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Claude Le Jeune
Isabelle His   Claude Le Jeune - un compositeur entre Renaissance et baroque
Actes Sud - Musique 2001 / 
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Si l'année 2000 a été l'occasion de nombreuses commémorations, tant sur le plan historique (anniversaire de la naissance de l'empereur Charles Quint, remarquablement célébré en musique par Jordi Savall chez Alia Vox) que musical (250 ans de la mort de Bach, accompagné de toutes les publications que l'on sait), il en est une qui est passée presque inaperçue chez nous : les 400 ans de la disparition de Claude Le Jeune. Il est vrai que celui qui fut admiré en son temps comme l'égal de Roland de Lassus n'a pas composé une musique facile d’accès. Le Jeune est avant tout un musicien savant, encore qu'il faille nuancer ce propos. Il exige de plus beaucoup d'art de la part de ses interprètes. L'ouvrage d'Isabelle His vient réparer cette injustice. Et ce n'est pas un mince mérite de sa part que de nous le rendre plus familier et plus accessible.
Pourtant, l’étude biographique se posait d’emblée comme une gageure, tant les documents historiques sont peu nombreux. On suit alors l’enquête minutieuse sur l’environnement culturel et religieux dans lequel Le Jeune a évolué, de sa probable enfance dans la région ardennaise, foyer actif de la Réforme, jusqu’à ses liens avec d’importants amis et protecteurs (La Noue, la famille de Téligny, Guillaume d’Orange, Agrippa d’Aubigné) dont la trace subsiste parfois seulement dans les dédicaces de ses éditions imprimées. Malgré un poste éminent (la charge de " Maître compositeur ordinaire de la musique de la Chambre du roi " auprès d’Henri IV), il n’existe que peu de témoignages sur sa vie. On sait qu’il fut un protestant convaincu, qu’il sut rester fidèle à sa foi, parfois au péril de sa vie au plus fort des Guerres de religions, travaillant sans cesse à la diffusion du message divin au travers des nombreuses versions des psaumes harmonisés.
Lorsque les documents historiques viennent à manquer, Isabelle His se fait musicologue pour interroger les partitions. Elle nous guide avec précaution dans le dédale des compositions, dont la plupart furent éditées de manière posthume, élément qui rendait l'enquête a priori ardue. Se penchant autant sur les chefs-d'œuvre les plus connus (le Dodécacorde, le Printans, les psaumes harmonisés) que sur les nombreuses pièces moins célèbres (airs dispersés dans les volumes de Meslanges imprimés par Ballard), elle souligne les deux pôles esthétiques qui caractérisent le style de Le Jeune, la Renaissance finissante et l’époque baroque naissante.
Maître dans l’art du contrepoint, il a retenu les leçons des polyphonistes de l’école franco-flamande, sachant relever les défis musicaux les plus exigeants sans que ses compositions ne sentent l'artifice (on pense notamment au O Domine ! quis ego sum en double chœur à dix voix et en contrepoint rétrogradable). Mais, pour avoir participé activement à l’Académie de poésie et de musique, fondée dès 1570 (bien avant les premières académies italiennes) par Antoine de Baïf avec la protection de Charles IX, Le Jeune porte une attention croissante au texte qu’il met en musique et à ses images, défendant l’esthétique de l’air mesuré à l’Antique. Il réalise alors la synthèse entre la clarté de l’élocution soutenue par une homophonie respectueuse de la métrique grecque et une savante construction polyphonique souvent teintée de madrigalismes.
Cette étude, qui s’adresse avant tout aux spécialistes, n’est pas d’un abord facile. Mais son propos est constamment éclairé par de multiples exemples musicaux et prosodiques. Par ailleurs, sur plusieurs questions, l’apport d’Isabelle His est novateur : diffusion des manuscrits musicaux à travers l’Europe, influence possible du milieu ferrarais, importance de la théorie des modes de Zarlino chez Le Jeune. La qualité de la réalisation est remarquable, le copieux texte étant complété par la reproduction intégrale des pages liminaires des éditions imprimées des œuvres de Le Jeune, ainsi que par un catalogue sommaire de ses compositions (le catalogue raisonné est en préparation au Centre de musique baroque de Versailles).
Ce travail est donc appelé, et à juste titre, à faire référence. Reste à espérer que le vœu formulé par Isabelle His se réalisera rapidement : faire réentendre la voix du divin Claudin.


Sébastien Gaudelus
( Mis en ligne le 16/02/2001 )
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