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Terminale Culture
Renaud Camus   La Grande Déculturation
Fayard 2008 /  15 € - 98.25 ffr. / 151 pages
ISBN : 978-2-213-63693-1
FORMAT : 13,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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La culture est-elle morte ou est-elle en train de mourir ? La culture s'est-elle au contraire répandue dans toutes les couches de la population et est-elle bien vivante ? Vaste question. Si l'essai de Renaud Camus était déjà en ligne sur le web, le voici édité et légèrement réécrit. Pour établir un parallèle que l'auteur opère lui-même concernant la culture, la situation est similaire à celle des 80% de lycéens «devant» obtenir le bac. Quant au niveau de celui-ci pour atteindre pareil objectif…

Cependant, certains pensent que le niveau monte et que de plus en plus de gens sont cultivés, lisent, fréquentent les musées... Renaud Camus, lui, est persuadé de l'inverse, que nous assistons a une forte et inquiétante déculturation. Et même à une désalphabétisation tant les signes sont préoccupants : on constate, dans les grandes et petites entreprises, que le nombre de personnes qui accumulent les fautes d'orthographe, de grammaire, de syntaxe augmente, et l’énonciation devient même difficilement repérable... L'écriture comme la culture constituent le "squelettre" de l'individu. Comment a-t-on pu en arriver là?

Quand le Louvre devient une marque, que le relativisme culturel est l'idéologie dominante jusqu'au sommet de l'État, voire que tout le monde peut être vu comme artiste afin de ne pas heurter les susceptibilités... Le mot culture ne veut plus rien dire ; il a été remplacé par le culturel. Michel Schneider avait critiqué en son temps, dans La Comédie de la culture, quand il était dans les ministères (bien placé pour voir ce qui s’y passait), la démagogie du gouvernement de François Mitterrand qui nivelait par le bas à grands renforts de publicités et de slogans («Tag-Art»). De là serait né cet «état culturel» omniprésent critiqué par Marc Fumaroli, qui, pour occuper les gens et les esprits, a promu quantités de fêtes (fête de la musique, de la poésie, etc…), faute d'amener réellement les gens à la Culture. Cet égalitarisme a donc sans doute imprégné les esprits au point de passer pour neutre et innocent au fil des années.

Renaud Camus revient dans ce petit livre, au style un peu trop précieux, à une critique radicale. Il rappelle au passage quelques faits et définitions et nomme par ailleurs hyperdémocratie la transposition du système démocratique du champ politique à divers autres champs où selon lui il n'a pas sa place. Comme celui de culture.

Première constatation donc : la culture n'a rien de démocratique. Tout le monde ne peut pas être Molière ou Shakespeare. Pour ne froisser personne, on sombre très vite dans "le relativisme culturel" au point de mettre tout et n'importe quoi dans le même sac. On ne s'étonnera pas que Renaud Camus ne mette pas le rap ou la techno par exemple dans la culture mais dans les «nuisances». Le bruit et les masses de nos jours, en ces temps d'égalitarisme, posent problème : «Jouir seul, ou presque seul (comme à la Villa Médicis), du silence et de la solitude d'un parc magnifique au milieu d'une grande ville est un indéniable privilège. On peut, par conviction démocratique, abolir ce privilège en ouvrant le parc à toute heure à tous les publics. En effet il n'y a plus de privilège. Mais il n'y a plus non plus de silence et de solitude, plus de recueillement dans l'absolue beauté" (p.31).

Seconde constatation : "Se cultiver c'est s'élever, apprendre à voir les choses et le monde de plus haut", affirme-t-il. Ce qu'on appelait définition bourgeoise de la culture avait un caractère universel et intemporel. Elle portait la très haute exigence de hisser n'importe qui à la culture, autrement dit tout le monde pouvait y arriver à condition d’en faire l’effort. Elle était ouverte et offerte à tous mais il fallait s'élever jusqu'à elle. C'était la conception des grandes politiques culturelles, qu'il s'agisse de Malraux, Jeanne Laurent ou Jean Vilar. A l'inverse, et là est le problème, une seconde conception extra-bourgeoise, ou antibourgeoise, a gagné du terrain. La culture étant bourgeoise jusque dans son contenu, il fallait abattre cette domination, voire lui opposer une autre culture (appelée aussi contre-culture et qui a finalement gagné). La culture bourgeoise était "dominante" selon le vocable bourdieusien, manipulatrice et nocive. Cette fois-ci, on a abaissé le niveau. Il n'y a donc plus d'élèves mais des apprenants ! L'art ou la culture est dans l'oeil du spectateur en quelque sorte, sans effort, à la portée de chacun, du "Moi, je". Du nombril même, d'où le fléau de l'auto-fiction en littérature. «Dans le champ de la culture, qui n'est que relief, nuances, différences de niveau de qualité, de mérite et de don, il ne saurait y avoir d'égalité par le bas. Le mouvement est toujours le même, qu'il s'agisse d'enseignement ou d'art, de musique, d'érudition, de science ou de vie culturelle : au prétexte d'égalité, l'hyperdémocratie, structurellement incapable d'élever les niveaux culturels moyens et inférieurs, ne remporte de victoires démocratiques qu'en abaissant le niveau supérieur, au point de l'avoir fait à peu près disparaître, avec la classe cultivée qui en était la condition autant que l'expression" (p.115).

Troisième constatation. La culture est en grande partie la culture des morts, du passé, des aïeux, des ancêtres, du peuple, de la nation. A ce titre, la culture n'est pas tout et tout n'est pas culture. Elle accepte autant qu'elle exclut, contrairement à ce qu'on pense de nos jours. La culture établit donc des hiérarchie rigoureuse de valeurs. «La culture, en effet, et cela vaut pour la culture d'un individu comme pour celle d'un groupe ou celle d'une société dans son entier, ne se définit pas uniquement par ce qu'elle comprend, par ce qui fait partie d'elle, par ce qui lui appartient et ressortit à elle incontestablement ; mais aussi, et l'on sent bien qu'on se rapproche ici de l'inadmissible, de l'inavouable, du révoltant, par ce qu'elle exclut, par ce qui n'en fait pas partie, par ce qui ne relève pas d'elle" (pp.99-100). Dans un monde qui ne cesse de se dire ouvert qui ne veut plus rien exclure, une telle définition pose problème. Cependant, il ne faut pas oublier que la culture n'est pas un "dépotoir". Hannah Arendt rappelle dans La Crise de la culture, que le mot Culture est d'origine romaine ; il dérive de Colere (cultiver, demeurer, prendre soin, entretenir, préserver) et renvoie au commerce de l'homme avec la nature, au sens de culture et d'entretien de la nature en vue de rendre propre à l'habitation humaine. La culture a donc le souci du monde.

Le paradoxe que relève au final Renaud Camus est que l'objectif hyperdémocratique établit partout la culture en même temps qu'il établit partout le commerce de la culture, instrumentalisant les oeuvres en produits culturels. C'est-à-dire qu'il la tue. C'est à l'heure du Tout-culturel qu'est établit le règne de l'argent le plus cynique, par le biais de la publicité, des taux d'audience et des lois du Marché. La Culture devient un commerce comme un autre mais où la créativité est absente. "Ainsi, en attirant des millions de visiteurs dans les musées, et en prétendant en faire venir toujours davantage, non seulement on rend impossible que les musées remplissent la fonction pour laquelle ils ont été créés, mais l'on se retrouve avec des masses qui dans les lieux où elles ont été publicitairement incitées à se rendre ne savent que faire ni que voir, que comprendre ou aimer, et qu'il faut bien occuper d'une manière ou d'une autre, d'autant qu'il a y d'énormes profits à tirer d'elles. D'où la prolifération autour des grands musées, et maintenant des petits, de ces galeries marchandes, boutiques, restaurants, cafétérias et comptoirs de produits dérivés, où le visiteur moyen passe probablement plus de temps que devant les œuvres" (pp.115-116) Il ne faut peut-être pas s’étonner, à force de brader la culture, de sombrer dans le people jusqu’au sommet de l’Etat. Car l’inverse de la culture, n’est-ce pas la médiocrité ?

Renaud Camus reste sans doute trop généraliste, en oubliant ou en omettant bon nombre de phénomènes qui pourraient être rattachés à ce dont il parle, et aussi le relativiser. Sans être nouveau ou original, son essai ravive un vieux débat cependant encore très actuel et rappelle au passage une définition de la culture qui est en train de disparaître, tout comme ce que pouvait être un individu cultivé, assurément pas un être arrogant ou «supérieur».


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 01/08/2008 )
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