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Cops'n Co
Alain Bauer   Emile Perez   Les polices aux Etats-Unis
PUF - "Que sais-je ?" 2003 /  7.50 € - 49.13 ffr. / 127 pages
ISBN : 2-13-053570-4
FORMAT : 11x18 cm

L'auteur du compte-rendu: Agrégé et docteur en Histoire, Adrien Lherm est maître de conférences à l'université de Paris IV où il enseigne la civilisation des Etats-Unis. Il est l'auteur de La culture américaine (Editions du Cavalier Bleu, 2002).

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Voici enfin un petit ouvrage synthétique et documenté pour faire le point sur une réalité mal connue des Français (comme beaucoup de sujets touchant la civilisation américaine, surtout lorsqu'ils font l'objet d'une abondante
production audio-visuelle), et, dans l'attente de la parution de travaux de recherche en cours, absente de la production éditoriale nationale.

Le livre le montre, la police aux Etats-Unis n'a que peu à voir avec les interprétations hexagonales des représentations hollywoodiennes orchestrant les menées d'un agent solitaire et invincible ou avec l'image d'une structure centralisée et hiérarchique dépendant d'un super-ministère type Place Beauveau. C'est un service public (mais aussi, le cas échéant, privé) de responsabilité locale, c'est-à-dire rempli à la base, une réalité plurielle, fondée sur une logique de territoire et déclinée selon les multiples modes de gouvernement du pays, ne recouvrant pas loin de 18000 structures.

Du sheriff de comté aux agents de sécurité d'une université, du service métropolitain des parcs urbains ou des transports en commun, en passant par les polices des municipalités, d'Etat, fédérales, les conditions, objectifs, moyens varient fortement. Tout comme pour les groupes d'auto-défense, des Guardian Angels et les associations de vigilance citoyenne, ou les nombreux services privés de sécurité. Car l'externalisation et l'offre marchande qui se développent ajoutent à la diversité. Structure de proximité, la police repose sur les principes et exigences de décentralisation, de contrôle local, de dépendance envers l'autorité de tutelle et de subsidiarité.

Tous ses pouvoirs sont attribués au million environ d'agents, les prérogatives et responsabilités de ces derniers fluctuant néanmoins selon la nature du délit commis. 23% sont désormais issus des minorités raciales : en 10 ans, le nombre de Noirs dans les polices locales a augmenté de 35%, celui des Hispaniques de 93% et celui des femmes a crû de 60%. Le métier reste essentiellement masculin (89% des policiers assermentés, sur le terrain), mais plus que jamais, les polices cherchent à coller à leur ressort ; elles se trouvent aussi au croisement des débats et des problèmes sociétaux qui affectent le pays, ayant à prévenir et à traiter les questions d'infraction, de corruption, de violence et de trafics. Ce qui n'est pas une mince affaire : les crimes et délits majeurs rapportés au nombre d'habitants y sont toujours 4 fois plus élevés qu'en France, malgré une baisse spectaculaire d'un tiers au cours des dernières 10 années, faisant suite à l'explosion des chiffres à partir des années 1960, en particulier l'essor de la drogue, et les records atteints entre 1988 et 1991. Il ne faut donc pas s'étonner que les Etats-Unis constituent le premier marché du monde de la sécurité privée.

On trouvera aussi à côté des batteries de chiffres sur les polices, l'effort financier du pays et la criminalité, de précieuses indications sur les agences de sécurité fédérales et leurs récentes évolutions. Washington s'implique toujours davantage dans la lutte contre le crime organisé, la drogue, la corruption, et désormais le terrorisme. Nombre de policiers «nationaux», comme ceux du FBI, dépendent du Ministère de la Justice, qui a transféré en 2002 certaines de ses agences de sécurité, à l'instar de la police de l'immigration, au nouveau Ministère de la Sécurité Intérieure (Dpt of Homeland Security). Créé un an après les attaques du 11 septembre, c'est aujourd'hui une grosse administration qui s'apparente à son homologue française et recoupe 22 organismes fédéraux, issus notamment des Départements de la Justice, des Transports, du Trésor, 180000 fonctionnaires, de gros moyens et de larges autorisations d'enquêtes qui ne manquent pas d'inquiéter les défenseurs des libertés civiles et individuelles.

Les auteurs n'oublient pas de brosser une esquisse du système pénal, tout aussi complexe, décentralisé, et pyramidal. Au couple policier-procureur (qui explique que le FBI dépende d'un Ministère de la Justice doté de
compétences policières) répondent le prévenu et l'avocat de la défense, dans une procédure accusatoire où peuvent intervenir juge et jury populaire. Là encore, si la diversité prévaut, force est de constater l'harmonisation
entre Etats dans un sens plutôt répressif. Depuis qu'après la décennie troublée des sixties l'opinion publique a manifesté une demande accrue d'ordre, nombre de juridictions ont adopté les peines incompressibles, et même la règle des «three strikes» : à la troisième condamnation, quelle que soit la nature de l'infraction, c'est la prison à vie. Ajoutées à des méthodes et moyens policiers renouvelés («tolérance zéro», augmentation des effectifs de 2% par an depuis 1990, cartographie statistique des délits, logique de proximité et responsabilisation des membres des communautés servies), ces mesures semblent porter des fruits. Si les succès ne vont pas sans excès (bavures etc), ils dessinent le tableau d'un fourmillement d'initiatives locales en matière de prévention et de répression de la violence et des incivilités.

On regrettera quelques erreurs de présentation, par exemple, Joseph Liebermann (sic) apparaissant comme sénateur de Floride et non du Connecticut (p.65) ; le manque de place dévolu aux histoires des institutions présentées ; l'absence d'une réflexion sur les représentations de la police américaine et les images qu'elle nourrit ; enfin, le caractère un peu compact du tableau. Mais ce petit ouvrage comble un manque, détruit nombre de clichés et répond aux demandes d'information actualisée ; au reste, l'Amérique des polices, comme celle des pouvoirs, dont elles dépendent, n'est-elle pas un mille-feuilles (layer cake) qui ressemble de plus en plus, du fait de l'imbrication et de l'interdépendance des juridictions, à un copieux gâteau marbré (marble cake)?


Adrien Lherm
( Mis en ligne le 14/11/2003 )
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