L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Vendredi 28 février 2020
  
 
     
Le Livre
Essais & documents  ->  
Questions de société et d'actualité
Politique
Biographies
People / Spectacles
Psychologie
Spiritualités
Pédagogie/Education
Poches
Divers

Notre équipe
Littérature
Philosophie
Histoire & Sciences sociales
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Essais & documents  ->  People / Spectacles  
 

L’homme qui murmurait à l’ouïe des violons
Yehudi Menuhin   La Légende du violon
Flammarion 2009 /  49 € - 320.95 ffr. / 304 pages
ISBN : 978-2-0812-2438-4
FORMAT : 21,5 x 28 cm

Avec un CD audio de 63 minutes.
Imprimer

Yehudi Menuhin, disparu en 1999, n’était pas le genre de maestro à se vautrer sur une banquette chesterfield, dépoitraillé jusqu’aux abdos, sur la pochette d’un concept-album. Bon nombre d’artistes lui en remontreraient aujourd’hui en termes de pure virtuosité, ce qui ne lui ferait sans doute ni chaud ni froid : la conquête de l’inutile ne vaut que si l’on en revient.

Autres temps, autres mœurs : Sir Yehudi, dans les chapitres de ce livre consacrés à la lutherie, déplore le manque d’égards de ses pairs qui négligent, par exemple, d’épousseter la colophane mouchetée par l’archet sur le vernis. Car, et c’est son seul propos, le violon n’est pas une simple boîte à sons. Sa valeur et sa sophistication n’y sont pour rien, mais le fait que, même rudimentaire, il est consubstantiel à la condition humaine. On ne peut en dire autant de tous les instruments : on n’a jamais vu un réfugié emporter son piano, tandis que le violon est du bagage de tous les émigrants…

Avec le peyotl, le cilice et le pilier du stylite – sans parler du coït, qu’il peut évoquer –, le violon est aussi l’une des voies de l’expérience mystique. Menuhin en veut pour indice le fait que, sur les photos et les tableaux ici reproduits, quels que soient la culture, l’âge ou le talent de l’artiste, son visage s’abandonne toujours à l’extase, à l’absence, voire à quelque sommeil surhumain. Le violon, d’ailleurs, est l’un des plus anciens instruments, sinon le plus ancien, et qu’il ait évolué jusqu’à devenir méconnaissable ne traduit que mieux la fidélité que lui voue l’humanité.

On sait que le mot «archet» dérive de l’arc. On joue encore, en Afrique, de l’arc musical, où la corde, tenue entre les lèvres, est frottée avec un bâton. On ignorait, en revanche, que le mot «violon» viendrait quant à lui du bruit que fait la flèche en volant. Mais est-ce le chasseur qui est devenu musicien, ou l’inverse ? L’hypothèse que Cro-Magnon ait vécu de mélodie, puis de gibier, paraît fantaisiste ; c’est pourtant celle que se plaisait à défendre Menuhin, rêvant sur tel relevé de l’abbé Breuil à la grotte des Trois-Frères, où l’on voit un sorcier poursuivre des cervidés avec un arc en bouche, mais sans flèche. La musique, arme de chasse spirituelle : sur cette belle hypothèse est construit ce splendide album qui est aussi leçon philosophique, balade anthropologique, histoire de l’interprétation, recueil de souvenirs et action de grâce. Quoique l’argument soit usé, l’éditeur a raison de dire qu’il séduira le néophyte comme l’amateur éclairé.

Il paraît que la lutherie industrielle «made in China» aura bientôt raison du geste subtil des artisans. C’est fort possible, mais ce que nous enseigne cette fatalité, c’est que l’âme est une denrée aussi recherchée aujourd’hui qu’hier, si ce n’est plus. Et que celle du violon n’est rien sans le supplément du violoniste.


Olivier Philipponnat
( Mis en ligne le 03/06/2009 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2020
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd