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Retour dans la maison vide
Jean-François Revel   Mémoires - Edition intégrale
Robert Laffont - Bouquins 2018 /  30 € - 196.5 ffr. / 896 pages
ISBN : 978-2-221-13872-4
FORMAT : 13,2 cm × 19,7 cm

Laurent Theis (Préfacier)
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Voici, sous le titre de «Mémoires», une nouvelle édition du Voleur dans la maison vide. On rappellera, s’il en était besoin, que, sous ce titre énigmatique issu d’un proverbe bouddhiste, l’auteur de Pourquoi des philosophes ? avait fait paraître ses mémoires au début de 1997. Qu’apporte de nouveau cette réédition d’un ouvrage alors largement commenté et qui survient plus de dix ans après le décès de l’auteur ?

On y trouvera tout d’abord une reprise ne varietur de l’édition originale du Voleur..., à l’exception d’une seule et unique correction, déjà effectuée, il est vrai, dans les retirages : à la page 259, Charles Renouvier a remplacé, comme auteur de Uchronie, dont avait été crédité Félix Ravaisson, par un lapsus calami qui avait rendu son auteur partagé entre colère et abattement, comme le narre Laurent Theis en ouverture de sa préface.

Au-delà de la reprise du texte de 1997, on trouvera ici plusieurs textes confidentiels ou inédits. D’une part, la préface de Laurent Theis, proche de Jean-François Revel et qui l’a incité à se livrer à cet exercice et l’a accompagné dans son effort de remémoration et de mise en forme de son passé. D’autre part, de la plume de Revel lui-même, deux textes, dont l’un devait initialement constituer un chapitre du Voleur… et le second, rédigé ultérieurement avait pour objet de fournir un supplément à ses mémoires. Ce second texte porte lui aussi un titre énigmatique, du moins pour tout autre qu’un Marseillais : Revel est né à Marseille et a utilisé le terme de ''Bada'', qui désigne dans la cité phocéenne le petit supplément que le marchand de glace ajoute traditionnellement au sommet du cornet. On trouvera encore, dans ce Bada, la transcription d’un entretien radiophonique entre Revel et Theis diffusé en juin 2002 sur France Culture et écoutable sur le site de celle-ci. Le volume se termine par un index, ce qui est rien moins que classique et ne mériterait pas d’être mentionné, s’il ne s’agissait pas là d’un véritable inédit, l’auteur s’étant catégoriquement refusé à ce qu’en figurât un dans l’édition de 2007, malgré la demande classique de l’éditeur et le confort pouvant ainsi être apporté au lecteur. Mais, au-delà de l’anecdote, le plus significatif est certainement la nature des raisons avancées par Revel pour justifier son refus : la première était que les Mémoires que l’auteur avait pris en exemple en étaient dépourvus lors de leur parution ; la seconde, et la plus importante pour Revel, tenait au risque que des fâcheux, constatant que leur nom n’y figurait pas assez ou pas du tout auraient inévitablement récriminé auprès de l’auteur, ce dernier tenant avant tout à défendre sa tranquillité.

Ce dernier trait de caractère, se protéger des importuns d’autant plus nombreux que la notoriété de l’auteur s’accroît en France mais aussi à l’étranger, fournit à lui seul la thématique du chapitre manquant mentionné plus haut et dont le titre est plus qu’explicite : «Le supplice de la notoriété». On y voit la journée de l’auteur décrite par le menu, la description de toutes les avanies subies de la part de journalistes incompétents, d’auteurs inconnus mais vaniteux, etc. Même si l’on comprend et partage le souci de l’auteur de se protéger afin de pouvoir mener à bien son œuvre en conservant la disponibilité nécessaire à la fois en termes d’emploi du temps et de sérénité, le propos s’avère quelque peu pesant et l’on comprend que ses amis l’aient dissuadé de le faire figurer dans le Voleur…, en usant certes du motif plus noble que cela eût rompu le fil chronologique des souvenirs évoqués par ailleurs.

Le Bada contient toutefois des pages qui évoquent des épisodes de la vie de Revel qui présentent davantage d’intérêt à la fois parce qu’elles concernent l’homme et non le personnage public et parce qu’elles complètent chronologiquement le Voleur…, En effet, Revel, bien que publiant en 1997, n’avait rien évoqué de postérieur à 1983-1984, ce qui lui permet ici d’évoquer aussi bien ses dernières publications que sa réception à l’Académie française. Et parmi les souvenirs plus personnels, on se bornera à citer l’émouvant premier chapitre où il affronte sa vérité d’alcoolique en la révélant et en refusant tout faux-fuyant et toute excuse.

Mais le thème majeur de ces nouvelles pages, dont il ne nous est épargné aucun détail, est bien ce que l’auteur nomme, on l’a vu plus haut, le «supplice de la notoriété», le premier des deux termes étant quelque peu excessif, alors que le second est au contraire une litote. La dissymétrie est évidemment volontaire, là où l’on aurait plutôt attendu «la rançon de la célébrité»… Mais qui s’avère donc être le principal bourreau du dit supplice ? Rien moins que les journalistes, ce qui peut paraître paradoxal si l’on se souvient que Revel a dirigé L’Express après en avoir été éditorialiste, comme il le sera ensuite au Point, mais qui ne l’est pas puisque cela lui a permis de connaître les coulisses de la Presse. Bien entendu, les autres, tous les autres sont à leur tour décrits comme ceux qui, non contents de déranger, ne comprennent rien, étudiants comme universitaires, hommes politiques comme simples citoyens. Cette manière de morigéner tous et chacun culmine dans une formule qu’il est impossible de ne pas citer : «Dans chaque pays, les personnes capables de lire avec attention un livre, de le comprendre, de l’analyser, de le juger, de le critiquer, et capables elles-mêmes d’écrire sur ce livre un article argumenté, se comptent assez souvent sur les doigts d’une seule main». Qu’ajouter, sinon que l’auteur de ces lignes espère faire partie de la dite main ?

Plus sérieusement, la nouvelle édition présentée ici pourra permettre à une nouvelle vague de lecteurs de découvrir un demi-siècle de vie intellectuelle et politique par les yeux de l’un de ses infatigables acteurs et les incitera à se reporter ensuite aux principaux ouvrages de Jean-François Revel à qui pourrait s’appliquer la célèbre formule de Marguerite Yourcenar : «C’est avoir tort que d’avoir raison trop tôt».


Jean-Etienne Caire
( Mis en ligne le 21/02/2018 )
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