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Philosophie  
 

L’usage de l’art
Jean-Pierre Cometti   Art, modes d'emploi - Esquisses d’une philosophie de l’usage
La lettre volée - essais 2000 / 
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Après avoir dressé dans Questions d’esthétique (avec Roger Pouivet et Jacques Morizot, P.U.F., 2000) un bilan de la philosophie contemporaine de l’art, l’auteur développe ici une approche plus personnelle. Il propose d’étendre à l’esthétique un mot d’ordre emprunté au second Wittgenstein et s’interroge sur la compatibilité de ce point de vue avec celui qu’avaient choisi Ricoeur ou Merleau-Ponty.


Comme chacun sait, l’argument du langage privé développé dans les Investigations philosophiques était dirigé contre le mythe de l’intériorité : le langage est une activité sociale, régie par des règles, et il est donc inutile de chercher, au delà de l’usage, un sens situé on ne sait où. Dans le même esprit une esthétique de l’usage renonce à chercher le sens de l’oeuvre d’art pour s’interroger à la place sur les usages que nous faisons de celle-ci, soulignant du même coup ce qu’il peut y avoir de problématique dans l’idée kantienne qui fait du beau l’objet d’un plaisir désintéressé.


L’application la plus immédiate de ce programme se situe à la croisée de l’art et du langage. Jean-Pierre Cometti propose d’en finir avec la métaphore comme avec la métaphysique qu’elle véhicule, et prend parti pour la littéralité : "les seules vertus qui se puissent reconnaître au langage sont celles de la lettre"(15). Dans la métaphore vive, Ricoeur s’appuyait sur la doctrine traditionnelle, qui reconnaît deux modes d’existence au langage, tantôt poétique tantôt prosaïque, pour distinguer une signification littérale et une signification figurée. Mais ces dédoublements sont inutiles. Les expressions non paraphrasables n’ont pas d’autre sens que leur sens littéral (23-4) et même dans les cas extrêmes, dans le Sonnet des voyelles par exemple, c’est toujours l’usage qui permet de comprendre. Wittgenstein, nous dit-on, a montré comment les usages secondaires débouchent sur une expérience subjective qui se dérobe à toute paraphrase sans qu’il soit permis de parle de sens métaphorique (78). Cette partie de l’ouvrage n’est pas la plus convaincante. Penser la métaphore en termes d’usage et non de sens, la suggestion ne manque pas d’attrait; mais en plus d’un endroit, il semble que ce soit l’usage de la métaphore elle-même qui soit visé, ce qui est une tout autre affaire.


Les pages relatives au palais Stonborough constituent, quant à elles, une excellente mise au point sur un sujet auquel l’auteur avait déjà consacré tout un livre (La maison de Wittgenstein ou les voies de l’ordinaire, P. U. F., 1998). Une fois publié le Tractatus, Wittgenstein avait en effet renoncé à la philosophie pour se livrer à diverses activités : après être parti comme instituteur dans un petit village il passa plusieurs années à construire une maison pour sa soeur. Ce travail d’architecte est examiné du triple point de vue de la philosophie, de l’esthétique et de l’éthique (le Tractatus avait posé qu’ "éthique et esthétique sont une seule et même chose" 6.421). Une philosophie de l’usage rappelle alors qu’un bâtiment est fait pour les usagers; qu’il est donc lié à une forme de vie, et que les considérations communément tenues pour esthétiques y jouent un rôle tout au plus subalterne, — approche fonctionnelle, dans la ligne de la formation d’ingénieur qu’avait reçue Wittgenstein.


L’ouvrage s’achève par une confrontation des vues de Wittgenstein et de Merleau-Ponty sur la question de l’expression. En dépit de tout ce qui sépare les méthodes qu’ils pratiquaient, grammaticale dans un cas, phénoménologique dans l’autre, on ne peut qu’être frappé par la convergence des résultats. De même que Merleau-Ponty échappe au mythe de la signification, de même il est possible de retrouver chez le philosophe autrichien la distinction entre langage parlé et langage parlant introduite dans La prose du monde et de faire ainsi une place à ce moment de l’expression "où le livre prend possession du lecteur".


Art, modes d’emploi réussit à échapper aux deux fausses routes signalées dans l’épilogue (le platonisme de la signification, une wittgensteinisme mal compris) et donne un bon aperçu de certaines des tendances marquantes de l’esthétique contemporaine.


Michel Bourdeau
( Mis en ligne le 11/05/2001 )
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