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Itinéraire d’un cinéaste gâté
Yves Boisset   La Vie est un choix
Plon 2011 /  21 € - 137.55 ffr. / 384 pages
ISBN : 978-2-259-21312-7
FORMAT : 15,4cm x 24cm
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Yves Boisset (né en 1938) est quelque peu oublié aujourd’hui malgré une activité cinématographique encore prolifique. Il est au cinéma politique et engagé ce que Lelouch est au cinéma émotionnel pourrions-nous dire car rien de ce qui ne concerne la société moderne et ses acteurs n’indiffère le réalisateur. Films politiques, policiers, sociaux ou d’espionnage, Boisset explore les recoins les plus obscurs de l’âme humaine et de sociétés corrompues en dénonçant, quand le thème s’y prête, les injustices ou les malversations de son époque (en particulier du pouvoir quel qu’il soit).

Une cinquantaine de films (et téléfilms) plus ou moins inégaux ne font pas moins de Boisset un cinéaste français très important des quarante dernières années. Fort de son succès durant toute la décennie 70, il réalise depuis ses débuts un film par an en moyenne, ce qui est rare dans le cinéma. Évoquant des sujets de société aussi divers que polémiques comme la guerre d’Algérie (R.A.S., 1973), le racisme (Dupont Lajoie, 1974), le grand banditisme (Le Juge Fayard, 1976), la corruption politique (L’Attentat, 1972, La Femme flic, 1979), l’éducation (La Clé sur la porte, 1978), la télé-réalité (Le Prix du danger, 1982) ou encore la délation (Radio Corbeau, 1988), il se spécialise également dans les fictions historiques depuis que le cinéma lui tourne le dos  (L’Affaire Seznec, 1992, L’Affaire Dreyfus, 1993, Le Pantalon, 1997, Jean Moulin, 2002, L’Affaire Salengro, 2008, Douze balles dans la peau pour Pierre Laval, 2009). Parmi cette filmographie déjà conséquente, notons quelques polars efficaces ou autres films d’espionnage en phase avec les cinémas de Melville, de Costa-Gavras et de Frankenheimer : Un condé (1970), Espion lève-toi (1981), Canicule (1983), Bleu comme l’enfer (1984). Cinéaste accompli, il a également réalisé des documentaires pour la télévision, en particulier sur la campagne du candidat Mitterrand en 1974.

A la lecture de son livre, du reste fort passionnant tant les rencontres et les thèmes de ses films sont multiples, on envie Boisset d’avoir fréquenté tant d’artistes puis d’avoir pu se projeter dans une œuvre personnelle et singulière. Tout commençait bien pour lui puisqu’il eut dès le lycée Julien Gracq comme professeur de français avant d’être remarqué par Autant-Lara pour jouer le rôle d’un jeune premier. Très vite, ayant quitté l’HIDEC, il se retrouve pigiste pour Paris Jour après que ses parents ont refusé qu’il fasse l’acteur au cinéma. Assistant de Sautet, de Melville puis de Clément (excusez du peu), on ne peut rêver mieux comme formation. Il rencontre même Kubrick qui le sollicite pour les repérages de 2001, L’odyssée de l’espace. Se forgeant un nom, il peut prétendre réaliser son premier long métrage en 1968 : Coplan sauve sa peau (film raté mais qui présageait déjà d’un certaine talent). Sa carrière est lancée et des comédiens aussi prestigieux que Bernard Blier, Klaus Kinski, Michel Bouquet, Jean Yanne, Jean-Louis Trintignant, Jean Carmet, Michel Piccoli, Lino Ventura, Jean Bouise, Jean Seberg, Annie Girardot ainsi que la génération suivante - Charlotte Rampling, Patrick Dewaere, Miou Miou, Gérard Lanvin, Lambert Wilson, Christophe Malavoy ou Fabrice Luchini - jalonneront ses films et marqueront de leurs empreintes les décennies 70 et 80.

Moins qu’une autobiographie, La Vie est un choix est avant tout une évocation des différents tournages (exceptés deux ou trois films) de Boisset qui revient néanmoins sur sa formation de réalisateur, ses difficultés avec la censure et les aléas des rencontres. Comme souvent dans ce genre d’ouvrage, l’anecdote prime sur l’aspect esthétique de tel ou tel film. On croise des personnalités extrêmes comme Hayden, Noiret, Donnadieu, Melville ou Dewaere, qui explosent aussi bien devant la caméra qu’en coulisse avec des actes de violence peu communs, mais aussi de nombreux intellectuels qui ont participé au scénario ou à l’élaboration d’un film de Boisset : Blondin, Déon, Semprun, Audiard, avec tout le talent et la difficulté de collaborer avec des artistes de leur trempe.

On regrettera peut-être le côté catalogue qui opère au bout du vingtième tournage mais très vite on est captivé par les aventures de chaque réalisation, les enquêtes de Boisset sur le terrain et l’aspect jamais gratuit de ses projets. Malgré un côté souvent manichéen et la volonté de faire du cinéma populaire (avec ses clichés inévitables, sa violence gratuite, son traitement de la justice expéditive, une mise en scène assez plate, un hommage à la série B avec les premiers polars), certains films de Boisset comme R.A.S., Le Juge Fayard, Allons z’enfants et même Le Prix du danger (à revoir en 2011 pour l’aspect éminemment cynique et prophétique du film) sonnent non seulement justes mais apportent un regard critique sur nos sociétés sclérosées et corrompues. Avec aussi, chez Boisset, une bienveillance pour ses comédiens et une attache très humaine sur le traitement de l’histoire. En cela, ne confondons pas cinéma populaire et commercial, il arrive à Boisset de finir ses films sur une note plus qu’amère !

Ces mémoires d’Yves Boisset remettent en contexte près de quarante années de cinéma français réaliste. On apprend bien évidemment bon nombre de choses sur nos contemporains cinéastes, acteurs ou scénaristes. C’est avec enthousiasme et nostalgie que l’auteur du Taxi mauve nous conte une brève histoire de son cinéma. A coup sûr, Boisset est à redécouvrir.


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 23/01/2012 )
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