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Retour sur un intellocrate
Jade Lindgaard   Xavier de La Porte   Le B.A.BA du BHL - Enquête sur le plus grand intellectuel français
La Découverte - Cahiers libres 2004 /  18.50 € - 121.18 ffr. / 267 pages
ISBN : 2-7071-4478-9
FORMAT : 14x22 cm
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Bernard-Henri Lévy est un personnage incontestablement agaçant : portant bien de sa personne, formant un beau couple avec «A.», auteur à succès, héritier fortuné, intellectuel médiatique, éditorialiste notable, et papa d’une écrivain de grand talent… Et donc, forcément, il excite les jalousies, les haines.

Certes, il y a dans l’individu quelques aspérités : l’appellation de philosophe, par exemple, témoigne plus d’un parcours scolaire remarquable (qui le mène à Ulm et l’agrégation) que d’une œuvre conséquente en ce domaine (à moins qu’on envisage – comme lui – la philosophie comme un mode de vie). Mais c’est surtout, sa place, très particulière et assez originale, dans le Paris littéraire et mondain, qui mérite que l’on se penche sur le phénomène (les «nouveaux philosophes») autant que sur l’individu. C’est ce que font, avec application, Jade Lindgaard (des Inrockuptibles) et Xavier de la Porte (de France culture) dans un B.A.BA du BHL sans concession… Le projet, dans la foulée du lointain Les Intellocrates : révéler, par un cas d’espèce, les travers de l’univers médiatique.

L’exercice de déconstruction commence par la principale dénomination du personnage, celle de philosophe, ce que les auteurs lui contestent un peu rapidement : certes, il tient plus du romancier à idées et de l’essayiste que du philosophe académique… mais de là à le faire passer pour un ignare, ce serait quand même oublier un cursus et des diplômes plus qu’honorables, qui le rangent dans cette catégorie et qu’il a parfaitement le droit de revendiquer. Invoquer les jugements sévères des Deleuze, Derrida et autres Vidal Naquet est assurément légitime : il ne s’agirait toutefois pas de fonder une nouvelle orthodoxie mais de débattre. Dont acte. L’œuvre philosophique est de fait limitée, parfois très discutée (ainsi L’Idéologie française relève plus du pamphlet un peu provocateur que de l’essai mûrement pensé). Il faut donc se tourner vers la littérature et une philosophie plus «grand public», non sans certaines facilités de langage (dans l’utilisation récurrente du mot «fasciste» par exemple) et autres simplifications. Mais œuvre il y a, avec son contingent de lecteurs : comment l’expliquer ? Un réseau parisien (presse, édition, médias) efficace ? Sans doute cela influe-t-il sur une carrière (et il faut faire confiance aux auteurs pour éclairer, dans les différents chapitres de l’ouvrage les moyens et les réseaux), mais ne peut-on pas considérer qu’en ce domaine BHL sait conjuguer une belle plume et un sens certain de la publicité, dans un métier que les médias ont modifié depuis longtemps (Grasset, le propre employeur de BHL, avait auparavant inauguré la politique des coups médiatiques).

En fait, le reproche majeur est cette mise en avant, la surface occupée par le personnage qui a construit son image, son couple, son œuvre en parfait publicitaire… avec, en filigrane, le thème de l’imposture intellectuelle. Tout cela est fort discutable : BHL n’a fait qu’anticiper le poids des médias dans la construction d’un objet littéraire, et sait en jouer en virtuose. Si l’ego de l’auteur est sans doute développé (preuves à l’appui), et si ses écrits – au succès conséquent, quoiqu’on en dise – n’atteignent pas les cimes de Malraux et Sartre (modèles revendiqués), le procès est-il pour autant objectif ? De même, J.Lindgaard et X. de la Porte dénoncent les amitiés politiques et financières qui s’affichent dans les bloc-notes du Point, et autres piges de luxe. Encore une fois, il est légitime de constater la partialité des bloc-notes : n’est-ce pas toutefois le propre de l’exercice ? Le clerc BHL a-t-il trahi ?

L’autre reproche parallèle est le mythe littéraire de l’écrivain engagé, prenant des risques, avec en particulier l’affaire Daniel Pearl et le «romanquête» : les auteurs laissent entendre que BHL n’aurait pas fait tout ce qu’il raconte, ou bien qu’il aurait largement romancé son étude, et qu’il n’aurait qu’une vision simpliste du Pakistan et de l’islamisme. De fait, on l’imagine mal crapahuter dans les quartiers chauds de Karachi (BHL n’est pas Olivier Weber, du même Point), quant à l’islamisme et aux analyses sur le Pakistan, sans doute faut-il laisser cela aux spécialistes.

L’ouvrage est amusant, genre procès à charge comme les Inrockuptibles aiment à les mener (dans le rôle de procureurs inflexibles défenseurs d’une orthodoxie, ils sont assez forts). C’est un billet d’humeur (mauvaise) plutôt qu’une biographie objective : règlement de comptes dans le Paris germanopratin, dont BHL et ses juges sont des acteurs. Tout cela reste assez people et potins : on croise quelques noms connus, et la démonstration concernant le «système médiatique» est édifiante. Reste à savoir si le procès ad hominem est aussi convaincant : certaines parties relèvent de l’invective pure et simple (sur l’élégance de sa plume, indiscutable, ou sur son attitude face à l’entartage, compréhensible), d’autres sont plus justifiées (l’œuvre philosophique, un certain snobisme de la citation, les piques lancées à certains intellectuels – comme le Bourdieu de La Reproduction – de la part d’un homme qui baigne dans ce système). La charge contre l’homme à la mode est un sport français et il semblait inévitable qu’un BHL en fasse un jour les frais. Il a certes des côtés horripilants, des positions qui se discutent (c’est le jeu, du reste), des facilités irritantes, mais demeure, malgré les charges, un personnage sympathique : sans doute a-t-il le talent, comme Malraux, de savoir rêver sa vie…

Une indignité tout de même : au nombre des victimes et des dégâts collatéraux, on trouve Justine Lévy et son très beau livre Rien de grave… C’est un peu minable de tirer sur les enfants pour atteindre les parents, mais surtout, c’est en l’occurrence injuste, car elle a une belle plume – dans un genre très différent de celle de son père - et du style. La critiquer revient à dénoncer le fait que les écrivains s’inspirent de leur vie pour écrire ! Vous y croyez, vous ?


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 29/11/2004 )
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A lire également sur parutions.com:
  • Rien de grave
       de Justine Lévy
  • Petit déjeuner chez Tyrannie
       de Eric Naulleau , Pierre Jourde
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