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Don Luis Buñuel
Luis Buñuel   Tomas Pérez Turrent   José de La Colina   Conversations avec Luis Buñuel - Il est dangereux de se pencher au-dedans
Les Cahiers du Cinéma - Petite Bibliothèque Cahiers 2008 /  14 € - 91.7 ffr. / 399 pages
ISBN : 978-2-86642-500-5
FORMAT : 11,5cm x 17cm

L'auteur du compte rendu : Scénariste, cinéaste, Yannick Rolandeau est l’auteur de Le Cinéma de Woody Allen (Aléas) et collabore à la revue littéraire L'Atelier du roman (Flammarion-Boréal) où écrivent, entre autres, des personnalités comme Milan Kundera, Benoît Duteurtre et Arrabal.
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Le grand cinéaste Luis Buñuel n'aimait pas beaucoup les entretiens et il n’était pas un cinéaste d'idées comme il le répétait souvent. Ce livre est dû tout d’abord aux efforts de deux hommes, José de la Colina, critique de cinéma et scénariste, et Tomàs Pérez Turrent (1935-2006) qui a été scénariste, critique et réalisateur pour la télévision mexicaine, pour parvenir à convaincre Luis Buñuel de donner ces interviews. En quelques vingt-sept chapitres, ils retracent toute la carrière du cinéaste, film à film, du Chien andalou à Cet obscur objet du désir. Un document passionnant et rare qui permet de se faire une idée précise de l'univers du cinéaste, de son humour, de son art, le cinématographe.

Luis Buñuel (1900-1983) est né en Espagne dans une famille nombreuse mais riche. Toute son œuvre fut marquée par son éducation jésuite contrainte. À 17 ans, il part à Madrid pour commencer des études supérieures et rencontre Salvador Dali et Federico Garcia Lorca. En 1925, il vient à Paris, arrive à se faire embaucher comme assistant réalisateur de Jean Epstein, sur le tournage, en 1926, de Mauprat, puis, en 1928, de La Chute de la maison Usher. En 1928, avec l'aide matérielle de sa mère, il tourne son premier film Un chien Andalou dont le scénario est écrit en collaboration avec Salvador Dalí. Puis il réalise L’Âge d’or. Entre 1933 et 1935, il travaille pour des compagnies américaines, participe à un documentaire, Madrid 36, puis se rend aux États-Unis. Il travaille à démontrer l'efficacité et le danger des films de propagande nazis. En 1947, il est au Mexique et reprend sa carrière de réalisateur, qui sera marquée par plusieurs films importants : Los Olvidados, El et Archibald de la Cruz. Il retourne en Espagne pour réaliser Viridiana qui obtient la palme d'or au Festival de Cannes. Suivent L'Ange exterminateur, Le Journal d'une femme de chambre, et son dernier film mexicain, Simon du désert. Buñuel vient ensuite tourner en France, en particulier avec Jean-Claude Carrière : La Voie lactée, Belle de jour, Tristana en Espagne, Le Charme discret de la bourgeoisie, Le Fantôme de la liberté et, enfin, son dernier film, Cet obscur objet du désir.

Il ne faut pas compter sur Luis Buñuel pour commenter son oeuvre. Il déteste par dessus tout, comme Federico Fellini et Roman Polanski, fournir grilles d'explications, symboles psychanalytiques, etc., en un mot, intellectualiser ses films. Mais le cinéaste ne tient pas non plus être taxé de relativisme. Tout au long de ces entretiens, on suit sa carrière ; on apprécie grandement son humour et ses phrases décochées au détour d’une phrase : "La psychanalyse est en réalité notre substitut contemporain de la confession catholique" (p.294). Même pour lui, il n'y a pas eu de révolution en mai 1968, simple mouvement romantique !

Luis Buñuel est avant tout un cinéaste de l'ambiguïté. On se rend compte ici qu'il ne fut pas le révolté ou le propagandiste que l’on croyait. Pour preuve, il dit à propos de la pornographie, regrettant qu’elle ne se banalise : «Je ne suis pas contre la pornographie à condition qu’elle soit pratiquée en chapelle secrète, comme cela se passait autrefois. Je suis contre la vulgarisation et la mode de la pornographie. Il se passe la même chose qu’avec le terrorisme et la mode des bombes ; on pose une bombe contre n’importe qui, le curé, la voiture des Monsieur un tel, le jeune d’à coté. La pornographie cinématographique destinée à séduire le public et à gagner de l’argent me répugne». Le cinéaste accentue sa critique en ajoutant qu’il est contre, même si pareil film lui est présenté gratuitement. Réactionnaire Luis Buñuel ? Nullement. Il s’en explique d’ailleurs fort bien : «Parce que c’est banaliser l’érotisme. Ce sujet est complexe et il faudrait le traiter plus en profondeur. Je ne suis pas contre l’érotisme mais contre la pornographie, qui est la physiologie de l’érotisme. Et je suis contre la pornographie parce que je crois à l’amour. (…) En revanche, la pornographie c’est l’amour célébré dans un stade ou une arène. (…) Érotiquement, la pornographie est négative car elle épuise tout, ne laisse aucune place à l’imagination, n’a pas de mystère. En revanche, envisager l’érotisme comme une possibilité, le suggérer sans plus, est beaucoup mieux» (pp.156-157). Ailleurs encore : «Pour moi, le rapport sexuel a quelque chose de terrible. L'accouplement, considéré objectivement, me paraît à la fois risible et tragique. C'est ce qui ressemble le plus à la mort : les yeux révulsés, les spasmes, la bave. Et le rapport sexuel est diabolique : j'y vois toujours le diable" (p. 254).

Ce qui est troublant chez un cinéaste de cette envergure, c'est son absolu refus de l'exhibition et l'éloge de la sobriété, l’idée que l’exhibition est ce qui va tuer le sexe ou l’érotisme. Se fait jour ainsi un cinéaste à l'opposé du surréalisme lyrique et romantique des premiers jours. Au contraire, Buñuel montre un aspect tout à fait méconnu, refusant les effets de caméra, les gros plans, le tape-à-l’œil… tout ce qui truque et attire l’attention pour séduire complaisamment le spectateur. Il suffit d’ailleurs de voir ses films pour comprendre cette mise en scène distancée et détachée, où l’humour est bien présent, mais distillé à petites doses. Buñuel appartient déjà à un autre monde, à un autre état d’esprit.

"Vous imaginez ce qu'a dû être le silence au Moyen Age ? Vous sortiez du village ou de la ville, vous faisiez quelques pas et vous trouviez le silence, ou les sons naturels, qui sont merveilleux ; le chant des oiseaux, celui des cigales, ou le bruit de la pluie. C'est une chose qui s'est perdue de nos jours. Il y a un instrument infernal, qui aurait réellement pu être inventé par le diable, ou par un ennemi de l'humanité : la guitare électrique. Je retournerais volontiers au Moyen Age, à condition que ce soit avant la Grande Peste" (p.301). Buñuel dit encore, en parlant de Simon du Désert : "Les hippies auraient pu le choisir pour être leur saint patron et porter de petites médailles à son effigie. Mais, vous voyez, aujourd'hui les hippies ont échoué. Et nombre d'entre eux ont été fascinés par le bruit, le rock, la guitare électrique et autres choses démoniaques" (p.302).

Ce petit livre percutant rappelle un Luis Buñuel toujours dérangeant, surtout là où on ne l’attend pas…


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 30/07/2008 )
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A lire également sur parutions.com:
  • Un chien andalou
       de Luis Buñuel , Pierre Batcheff , Simone Mareuil
  • L'Ange exterminateur / Simon du Désert
       de Luis Buñuel , Claudio Brook , Enrique Alvarez Felix , Silvia Pinal , Enrique Rambal
  • L'Enjôleuse
       de Luis Buñuel , Pedro Almendariz , Katy Jurado , Andres Soler , Rosita Arenas
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