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LeH’ayim !
Delphine Horvilleur   Vivre avec nos morts
Grasset 2021 /  19,50 € - 127.73 ffr. / 222 pages
ISBN : 978-2-246-82694-1
FORMAT : 13,0 cm × 20,5 cm
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. ''LeH’ayim !'' : ''à la vie !''. Ce mot semble être le mantra de Delphine Horvilleur, une des trois rabbins féminins en France. «Qu’est-ce qu’un rabbin ? Bien sûr, c’est officier, accompagner et enseigner. C’est traduire des textes pour les donner à lire et faire entendre à chaque génération les voix d’une tradition. (…) Mais à mesure que les années passent, il me semble que le métier le plus près porte un nom : conteur».

Le rabbin ouvre une porte entre les vivants et les morts pour faciliter le passage, dédramatiser l’absence et rassurer ceux qui restent conscients de l’issue inexorable. La cérémonie fixe ce moment difficile dans les esprits et permet de faire son deuil. Elle rend le départ plus solennel ; le rite a d'ailleurs beaucoup manqué aux familles des déportés exterminés pendant la Seconde guerre mondiale. L’auteure nous offre le récit de plusieurs cérémonies funèbres qu’elle a célébrées et qui l’ont marquée.

Le 15 janvier 2015, une semaine après la tuerie de Charlie, elle officie pour les obsèques d’Elsa Cayat, la psychiatre attachée au journal. Elle insiste dans son discours sur la personnalité d’Elsa, anticléricale et subversive. Elle se rend compte que la laïcité, essentielle, empêche une foi de saturer l’espace citoyen ; liberté pour chacun de croire ou non, mais laissant assez de place aux autres. Le judaïsme fait une place à Elsa tout comme au rabbin, sans prosélytisme. Le Dieu du Talmud dit aussi «qu’il est dur d’être aimé par des cons».

La tradition juive n’est pas de fleurir les cimetières mais de poser une petite pierre sur la tombe pour s’inscrire dans la continuité et prolonger son histoire dans l’enchaînement des générations. La Genèse dit que l’Homme ne doit pas manger les fruits de l’arbre de la connaissance. En transgressant cette règle, l’humanité a pris conscience de sa mort future et a perdu son innocence, expulsée du jardin de ses origines. Delphine a eu l’honneur d’accompagner Simone Veil et Marceline Doridan-Evens, les filles de Birkenau, pour leur enterrement. Leur captivité avait scellé leur amitié pour la vie, elles si différentes dans leurs choix, Simone et son chignon serré, engagée en politique, femme de devoir, Marceline et sa crinière rousse, éternelle révoltée, toujours libre. Mais toutes les deux offrent des promesses d’émancipation pour la jeune génération féminine. Simone est morte un an avant Marceline, en 2017 ; elle avait demandé un kaddish, prière ancestrale, liturgie récitée au bord de la tombe par la famille en présence d’un rabbin, moment le plus symbolique ; ce n’est pas la prière des morts mais un hymne à la grandeur de Dieu en araméen (la langue de Jésus), une prière presque magique directement adressée à Dieu puisque les anges interceptent toutes les langues sauf celle-ci ; ainsi le défunt voit son âme rejoindre le Créateur. Or dans la religion hébraïque, il ne faut jamais dire le nom de Dieu. De même, il n’existe pas de clergé juif. Le rabbin n’est qu’un guide pour la communauté qui reconnaît son érudition en matière de religion car le Judaïsme possède une grande tradition littéraire qui se perpétue, signe de reconnaissance à travers les temps et les lieux.

En enterrant un enfant, Le rabbin Delphine a pris conscience de l’impossibilité de dire à son frère où il se trouve après sa mort. La mort échappe aux mots, le langage devient impuissant. On ne peut répondre à la grande Question  ''où sont les morts ?'' que par une autre question, comme dans le Talmud où les rabbins perpétuent la tradition orale depuis des millénaires. La Thora n’évoque pas le sort des disparus, contrairement au christianisme dans lequel un espoir permis sert d’échappatoire ; ici, pas de paradis ni d’enfer ou de résurrection. Pessah, la pâque juive, fête la sortie du peuple juif d’Egypte, en route pour la terre promise. Malgré l’évolution des théories juives au cours des siècles, la seule pensée réaliste est que les morts vivent dans notre souvenir, nous accompagnent.

Delphine Horvilleur donne ici une leçon d’humanité, sur la force de la résilience chez le rabbin même ; dans le cas du décès de sa meilleure amie, elle a su se dédoubler, ne pas pleurer pour permettre aux autres de croire en la possibilité de se relever. «Ils disent à celui qui meurt : Fils ou fille d’Israël, écoute ce qui de toi va continuer à vivre en nous, uni à nous pour toujours».

Ce recueil offre au final un outil de consolation pour que chacun fasse la paix avec ses fantômes. La démarche de l’auteure concerne chacun, sans distinction de foi. La réflexion, sobre et humble, fait ressortir l'érudition, et réconcilie la vie et la mort. ''LeH’ayim !''


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 12/04/2021 )
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