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Giuseppe Verdi dans tous ses états
Michel Orcel   Verdi - la vie, le mélodrame
Grasset - Biographies 2001 / 
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Malgré un titre qui peut faire penser à un mauvais roman, il ne s’agit pas là d’une énième biographie dithyrambique de Verdi. L’image d’Epinal du jeune compositeur romantique désespéré devenu chantre de la jeune nation italienne est balayée d’un revers de main, tout comme les innombrables idées reçues courant sur Verdi. Michel Orcel, poète et grand traducteur de l’italien (on lui doit entre autres la retraduction des livrets de la trilogie Mozart-Da Ponte), ne s’est fixé qu’une seule règle : redonner au mythe sa dimension humaine, cesser toute déification pour mieux recadrer la personnalité du musicien et les événements qui jalonnèrent sa vie.

Le premier élément remarquable est la culture immense du Maestro et son implication dans la rédaction de ses livrets. Ces derniers ont souvent été critiqués par leur style ampoulé et leur invraisemblance. Orcel analyse avec brio tout le travail littéraire réalisé par Verdi, sa réflexion sur les techniques de versification et les structures dramaturgiques – travail nécessaire car Solera, Piave, Ghislanzoni ou Cammarano, bien que talentueux, étaient loin d’avoir le génie du musicien. Ils étaient avant tout les produits d’un siècle de maniérisme, d’art pompier et de " grandeur " parfois indigeste.
Dans Le Langage musical (Fayard, 1993), André Boucourechliev dénonçait " la facilité [du] langage musical [de Verdi], non exempt de formules et de vulgarités [compensées] par un sens scénique et musical extraordinaire où le brio vocal trouve un contexte qui lui fait justice " Michel Orcel, pour sa part, justifie ces " facilités d’écriture " en les replaçant dans leur contexte : l’opéra est un genre éminemment populaire, dominé par les goûts du public et des interprètes auxquels doit se plier le compositeur. Ce qui n’empêche pas Verdi, même dans ses " années de galère " qui voient éclore près de deux œuvres par an, d’innover sur le plan musical. L’auteur analyse avec finesse la modernité – tant dramatique que musicale – contenue dans ces opéras de jeunesse. Quant aux chefs-d’œuvres de la maturité que sont Rigoletto, Don Carlos, la Traviata ou Falstaff, ils doivent autant au génie qu’à un travail méticuleux, presque artisanal.

Orcel insiste sur ce professionnalisme parfois excessif, qui pousse Verdi à retoucher, réécrire et peaufiner ses opéras parfois plusieurs années après leur création. Des Lombardi retouchés en Gerusalemme aux multiples versions de Simon Boccanegra ou Don Carlo, cette manie de remettre à tout moment l’ouvrage sur le métier ne quittera jamais Verdi. Ce livre regorge de détails sur ces travaux de retouche ; ainsi apprend-on, parmi bien d’autres choses surprenantes, qu’était prévu dans Aida un chœur assez long " à la manière de Palestrina ", compositeur que Verdi vénérait...
Les épisodes de la vie privée ne sont pas sacrifiés à ces analyses. Verdi s’y dévoile intransigeant avec les autres mais pas toujours avec lui-même, assez sensible aux séductions de la chair – un trait de caractère rarement traité aussi clairement. Du point de vue de l’engagement politique, l’image d’un Verdi " chantre de la Nation Italienne " ne tient pas longtemps. Bien qu’attaché aux combats de libération et d’indépendance de son pays, le compositeur s’est assez rapidement détourné de la politique nationale et de son mandat de député pour se consacrer à son cher Bussetto natal Enfin, les rapports avec les autorités religieuses sont elles aussi mieux explicitées : sans être anticlérical, Verdi n’en est pas bigot pour autant. Le commanditaire de la Messe de Requiem en mémoire de Rossini et l’auteur du Requiem à la mémoire de Manzoni et des Quatre pièces sacrées a aussi souvent dénoncé – personnellement ou par le biais de ses opéras (cf. le Grand Inquisiteur de Don Carlos, l’évêque de Milan dans I Lombardi…) – l’hypocrisie et l’immobilisme du haut clergé. Qu’il ait à ses débuts brigué avec ferveur le modeste poste de maître de chapelle à Bussetto ne fait qu’ajouter à la complexité du personnage…

S’il n’y avait qu’un livre sur Verdi à lire en cette année de centenaire, ce serait celui-là. Ne serait-ce que pour retourner, plus averti et plus enthousiaste, à l’écoute de ses opéras…


Maxime Kapriélian
( Mis en ligne le 30/04/2001 )
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