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La France entre deux rives
Philippe de Villiers   Vous avez aimé les farines animales, vous adorerez l’euro
Albin Michel 2002 /  14 € - 91.7 ffr.
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Le titre du dernier essai du député vendéen a de quoi faire fuir le lecteur le mieux intentionné. Après avoir tourné les premières pages avec angoisse, on s’aperçoit rapidement que l’on ne tient pas entre les mains un brûlot hâtivement construit autour de quelques slogans réducteurs et saillies grinçantes. Au contraire, force est de constater que l’adversaire acharné de « l’Europe de Maastricht » qu’est Philippe de Villiers nous propose une théorie bien construite et relativement pointue sur les enjeux que la monnaie unique fait aujourd’hui surgir en France. Ses conclusions sont évidemment attendues : l’euro est éminemment nocif pour la France, pour sa santé économique, pour son identité et pour son indépendance ; il est donc urgent de l’abandonner et de jouir à nouveau de la souveraineté monétaire. Beaucoup plus intéressante est sa démonstration.

Le cœur de cet ouvrage s’articule autour de l’idée que la situation monétaire actuelle est nécessairement instable et que l’alternative à laquelle est confrontée la France est soit un retour à la souveraineté nationale, soit un abandon complet de souveraineté au profit d’un système « eurofédéraliste ». Philippe de Villiers fonde son point de vue sur la théorie issue de l’économie classique qui affirme qu’une monnaie ne peut jouer pleinement son rôle qu’au sein d’une « zone économique optimale ». Pour être optimale, une zone monétaire (l’Euroland en l’occurrence) doit remplir une des deux conditions suivantes : soit une parfaite mobilité du travail, soit une grande flexibilité des prix et des salaires (théories de Mundell – 1961).

Partant de cette théorie, largement répandue aujourd’hui, Philippe de Villiers en déduit que le fonctionnement de l’Euroland, sans intégration politique, est voué à l’échec dans la mesure où les différences culturelles s’opposent encore largement à une parfaite mobilité des travailleurs. Ces mêmes différences empêcheront les salariés de BMW d’accepter une diminution de leurs salaires pour compenser une tension affectant le marché du colza au Portugal (choc asymétrique) en raison de l’absence de solidarités séculaires. Enfin les principes fondateurs de la banque centrale européenne ne permettront pas de compenser ces chocs par une certaine tolérance en matière d’inflation.

Philippe de Villiers estime que l’impasse prévisible à laquelle conduit l’euro, repose sur une ambiguïté fondamentale (un mensonge pour l’auteur) : celle de faire croire aux peuples européens que le traité de Maastricht est en mesure de s’accommoder d’une certaine indépendance des nations. Ne disposant plus de l’instrument monétaire, les états sont désormais incapables de faire face aux chocs affectant leurs économies en jouant sur les taux d’intérêt ou les taux de change. Adoptant un point de vue keynésien, Philippe de Villiers rappelle également que le dogme de la stabilité monétaire qui prévaut aujourd’hui à Francfort contraint par ailleurs la politique budgétaire et empêche toute tentative de relance par la consommation en raison des tensions inflationnistes inhérentes à ce type de politique économique. Les seuls facteurs qui s’adapteront aux tensions cycliques seront donc les fondamentaux locaux (nationaux ?) comme l’emploi, la consommation ou l’investissement.

Ne rejetant pas le principe d’une monnaie commune, Philippe de Villiers estime urgent aujourd’hui le retour aux monnaies nationales, instruments de prospérité dans des cadres historiques et culturels cohérents. Sinon, estime-t-il, l’euro conduira les nations à l’intégration fédéraliste à marche forcée, au détriment des identités et du politique. Car s’il est un phénomène radicalement nouveau que redoute Philippe de Villiers, c’est bien celle de la disparition pure et simple du politique. Alors qu’en vue des présidentielles, l’agenda médiatique s’est emparé de façon outrancière de la question de l’insécurité pour occuper les plateaux, ce livre vient à point nommer pour relancer un débat essentiel pour l’avenir.


Guillaume Zeller
( Mis en ligne le 14/01/2002 )
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