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Opus Magnum
Philippe Gonin   Serge Gainsbourg : Histoire de Melody Nelson
Densité - Discogonie 2021 /  10,50 € - 68.78 ffr. / 120 pages
ISBN : 978-2-919296-21-7
FORMAT : 10,0 cm × 18,0 cm
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Ce dix-septième numéro de la collection «Discogonie», signé par le musicologue Philippe Gonin, est consacré à un album considéré aujourd’hui comme essentiel dans l’histoire des musiques populaires en France. Lancée en 2014 avec le Cure Pornography du même Philippe Gonin et le Neil Young Harvest de Christophe Pirenne, la collection «Discogonie» — barbarisme valise formé de la contraction entre discographie et cosmogonie — livre une série de textes monographiques consacrés à des albums qui ont marqué l’histoire du rock. La mise en contexte s’accompagne à chaque fois d’une analyse des chansons. Le questionnaire est assez proche de celui de l’histoire culturelle ; plus ou moins mobilisé selon les auteurs. Ajoutons que chaque volume est aussi un objet particulièrement soigné, en format de poche ; la couverture à rabats imprimée en typographie est un clin d’œil à la presse, outil commun à l’imprimerie et à l’industrie du disque. Autre trouvaille graphique : le code-barre est le disque présent sur chaque couverture de la collection.

«Histoire de Melody Nelson» peut être considéré comme un album-concept, à l’image des exemples britanniques contemporains, du Pink Floyd à Genesis. Philippe Gonin revient avec précision sur la place que cet opus occupe dans la trajectoire de Serge Gainsbourg. Cette production permet à celui-ci de mettre une double distance par rapport à son positionnement antérieur : par rapport à son statut initial de chanteur «rive gauche» ; par rapport aussi au faiseur de tubes pop pour d’autres, comme France Gall ou Brigitte Bardot. Le précédent album, réalisée en 1969 avec Jane Birkin, et le succès international du titre «Je t’aime, moi non plus» libèrent l’auteur-compositeur des contraintes financières. Le succès est enfin au rendez-vous. Il peut désormais se consacrer à des projets plus personnels.

L’album tient à la fois de la rencontre amoureuse avec sa nouvelle muse, Jane Birkin, et de la rencontre avec le compositeur-arrangeur Jean-Claude Vannier, avec qui Serge Gainsbourg avait déjà travaillé les années passées, notamment sur des musiques de film. Philippe Gonin souligne le rôle majeur de l’arrangeur dans la coloration musicale de l’album, avec la présence significative de cordes orientalisantes. C’est Jean-Claude Vannier qui fournit la trame musicale sur laquelle Serge Gainsbourg pose sa voix pour mettre en récit l’histoire de ce quadragénaire qui rencontre une jeune fille. L’ombre de la Lolita de Vladimir Nabokov (1955), mise en images cinématographiques par Stanley Kubrick (1962) est perceptible. Les sept morceaux (4 en face A et 3 en face 3) racontent cette rencontre amoureuse qui se termine dans le drame.

Philippe Gonin insiste sur les modalités de l’enregistrement entre Londres et Paris. Le rôle du studio est ici essentiel. Le 8 pistes offre de nouvelles possibilités en trois plans musicaux : la voix de Serge Gainsbourg placée en avant lors du mixage, le groupe rock constitué de musiciens britanniques de studio, enfin les cordes et le chœur. Cette approche musicologique, dense et précise, s’illustre également dans l’analyse des sept morceaux. Conformément à la collection, un chapitre est consacré à la pochette, réalisée par le photographe Tony Frank, en étroite concertation avec Serge Gainsbourg.

Un dernier chapitre est consacré à la réception immédiate de l’album qui ne parvient pas à trouver son public. L’échec commercial est patent lors de sa sortie en 1971, et il faut attendre 1983 pour que l’album soit certifié disque d’or. Pourtant, à la frontière du rock, de la poésie et de la chanson, il est aujourd’hui considéré comme culte. Philippe Gonin insiste peu sur cette postérité. Le processus de discomorphose, central pour les musiques populaires, permet des appropriations différenciées dans le temps et dans l’espace. La réception par les artistes anglo-saxons témoigne de la notoriété internationale acquise par Serge Gainsbourg. Portishead (2002) et l'album «Monsieur Gainsbourg Revisited» (2006 ; réédité en 2020 avec deux nouveaux titres) confirment l’aura acquise par cet album au sein de la scène indépendante anglo-saxonne.

Cinquante ans après la sortie de l’«Histoire de Melody Nelson», Philippe Gonin offre aux lecteurs un essai suggestif qui permettra aux fans de Serge Gainsbourg et plus largement à tous ceux qui découvriront cet album de mieux comprendre la fabrique de cet opus qui n’a pas pris une ride. Serge Gainsbourg disait que l’art de faire des chansons était un «art mineur pour les mineures» (Apostrophes, 1986). Ce livre confirme plutôt l’évaluation de Jane Birkin : «dans cet art mineur, je pense qu’il savait qu’il était majeur» (février 2020).


Philippe Poirrier
( Mis en ligne le 08/02/2021 )
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