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Un besoin urgent de démocratie
 Reporters sans frontières    collectif   Cuba, le livre noir
La Découverte 2004 /  16 € - 104.8 ffr. / 221 pages
ISBN : 2-7071-4278-6
FORMAT : 13x22 cm

L'auteur du compte rendu : actuellement en DEA à Paris-I, Bastien Lestang est historien américaniste.
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Voici un ouvrage collectif réunissant les rapports de diverses associations luttant en faveur de la défense des droits de l’homme et qui dénoncent leur violation flagrante à l’occasion de la vague de répression politique qui s’est abattue sur l’île. En effet, mars 2003 correspond à une vague d’arrestations de 75 dissidents au régime castriste. Parmi les personnes emprisonnées, figurent essentiellement des journalistes, économistes, médecins et militants de partis démocrates jugés illégaux. Les réactions internationales n’ont pas manqué mais seules les ONG semblèrent se mobiliser réellement sur cette question.

Amnesty International nous décrit dans le détail les chefs d’accusation utilisés par le gouvernement cubain pour inculper les dissidents ainsi que la procédure de condamnation. Parmi les chefs d’accusation, on retrouve essentiellement les suivants : propagande ennemie, irrespect, désordres publics… Les preuves apportées par le gouvernement sont essentiellement liées aux moyens de communications médiatiques :
- le fait de recevoir des fonds ou du matériel en provenance des Etats-Unis. Cette preuve est une sorte de dénonciation de la loi américaine Helms-Burton qui prévoit le financement de groupes d’opposition cubains par Washington.
- les interviews accordées à des organes de presse financés par les USA.
- les relations entre des citoyens cubains et des organisations de défense des droits de l’homme.
- les contacts avec des éléments hostiles à Cuba.
- la participation aux agissements de groupes non autorisés : associations, syndicats, etc.

Les procès des dissidents ont été extraordinairement rapides et organisés par une justice aux ordres du régime castriste. La défense des prévenus est effectuée par des avocats qui sont employés de l’Etat. Inutile de souligner que l’on doute fort, dans de telles conditions, de l’impartialité de la défense dans les procès en question. En quelques jours, les 75 dissidents ont été condamnés à des peines comprises entre 20 et 30 années de prison. L’association «Reporters sans frontières» estime que Cuba est devenu aujourd’hui la plus grande prison de journalistes du monde.

La répression ne se limite pas à l’incarcération mais également aux conditions de vie à l’intérieur des prisons. Elles se distinguent hélas aussi par des violations répétées des droits de l’homme : détention provisoire prolongée, rééducation pour tous les prisonniers politiques, mauvais traitements, isolement des prisonniers y compris de leurs familles, nombreux transferts d’une prison à une autre, répression des grèves de la faim. De telles mesures constituent une violation évidente des engagements internationaux de Cuba alors que La Havane a signé la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants (17 mai 1995). Au regard de cette Convention, les détentions provisoires prolongées, les coups et blessures et les nouvelles condamnations de prisonniers déjà jugés constituent en soi des actes de torture.

Conscient de la mauvaise image du pays que de telles violations peuvent susciter à l’étranger, Cuba libère régulièrement des prisonniers politiques, mais il s’agit surtout d’une opération de communication politique. Il faut ajouter aussi que ces libérations ne sont pas inconditionnelles : elles s’accompagnent nécessairement d’un exil forcé hors du territoire cubain.

Autre thème qui participe du régime répressif cubain : l’investissement étranger et la situation de l’emploi cubain dans le secteur dit «dollarisé». Face au constant mépris affiché par le gouvernement de Cuba pour ses obligations internationales, les multinationales présentes sur l’île doivent agir et défendre les droits de ses employés. Le rapport est signé de l’ONG Pax Christi Pays-Bas, qui dénonce des violations systématiques des normes de l’Organisation Internationale du Travail telles que l’attribution arbitraire d’emploi, l’affiliation arbitraire au syndicat unique, l’obligation de soutien à l’idéologie du Parti unique dans le cadre d’une embauche et enfin la violation de la convention n° 95 sur la protection des salaires . Pax Christi conclut en disant : «les investissements étrangers sans restrictions à Cuba entretiennent un régime répressif et les profits que le pouvoir en retire lui permettent de mettre au placard les réformes politiques et économiques nécessaires».

La deuxième partie de l’ouvrage touche aux aspects juridiques c’est-à-dire à la justification légale de la répression. On apprend par exemple que la Constitution cubaine stipule que les libertés accordées aux citoyens ne doivent pas aller contre le système socialiste. La réponse des mouvements dissidents sur le terrain légal n’en est que plus méritoire : en effet, Oswaldo Paya Sardiñas, président du Mouvement chrétien de libération (parti illégal) a lancé le projet Varela qui consiste en une demande de référendum réclamant l’instauration de la démocratie et des libertés politiques dans l’île. Le 10 mai 2002, le projet est déposé à l’Assemblée nationale cubaine après avoir recueilli plus de onze mille signatures.

A la lecture d’une telle mine d’informations, soyons conscients d’une réalité : Castro n’est pas Cuba et Cuba ne sera jamais une propriété personnelle du Lider maximo ou de ses sbires. Bien au contraire, la répression de mars 2003 révèle d’autant plus la contestation grandissante de la société civile cubaine contre le non-droit et un besoin urgent de démocratie.


Bastien Lestang
( Mis en ligne le 19/05/2004 )
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