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Les médias français: un tournant
Jean-Marie Charon   Les Médias en France
La Découverte - Repères 2003 /  7.95 € - 52.07 ffr. / 123 pages
ISBN : 2-7071-3866-5
FORMAT : 11x18 cm

L’auteur du compte rendu : Véronique Odul est chargée de la communication scientifique au Centre d’histoire de l’Europe du vingtième siècle (Sciences Po, Paris). Elle s’intéresse à la presse écrite, et plus particulièrement à la presse hebdomadaire de la seconde moitié du XXe siècle.
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Jean-Marie Charon, sociologue au Centre d’étude des mouvements sociaux du CNRS, est un spécialiste reconnu de l’étude des médias. Déjà auteur de plusieurs ouvrages de synthèse sur le sujet et dans la même collection «Repères» - La Presse quotidienne (1996), La Presse magazine (1999) et La Presse des jeunes (2002) -, il nous livre ici son dernier opus dans lequel il dresse un panorama complet des médias français au seuil des années 2000.

L’ouvrage est organisé, en neuf chapitres, autour d’une idée centrale : les transformations du paysage français des médias sont telles depuis vingt ans que, selon Jean-Marie Charon, il n’est absolument pas exagéré de parler de véritable rupture. Si l’extraordinaire enrichissement de l’offre médiatique est l’une des manifestations les plus visibles de cette rupture, celle-ci se constate également dans la transformation du cadre juridique et institutionnel, dans la mutation profonde de l’économie des médias et l’activité des entreprises, mais encore dans les rapports qu’entretient la société avec ses moyens d’information. Ce sont ces multiples aspects que Jean-Marie Charon examine.

Mais si rupture il y a, des spécificités françaises demeurent. En effet, après un rapide éclairage sur l’histoire des médias en France, l’auteur montre qu’il existe des modèles d’organisation, de rapport au politique, de traitement des rapports sociaux propres aux médias français, au point que l’on parle d’un «modèle français» différent d’un «modèle dit anglo-saxon». La place de l’Etat est, à cet égard, significative. En effet, en France, l’Etat est appelé à jouer un rôle de soutien financier, d’arbitre ou de régulateur, impulsant les nouveaux médias et technologies, mais assurant aussi la tutelle des médias publics. De même, en matière juridique, l’activité des médias fait l’objet d’une production abondante de textes concernant quasiment toutes les dimensions de son activité. Et ces singularités – ces interventions fréquentes de l’Etat - expliqueraient les difficultés qu’ont les médias français à s’insérer dans un cadre européen, voire même international, où prédominent les conceptions anglo-saxonnes. Par ailleurs, de telles interventions ne s’avèrent pas être conformes aux conceptions qu’ont les grands acteurs du secteur, qui se réfèrent plutôt à la régulation par le marché, voire à l’autorégulation. Quelle évolution semble donc envisageable ? Jean-Marie Charon ne pense pas qu’une «révolution culturelle» dans le secteur des médias français puisse résulter de cette confrontation, mais un compromis entre les différentes traditions pourrait bien être une solution possible.

L’internationalisation apparaît donc bien comme l’un des enjeux des médias depuis plusieurs années. Dans un chapitre où Jean-Marie Charon décrit les principaux acteurs du secteur au début des années 2000, l’on remarque que les grands acteurs internationaux sont omniprésents sur le marché français, même si toutefois l’un d’entre eux est français. Si le groupe Vivendi Universal n’est plus que l’ombre de lui-même, le groupe Lagardère Médias reste, quant à lui, le seul groupe de communication français de taille mondiale. L’émergence de géants de la communication, à l’activité mondialisée, représente bien l’un des signes majeurs de la profonde mutation de l’économie des médias. A tous les niveaux, on constate que les méthodes de travail, les techniques, les contenus éditoriaux s’internationalisent. Tel est le cas du magazine féminin Elle, qui publie plus d’une trentaine d’éditions de par le monde, incarnant ainsi la «French touch» et constituant le fleuron d’Hachette Filipacchi Médias. Ce dernier groupe de presse figure parmi les entreprises de taille moyenne qui demeurent en France et qui n’en sont pas moins innovantes, entreprenantes à l’étranger et parfois rentables. Il n’empêche que - pour poursuivre dans l’examen des particularités françaises - le poids des groupes dont l’activité principale se situe hors des médias et qui vivent parfois de la commande publique (BTP, armement, service aux collectivités) est particulièrement élevé.

L’un des atouts de ce court ouvrage est aussi d’aborder la question des médias sous l’angle économique. Cette question fut pourtant longtemps marginalisée en France jusque dans les années 1970, où seul importait l’équilibre des dépenses et des recettes. Mais, la tendance s’est largement modifiée avec, notamment, l’arrivée d’une nouvelle génération de managers dans les années 1980, la prise de contrôle de Hachette par Lagardère et l’émergence de radios et télévisions privées. La maîtrise des coûts, le développement de la culture commerciale depuis les années 1980, l’introduction de stratégies de commercialisation modernes (comme par exemple, la redynamisation de la vente au numéro selon les saisons, les événements, les sujets de couverture, les mises en place sur chaque point de vente), le marketing, le contrôle de la gestion, la publicité sont désormais autant de thèmes largement pris en compte, que l’auteur étudie pour expliquer la profonde mutation de l’économie des médias depuis les années 1970.

La forte expansion de l’offre médiatique est, on l’a vu, symptomatique de la rupture du paysage des médias français. Elle concerne tous les secteurs : magazines (jusqu’à plusieurs centaines de nouveaux titres certains années), quotidiens, radio et télévision, médias électroniques. De grandes tendances apparaissent : les contenus sont de plus en plus spécialisés, thématisés, s’adressant à des publics toujours plus segmentés. Jean-Marie Charon montre bien que, dans ce paysage médiatique bouleversé, les études du public relèvent le plus souvent d’enjeux économiques liés aux ressources publicitaires, orientant ainsi le contenu selon une clientèle donnée.

Pour conclure, l’auteur revient sur un débat récurrent depuis plus d’une décennie : celui sur la crédibilité des médias. Ce débat, marqué par la montée d’une mise en cause du travail des journalistes, s’est amorcé à la fin des années 1980 avec l’affaire du «faux charnier de Timisoara». Depuis, ce phénomène de mise en cause des médias rebondit régulièrement, à chaque crise ou période délicate dans le traitement de l’information, qu’il s’agisse de la guerre de Golfe, de la Bosnie, du Rwanda, du Kosovo. Et à l’occasion de l’élection présidentielle au printemps 2002, le débat sur la responsabilité des médias à l’égard de questions telles que la violence ou l’insécurité fut très largement ravivé. Parallèlement aux travaux - plus ou moins engagés - de chercheurs, de Dominique Wolton à Pierre Bourdieu, des sondages interrogent désormais chaque année les Français sur la confiance dans les médias. Toutes les critiques formulées soulèvent, comme le souligne Jean-Marie Charon – lui-même auteur d’un rapport sur la déontologie des journalistes, qu’il remit en 1999 au ministre de la Culture et de la Communication -, le problème de l’évaluation des journalistes. En effet, si l’idée d’un débat public est désormais admise et si les initiatives se multiplient pour créer des espaces ou des publications liés à la critique des médias, il n’en est pas de même du principe d’une autorité qui jugerait les journalistes, de type comité éthique ou «conseil de presse». Pourtant, ces derniers sont largement banalisés dans les pays européens. Jean-Marie Charon voit ici la marque d’une fracture entre les attentes, les préoccupations, les interpellations des publics et la manière dont les médias et tout particulièrement les journalistes y répondent.

On l’aura compris, les approches des médias français dans cet ouvrage sont multiples et leur traitement dans une vision prospective ouvre maintes réflexions. Cette synthèse, claire et complète, s’avère donc fort utile pour qui souhaite appréhender et comprendre le paysage actuel des médias en France, tout en permettant d’en saisir les différents enjeux dans un avenir proche ou lointain.


Véronique Odul
( Mis en ligne le 11/02/2004 )
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