10462-1
FORMAT : 14,0 cm × 21,5 cm
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Dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017, Jonathann Daval (né en 1984) tue sa femme Alexia Daval (née en 1988). Le 21 novembre 2020, il écope de 25 ans de prison ferme. Entre ces deux dates, le fait divers, a priori tristement banal, a pris une ampleur médiatique quasi-inédite. En effet, le jeune homme a signalé la disparition de la jeune femme le matin du 28 octobre, faisant croire qu'elle était partie faire son jogging. Après la découverte du corps en partie calciné et dissimulé dans un sous-bois, il a participé à une marche blanche, puis à un marathon organisé par une association féministe en hommage aux joggeuses assassinées (sic !), il a fait des déclarations publiques en larmes, il a accompagné, toujours en larmes, son épouse jusqu'à sa dernière demeure ; enfin, il a passé les fêtes de Noël avec sa belle famille qui le considérait comme son propre fils. Mais en janvier 2018, il est placé en garde à vue, et il finit par avouer son crime. Deux erreurs (volontaires ?) l'ont trahi : l'utilitaire qui a transporté le corps sans vie d'Alexia était muni d'un traceur, et le drap qui recouvrait son corps provenait de sa propre salle de bain.

Après une soirée commune chez la belle famille, Alexia, alors sous traitement hormonal pour avoir un enfant, demande à Jonathann, lui-même sous médicament, une relation sexuelle qu'il refuse. Elle s'énerve, puis devant ses insultes, a priori fréquentes, le jeune marié veut quitter le domicile. Mais Alexia bondit sur lui, continuant de l'agresser verbalement, et le mord au bras. Excédé, Jonathann perd tout contrôle : il saisit son visage, le cogne à plusieurs reprises contre le mur de la cage d'escalier. Il assène ensuite à sa femme une dizaine de coups avant de l'étrangler. Elle ne parlera plus, elle ne l'embêtera plus avec son désir d'enfant : elle est morte. Il décide de placer le corps dans son utilitaire de travail pour le déposer dans un sous-bois avant d'y mettre le feu et de recouvrir la dépouille d'un drap. Du moins, c'est la seule version qui nous soit transmise, avec un doute permanent, car l'homme a beaucoup menti et manipulé les siens.

Le gendre idéal (un petit homme d'apparence androgyne et très coquet) est en fait un assassin impulsif et violent, qui manipule ses proches, et par là même l'opinion publique. Du drame privé au déballage public, il n'y a qu'un pas dans une société médiatique, et l'homme est condamné aussi rapidement qu'il a étranglé sa femme : en quatre minutes. Une mort lente et atroce pour un procès populaire éclair ! La famille de la défunte enchaine les interviews télé, puis, peu de temps avant le procès, accepte d'intervenir dans un documentaire à rallonges : après l'horreur du crime, le supplice du fait divers où ressortent les rancœurs, les ressentiments, les détails des vies privées. Le spectacle macabre et voyeuriste est à son comble. Certes Daval est une crapule qui se rétracte et qui accusait sa belle famille d'avoir fomenté le crime. Mais à chaque fois, il revient finalement aux faits, en avouant son crime. Il joue les victimes alors qu’il est coupable de meurtre. Peut-on convenir qu’un assassin peut être les deux à la fois ? Le visage en pleurs du meurtrier que l’on garde en tête est-il une manipulation éhontée ou représente-t-il la réalité d’une situation pathétique ? Un homme excédé qui a fini par tuer la femme qu’il aimait ?...

Dans ce livre, assez factuel et honnête, qui peine tout de même à dépasser le cadre banal d'une famille provinciale qui ne demandait pas à vivre de telles horreurs, le drame n'est malheureusement pas analysé autrement que par les clichés habituels du ''féminicide'', et des propos de l'ineffable Marlène Schiappa. L'enquête de Bariéty ne reprend pas tout cela comme thèse inaltérable fort heureusement, et la sobriété du propos l’emporte sur l’émotion orchestrée par les médias. L'aspect biographique, d'un intérêt clairement limité, prime : Alexia était la beauté, la jeunesse, la gentillesse rayonnantes, disent ses proches. Peut-être pas au final, mais qui mérite de périr ainsi à 29 ans ? Et pourtant, le sujet montre aisément ce qui sépare un homme d'une femme : on ne sait rien sur ce que Jonathann a enduré jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable ; si ce n'est les propos des parents de la victime, forcément subjectifs, qui refusent de mettre en cause leur fille. Mais quels parents connaissent leur enfant dans le cadre de sa vie privée et conjugale ? Les détails crus et choquants ne concernent que le meurtre, jamais la relation que le couple menait (un premier amour pour chacun). Pourquoi cet homme, sans histoire, non violent jusqu'ici, aimé de tous, en vient à tuer une femme dont il ne cesse de répéter qu'elle le dominait moralement. Le harcèlement psychologique, cher aux féministes lorsqu'il concerne des victimes du ''sexe faible'', prend peut-être ici une valeur singulière. Or le rapport inverse n'est jamais évoqué. La femme blesse verbalement, l'homme tue physiquement ; or les mots ne détruisent-ils pas également les êtres lorsque les porte l'intention de nuire ?

Détruisant sa femme, le mari était déjà dans un processus d'autodestruction. On ne saura peut-être jamais ce que vivait ce couple a priori banal, qui ne pouvait pas avoir d'enfants. Pourquoi un homme sans histoire commet-il un crime atroce sur une femme qui l'aimait ? C'est aussi, au-delà des reportages de journalistes carnassiers, ce qui fascine dans un fait divers. Il nous parle du réel, c’est-à-dire des secrets, du trouble, du mensonge, du sexe, de violence, de meurtre, tous ces éléments annihilés par notre époque et qui pourtant nous rappellent ce que nous sommes : des êtres imparfaits chez qui le crime peut conduire à la mort pour la victime, en prison pour le bourreau. En général, les couples qui se disputent se séparent ou se pardonnent. Ici, le couple s'entretue. Le livre restitue également, en revenant souvent sur les détails du meurtre au fil de l’enquête, ces éléments essentiels à la compréhension de telles atrocités.

Restent deux scènes qui en disent plus que trois ans de procédure. La première précise que Daval a recouvert le cadavre à moitié brûlé d'Alexia avec un drap appartenant au ménage, comme s'il restait chez le criminel un rien de respect et de tendresse pour la femme qu'il vient de massacrer. Des mois plus tard, chez le juge d'instruction, Isabelle Fouillot, la mère de la victime, s'adresse au meurtrier présumé de sa fille, lui demandant dans les yeux s'il maintient sa version des faits, à savoir que la famille Fouillot est complice du crime. L'homme avoue finalement que c'est lui et lui seul, avant de pleurer dans les bras de sa belle-mère qui le remercie d'avoir dit la vérité.


Simon Anger
( Mis en ligne le 04/12/2020 )
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