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Introduction au Logos du monde esthétique
Jacques Garelli   Introduction au Logos du monde esthétique - de la Chôra platocienne au schématisme transcendantal et à l'expérience phénoménologique du monde
Beauchesne - Bibliothèque des archives de philosophie 2000 /  51.15 € - 335.03 ffr.
ISBN : 2701014123
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Dès 1966, dans La Gravitation poétique, la méditation philosophique et poétique de Jacques Garelli se déploie autour d’une idée majeure et fédératrice, celle de la pré-individualité A ce titre, son dernier ouvrage intitulé Introduction au Logos du monde esthétique, publié en octobre 2000 aux éditions Beauchesne, marque tout autant une continuité qu’une étape importante au sein de l’oeuvre. Jamais en effet le dialogue noué avec le père de la phénoménologie n’avait atteint un tel degré de radicalité, jamais les analyses des grands textes husserliens n’avaient révélé aussi clairement la proximité qui unit les deux penseurs, mais également les divergences profondes qui les opposent.

Une longue étude de la première partie d’Expérience et jugement permet à Jacques Garelli de mettre en évidence une dimension, selon lui essentielle, de la phénoménologie husserlienne trop souvent passée sous silence, ou du moins minimisée, au profit de son prolongement logico-eidétique incarné par la Wesenschau. A travers la notion de Weltthesis, Husserl souligne une dimension de monde primordiale, résolument pré-objective, précédant toute singularité. La fondation de l’objet, mais également du sujet, repose alors sur l’exercice d’une passivité originaire en prise sur un monde non encore objectivé, constitué de tensions irrésolues en instance d’individuation. L’Ineinander husserlien, qui sera repris par M.Merleau-Ponty en termes d’entrelacs et de chiasme, inscrit sujet et objet au sein d’un même horizon pré-individuel, berceau de toute singularité à venir. Pourtant, et c’est à ce niveau que se situe la rupture avec la phénoménologie garellienne, Husserl ne saura se résoudre à accorder au Lebenswelt un privilège face à l’activité réflexive, constituante et singularisante de l’Ego, seule en mesure de fonder l’objectivité fixe et immuable.

La recherche d’Essences éternelles, suspendue à l’action d’un Ego transcendantal représente-t-elle cependant la seule alternative de la phénoménologie ? La Weltthesis ne peut-elle engendrer d’autres parcours ? Voilà les questions essentielles soulevées par cette Introduction au Logos du monde esthétique, dans laquelle Jacques Garelli conteste vivement l’orientation idéaliste adoptée par Husserl, reprise et durcie par E.Fink dans la Sixième Méditation cartésienne. Cette contestation passe dès lors par une remise en cause radicale de l’intuition catégoriale, véritable garant de l’identité de l’objet. Il ne peut en effet y avoir intuition catégoriale que dans la mesure où sont pré-données les singularités sur lesquelles elle opère. Pour reprendre l’exemple choisi par Husserl, affirmer que "l’or est jaune", suppose une pré-connaissance des concepts d’or et de jaune. L’intuition catégoriale, à travers l’acte prédicatif, présuppose l’unité, or, c’est précisément cette unité préalable qui est remise en question.

Dès les Recherches logiques, Husserl évoquait un "parallélisme entre pensée et langage", dans sa quête d’objectivité, il sera conduit à valoriser la pensée prédicative, et à se prononcer en faveur d’une correspondance terme à terme entre grammaire et logique. Pour Jacques Garelli, cette position est absolument intenable, en ce qu’elle manque le lien originaire de l’homme au monde, lien à proprement parler anté-prédicatif. Le problème n’est donc pas de savoir s’il peut ou non y avoir adéquation entre le "syntactique" et le "syntaxique", en termes kantiens, Husserl se situe d’ores et déjà en régime déterminant, alors qu’il faut au contraire retrouver la dimension réfléchissante du penser.

Un examen approfondi des thèses linguistiques de Benveniste, associé à une relecture des première et troisième Critiques kantiennes, permet à Jacques Garelli de poser un irréductible excès du penser à l’égard de la logique, du réfléchissant face au déterminant. Sans prétendre aucunement identifier horizon de monde husserlien et théorie du jugement réfléchissant, l’auteur s’efforce toutefois d’en dégager les points de convergence. Ceux-ci se situent au niveau de la présence pathique du monde, qui, chez Kant, s’incarne dans l’activité pré-catégoriale de l’entendement pur dans son libre jeu avec l’imagination transcendantale. A cet égard, l’oeuvre d’art (dans son acception la plus large) revêt chez Jacques Garelli un statut tout à fait privilégié. Dans son déploiement temporalisant et "mondifiant" elle sécrète une "nostalgie" qui ramène l’homme à une dimension originaire d’être-au-monde, inconnue des approches structurelles ou symboliques. Les profondes analyses du Dulle Griet de Bruegel illustrent parfaitement cette dé-mesure de l’œuvre d’art, dé-mesure que Jacques Garelli exprime pleinement dans son oeuvre poétique. Au travers des individualités provisoires de l’oeuvre d’art, le regard éprouve toute la présence sourde du monde. C’est ce monde où nos certitudes les plus assurées perdent leurs assises, que nous invite à rejoindre cette Introduction au Logos du monde esthétique.


Jean-Pierre Carron
( Mis en ligne le 13/02/2001 )
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