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Le Chanteur foudroyé
François Alquier   Daniel Balavoine - Un homme vrai
Pygmalion 2020 /  18,90 € - 123.8 ffr. / 341 pages
ISBN : 978-2-7564-3269-4
FORMAT : 13,5 cm × 22,0 cm
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Le 14 janvier 1986, Daniel Balavoine (né en 1952) perdait la vie dans un accident d’hélicoptère alors qu’avec Thierry Sabine, le pilote, et deux compagnons, ils se dirigeaient vers le bivouac de Gourma-Rharous, quelques jours avant la fin de la course Paris-Dakar. Sur les lieux depuis une semaine, il participait à l’opération Paris du cœur, encadrant l’installation de pompes hydrauliques dans le Sahel, idée qui germait en lui depuis quelques mois (rappelons qu'il avait participé deux fois à l’épreuve automobile). Permettre aux populations autochtones de cultiver leurs champs en puisant dans le fleuve Niger, autrement dit faire émerger l’eau là où la terre est aride, motivait celui qui s’était décidé au dernier moment à partir en Afrique, tout comme de monter dans l’appareil qui se désagrégea dans le désert. L’auteur-compositeur devenait combattant de la famine en créant un concept quasi-poétique, puis en mourant à l’âge du Christ. Au lieu de poursuivre la promotion de son album Sauver l’amour, il multiplia les symboles qui le conduisirent à la mort (déjà avec Partir avant les miens en 1983 puis Tous les cris les S.O.S. en 1985, qui semble annoncer sa fin brutale). 35 ans après, on ne sait toujours pas pourquoi l'hélicoptère, qui, perturbé par la nuit, se posa pour appeler une voiture, redécolla.

La mort de Balavoine fit grand bruit, le public prit conscience de la puissance du personnage, et par là même, de son œuvre musicale. Le dernier album, considéré unanimement comme un chef d'œuvre, se vendit à 1 300 0000 exemplaires. On pourrait le placer musicalement entre Michel Berger et Jean-Jacques Goldmann, c’est-à-dire un petit chanteur de variété dont le succès ne se démentit plus après 1978, année de Starmania, où il jouait le voyou Johnny Rockfort, et du Chanteur, tube provocateur et ironique sur le métier, écoulé à 800 000 exemplaires. Il passa du statut de fragile vedette à celui moins éphémère de mythe tragique.

Depuis sa disparition, une bonne dizaine de biographies est parue, notamment celle de Gilles Verlant en 1996 (le premier travail étoffé sur le chanteur) ; le journaliste (décédé depuis) interrogeait les proches, les musiciens, les collègues de l’artiste en revenant sur le parcours semé d'embuches de Balavoine. En 2020, Alquier a la formidable idée de… faire pareil ! Mais après tant d'années, les langues se délient et certains amis, jusqu’ici discrets, décident de témoigner. Pour un profane, ce livre est une excellente entrée en matière pour découvrir l’homme et l’œuvre. L’auteur intervient de manière pondérée et les intervenants, rendant l’hommage mérité au défunt, précisent comment la vedette se comportait avec son entourage. L’homme, doté d’une incroyable bonté et d’une générosité rare, avait un caractère trempé et il imposait ses choix quel que soit le domaine (musique, sport, politique, humanitaire). Il disait, pour justifier ses emportements (dont deux restés célèbres en 1980 et 1983) : «Je m'emporte pour ce qui m'importe». L’essentiel est dit, souvent de manière touchante et nostalgique, par d'illustres inconnus qui ont travaillé un temps avec le poète, mais l’aspect musical est malheureusement trop peu évoqué : Quelques albums essentiels (Un autre monde, Loin des yeux de l’occident, notamment) passent à l’as et les interventions des collaborateurs ne révèlent pas grand-chose qu'on ne savait déjà.

Les inconditionnels de Balavoine (qui en général se ruent sur ce type d'ouvrage) apprendront quelques détails qui dénotent parfois avec l’idée qu'ils se seront faite du personnage : il était infidèle (ce qui pousse Catherine Ferry à le quitter), il sniffait de la coke sur le bureau d’une assistante avant de commencer un entretien radio, il a écrit une chanson pour son «pote» Marc Jolivet, Bashung et lui ne s'appréciaient guère, il a copié l'éclairage de scène d'Alain Chamfort, le solo guitare de L'Aziza est inspiré d'un titre de Status Quo lors de sa prestation au Live Aid (peut-être Caroline, malgré le peu de points communs entre les deux univers), John Woolloff a fait de la basse sur le dernier album (alors que le Fairlight remplace logiquement l'instrument). Plus poignant, il avait réservé sa chambre d’hôtel avant que Sabine lui propose de monter avec lui dans l’hélico pour rejoindre au final le bivouac du Dakar. Pas extraordinaires comme révélations !

Pour le reste, Alquier fait passer le message de manière sérieuse et documentée. Le chanteur était un professionnel dans son domaine, en avance sur son temps, extrêmement doué et bosseur (8 albums studio en 10 ans, Starmania, des tournées, des chansons écrites pour d’autres - Ferry, Hallyday -, des productions -Jeanne Mas -, des participations amicales - Berger, Gall, Simon). Bref, le répertoire de Balavoine mort à 33 ans ne cesse d’impressionner les jeunes générations et de traverser le temps avec succès. Ce livre, en forme de documentaire précis et parfois passionnant, laisse l’image indémodable d’un jeune homme écorché vif en phase avec ses idées, son temps et sa musique, terriblement efficace et indémodable.

Manquent néanmoins les interventions de Matt Clifford (son dernier claviériste, resté silencieux depuis 1986), Corinne (la mère de ses enfants qui avaient demandé à Verlant de sortir ce premier livre), et beaucoup de musiciens qui ont accompagné l’artiste dans ses créations. Les fans attendent encore la biographie définitive, en dépit des travaux de Varrod et Rouault, malheureusement incomplets et parfois réducteurs.


Simon Anger
( Mis en ligne le 27/11/2020 )
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