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Il y en avait pour tous les goûts !
Scotty Bowers   Lionel Friedberg   Full service - Sexe, amours et secrets de stars à Hollywood
Hugo et Compagnie - Hugo Doc 2013 /  19 € - 124.45 ffr. / 314 pages
ISBN : 978-2-7556-1169-4
FORMAT : 15,0 cm × 22,0 cm

Christian Séruzier (Traducteur)
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La carrière de Scotty Bowers restera dans les annales (!). Ce pompiste à la station Richfield, 5777 Hollywood Boulevard en 1946, ancien Marine pendant la Seconde Guerre mondiale, fut un entremetteur majuscule, aussi bien auprès du commun des mortels que des plus grandes stars hollywoodiennes.

Dans ses mémoires sulfureux recueillis par Lionel Friedberg (producteur, réalisateur et écrivain), il révèle la vie sexuelle d’un pan entier de la Mecque du cinéma des années 1940 à 1980. Il «arrangea le coup», comme on dit, à ceux qui passaient par sa station-service, qu’ils fussent connus ou inconnus. Il se fit rapidement une certaine «notoriété». Lui-même, tout en étant marié avec une petite fille, passe indifféremment des hommes aux femmes, même s’il préfère ces dernières.

La carrière sexuelle de Scotty Bowers commence très tôt avec un certain Joe Peterson alors qu'il est encore un gamin dans une ferme de l'Illinois et que cet homme se met à le caresser. Puis avec un prêtre alors qu'il est à peine adolescent. Victime ? Non, car selon lui : «Ce que nous faisions me paraissait tout à fait normal. Si cela fait du bien et produit du plaisir, où est le mal, pensais-je. C'était logique, pour moi. (...) A vrai dire, j'éprouvais un indéniable sentiment de satisfaction à la pensée d'avoir apporté un peu de joie dans la vie de quelqu'un. Rien de condamnable là-dedans. Pour moi, le corps était fait ainsi et je ne doutais pas un instant que le sexe était essentiel à la santé et à l'équilibre émotionnel, physique et psychologique d'un individu. Bon sang, même les prêtres avaient besoin de cet équilibre» (p.57). Puis il devient vendeur de journaux et connaît d'autres expériences notamment avec un homme d'une cinquantaine d'années avec qui il a son premier orgasme.

En mars 1946, à 23 ans, notre beau pompiste renoue avec ses anciennes connaissances. La station devient la plaque tournante des rendez-vous d’occasion. Scotty Bowers devient un as dans l'art de la passe. Une caravane non loin de la station-service sert de lieu de rencontres. Un jour, il croise un chef décorateur, Ed Willis, avec huit oscars au compteur (Jules César, Un Américain à Paris, Les Ensorcelés, etc.) qui lui demande de le mettre en contact avec des Marines. De même avec Cole Porter, le musicien aux si suaves mélodies... qui, paraît-il, pouvait faire une vingtaine de fellations à la suite !

Il fait la connaissance de George Cukor, célèbre cinéaste, qui l'invite chez lui et lui fait une fellation. Mais aussi Tyrone Power, un de ses anciens copains chez les Marines. Il a l’occasion d'aller dans la résidence de William Hearst (dont Orson Welles s’inspirera pour le personnage de Kane et le palais de Xanadu dans Citizen Kane), rencontre le secrétaire particulier de Cary Grant, Franck Horn, qui lui fait connaître le célèbre acteur alors en pleine relation avec un autre comédien, Randolph Scott. Dans ce milieu fermé, il enchaîne les rencontres ; par exemple avec le photographe Cecil Beaton qui le met en relation avec Edward, Prince de Galles, qui hérite, à la mort de George V, des fonctions royales. Comme il avait une liaison avec Wallis Simpson qui était en train de divorcer de son second mari, Edward dut renoncer en 1936 à son titre et épousa Wallis. Sauf que cette liaison était un leurre pour que chacun puisse laisser libre cours à son homosexualité...

Scotty Bowers est donc au cœur de cette plaque tournante de relations éphémères, sans faire de distinction. Il trouve des jeunes femmes (cent-cinquante environ) pour Katherine Hepburn qu'il rencontre grâce à George Cukor, ou procure de très jeunes filles à Errol Flynn qui consommait tellement d'alcool que Scotty Bowers devait finir la besogne à sa place...

Scotty Bowers quitte son emploi de pompiste pour devenir barman pour la jet-set, au Club 881. C'est à cette époque que George Cukor lui fait rencontrer Spencer Tracy avec qui il fait l'amour… Laurence Olivier fait appel à lui pour lui procurer un couple, une femme à forte poitrine et un garçon bien pourvu par la nature. S’il réclamait une fille différente à chaque fois, il voulait conserver le même homme, n’osant s’avouer sa bisexualité… Une nuit, dans la chambre d'ami de Cukor, il a une relation avec Vivien Leigh (la célèbre comédienne d’Autant en emporte le vent), mariée avec Laurence Olivier.

Scotty Bowers rencontre ainsi le gratin d’Hollywood et couche avec une multitude d’autres stars comme Edith Piaf. Il n’hésite pas à organiser des orgies pour le romancier Somerset Maugham ou à fournir des partenaires à Tennessee Williams, Charles Laughton, Rita Hayworth, Noël Coward, Mae West, James Dean, Rock Hudson, Antony Perkins, Roddy McDowell et J. Edgar Hoover. Bref, il est très occupé... et généreux ! Car Scotty Bowers affirme qu'il n'a jamais fait payer cette prestation d'entremetteur. Mais il se fait parfois rétribuer quand il se prête lui-même à des activités sexuelles. Il faut dire qu’il y avait beaucoup de gens démunis après la guerre et que le sexe était un moyen de prendre du bon temps et d’oublier les soucis quotidiens.

En vérité, les mémoires de Scotty Bowers n’ont rien d’étonnant. Sans être un monument littéraire, ils se lisent agréablement, avec ce petit goût de piment qui titille la curiosité. On se doutait bien que derrière l’image glamour qu’imposait Hollywood à ses stars (faux mariages, unions hétérosexuelles factices), il s’en passait des vertes et des pas mûres. Il en est toujours ainsi : derrière l’image que l’on veut donner de soi ou du monde, stars ou non, connus ou inconnus, les individus ne sont pas dans la grande majorité si «coincés» qu’on le dit. Ce n’est donc pas la répression ou la libération de la sexualité qui est en jeu ici ; c'est bel et bien le sexe lui-même qui pose problème à l’homme ou à la femme, pour multiplier les partenaires à ce point ou pour réduire l’autre à un objet consommable. Le livre est éloquent à cet égard.

Dans le portrait qu’il dresse, Scotty Bowers donne l’impression que chaque individu ne pense qu’à ça ou que le monde n’est qu’un vaste lupanar. Même si l'on se prend à douter parfois des faits rapportés (notre homme a une proportion hallucinante à croiser du monde), il y a sans doute une grande part de vrai. A ce titre, Scotty Bowers est souvent naïf, considérant le plaisir sexuel comme suffisant à tout échange, oubliant que le plaisir peut s’accompagner de sévères pathologies, et donc d’un plaisir dans le déplaisir, réduisant l’être humain au niveau de la ceinture. Ainsi quand il évoque l’acteur Rock Hudson, à la «libido vorace», adoptant des comportements dangereux, alcoolique, et qui finit par mourir du SIDA, ou l’acteur David Carradine, adepte du BDSM et qui meurt (on ne sait toujours pas s’il a été tué ou s’il est mort accidentellement) attaché par une corde passée autour du cou, par-dessus la tringle de la penderie, et nouée autour de ses parties génitales...

Ces confessions correspondent d'ailleurs tout à fait à cet exhibitionnisme généralisé de nos jours, ce dévoilement intégral de la moindre parcelle de vie privée. Il n’est pas sûr que cette façon de dévoiler les pratiques sexuelles de personnalités connues ou non soit fort intéressante. Ainsi quand il évoque le goût de Charles Laughton pour les sandwichs beurrés de matière fécales, ou celui de Tyrone Power pour l’ondinisme (appelé «golden shower», l'attirance sexuelle pour l’urine), il ne met guère en valeur leur talent artistique pour mettre l’accent sur l’inessentiel. Qu’allons-nous dévoiler dans les années futures ?...

En cela, ce livre est conforme à cette «idéologie du plaisir» qui va émerger quelques temps plus tard dans les démocraties libérales, débarrassée de toute aspérité ou de toute dialectique comme l’auteur l’avoue lui-même. «Ce que je voulais, c’est que tout le monde y trouve son compte et soit heureux. La simple loi rituelle de l’offre et de la demande» (p.237). «Pourquoi les aurai-je jugés ? Où placer la limite ?», s’étonne-t-il (p.231), avouant plus haut que «en ce qui (le) concerne, la limite entre des pratiques normales et anormales a été effacée depuis des lustres» (p.227)... Sauf que certains en sont morts...

À lire ces mémoires, on se dit que la «libération sexuelle» n’a été qu'une vaste plaisanterie. Elle était déjà inscrite dans la réalité concrète (il n’y avait donc rien à libérer) et le marché tenait tout simplement à ce que cette réalité s’exhibe au grand jour à peu près partout (médias, romans, cinéma, etc.), bref dans le domaine de la représentation, afin de devenir largement exploitable et rentable. Il suffit de regarder le monde d’aujourd’hui.

Scotty Bowers a donc décidé de tout dévoiler à son tour. Il travaille toujours comme barman. Il a 89 ans.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 26/06/2013 )
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