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Visions funèbres
Emil Cioran   Divagations
Gallimard - Arcades 2019 /  12,50 € - 81.88 ffr. / 144 pages
ISBN : 978-2-07-283448-6
FORMAT : 12,6 cm × 19,0 cm

Nicolas Cavaillès (Traducteur)
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Emil Cioran est le grand penseur moderne du désespoir. Auteur prolifique de fragments - Sur les cimes du désespoir (1932), Le Livre des leurres (1936), Des larmes et des saints (1937), Le Crépuscule des pensées (1938), Syllogismes de l’amertume (1952), Le Mauvais démiurge (1969), De l’inconvénient d’être né (1973), Aveux et Anathèmes (1987) -, il décrit l’existence comme une souffrance immense où la mort, le dépérissement, l’absurdité de vivre, l’ennui et le temps qui passe empêchent tout épanouissement, provoquant par conséquent un désespoir total. Vivre pour mourir est une absurdité insupportable, constat moteur d'une œuvre immense qui tente de décrire cet état d’attente et de douleur.

Cinq ans après Fenêtre sur le rien, Divagations, nouveau texte inédit de Cioran, probablement rédigé en 1949, soit cinq ans après le précédent, s'inscrit dans la continuité de la philosophie nihiliste de l'écrivain. Dernier texte de l'écrivain écrit en roumain, ce recueil aphoristique n'était pas destiné à la publication.

Pas de surprise sur le contenu : Cioran appuie nettement sa réflexion sur l'absence d'échéance, de solution, d'échappatoire qu'est l'existence humaine, marquée par la tristesse mais surtout par l'absurde et un non-sens total. Cet état qui accompagne l'être vivant est sans solution. C'est terrifiant car la mort l'attend au bout du chemin mais c'est aussi immanent car l'éternité priverait l'existence de son éclat. Ce qui frappe dans ce recueil, c'est la force qu'a l'écrivain de composer des sentences originales sur une dizaine de thèmes récurrents. Cela vaut ici mais également pour toute son œuvre aphoristique. Cioran, mélomane incontesté, a lui aussi excellé dans les variations sur un même thème.

"Après avoir cherché en vain dans les livres et chez les humains des solutions à nos questions, nous revenons aux objets. Ils nous donnent, eux, une réponse claire et profonde : celle du silence. Vous regardez un arbre, fasciné par son indifférence, par cette leçon d'indifférence : la démonstration verticale de l'absence de désir. Il ne veut pas être autre chose - tandis que l'homme ne vise qu'à cela. Et c'est plutôt l'air qui l'occupe, qu'il n'occupe l'air. Son "être" semble conscient de se réduire à une distraction que la terre s'offre à elle-même. Les saisons constituent son histoire, et ses racines n'introduisent pas dans sa sève le venin de la rébellion. Il est l'éternité d'acceptation - neutre devant la croissance des feuilles comme devant leur chute".

Outre sa radicalité légendaire et métaphorique, le philosophe, dont la sensibilité extrême ne lui permet pas de profiter d'une condition terrestre appréciable, forcément lacunaire, eu égard aux infirmités de l'existence (dépérissement, solitude, maladie, mort, néant), témoigne également d'un scepticisme concernant la modernité (sociale et technique), qui va dans la continuité de son jugement philosophique. Ce sont les deux aspects du philosophe à retenir ici : le théoricien déprimé du néant tout autant que l'observateur sceptique du vivant. Le gouffre est donc permanent. "L'homme a fait de l'activité un principe de destruction, plutôt que de création. Il a converti l'ardeur en une malédiction, le travail en un mal et la hâte en damnation. L'homme est une fourmi bestiale".

Encore une fois, cette œuvre, non destinée à la postérité, n'a peut-être pas été travaillée aussi précisément que d'autres textes devenus classiques. La cohérence et la logique sont parfois absentes du recueil. Il n'empêche, l'auteur des Syllogismes de l'amertume témoigne, une fois de plus, de quelques fulgurances inoubliables : "La vie est un accident... permanent - qui ne semble réel que par l'alternance continue de la monotonie et de l'horreur".


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 11/12/2019 )
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