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L’histoire de la paléontologie à travers un de ses sujets d’études les mieux connus, le mammouth.
Claudine Cohen   Le Destin du mammouth
Seuil - Points sciences 2004 /  11 € - 72.05 ffr. / 424 pages
ISBN : 2-02-062983-6
FORMAT : 11x18 cm

Edition revue et augmentée.

L’auteur du compte rendu : autodidacte formé à la préhistoire, notamment le Néolithique du sud-est de la France, Yvon Luneau a travaillé sur plusieurs chantiers archéologiques dans la Drôme et l’Ardèche avec Marie Hélène Moncel, de l’Institut de Paléontologie Humaine de Paris. Il poursuit actuellement une campagne de prospection de surface sur la Valdaine (26), en relation avec le Centre d’Archéologie Préhistorique de Valence, M. Beeching, archélogue (CNRS) et M. Brochier, archéo-géologue.

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"Ceci n’est pas un livre sur les mammouths", telle est la première phrase d’introduction de la réédition, mise à jour et augmentée, du livre de Claudine Cohen, spécialiste des sciences de la vie et de la terre.
La paléontologie étudie et reconstitue les espèces animales disparues en questionnant les restes fossiles présents dans les strates géologiques ; son objectif est la connaissance de l’histoire de la terre, de l’origine et du devenir de la vie. Au cours de son existence, la paléontologie nous a proposé plusieurs scénarios pour cette histoire. Autant d’hypothèses, d’interprétations qui, en plus d’être soumises à des facteurs biologiques, géologiques et écologiques, sont le produit du cadre culturel du moment, notamment celui de la chrétienté et sa vision créationniste du monde telle qu’on peut la lire dans l’Ancien Testament.
L’auteur retrace en fait l’histoire de la paléontologie, depuis ses origines, à travers l’évolution des connaissances portant sur un genre animal particulier, les proboscidiens, et son représentant fossile le plus emblématique : le mammouth.

Pourquoi privilégier le mammouth ? En plus de la passion qu’elle voue à cet animal, l’auteur le choisit pour deux raisons. D’abord, l’imaginaire contemporain en fait l’animal symbole de la préhistoire. Surtout, c’est l’animal disparu le mieux connu, dont les restes, découverts depuis plusieurs siècles, ont suscité de nombreuses interrogations et interprétations chez les savants, les religieux, au cours de notre histoire.
Tel un éléphant en peluche, géant débonnaire à la force tranquille, le mammouth est, avec les dinosaures, l’un des animaux emblématique des idées reçues sur la préhistoire. Avec Rahan, la Guerre du feu, les illustrations de Burian et plus récemment l’Âge de glace, le mammouth occupe une place privilégiée dans notre imaginaire, symbole des ères glaciaires, contemporain de nos ancêtres qui l’ont souvent représenté sur les parois des cavernes et dans leur art mobilier. Sa disparition récente pose le problème du devenir des espèces. Le mammouth est tellement connu du grand public qu’il a même servi de métaphore à un ministre pour exprimer la lourdeur du système éducatif français !

C’est aussi le meilleur fil conducteur dans les méandres de l’histoire de la paléontologie. La quantité et la qualité des restes découverts au cours des siècles, notamment les spécimens retrouvés gelés dans le permafrost sibérien, en ont fait un sujet d’étude incontournable pour tous les scientifiques. L’auteur cite avec précision les découvertes et analyse les réflexions qu’elles ont suscitées à nos ancêtres. Devant les os et les molaires gigantesques, les hommes étaient perplexes, leurs premières explications s’établissaient à travers le prisme de leurs croyances religieuses. Pour les Grecs, ce furent des os de cyclopes, des géants antédiluviens pour les chrétiens, notamment pour Saint Augustin qui leur donne un statut de reliques, accréditant les paroles de l’Ancien Testament. A la fin du Moyen-Âge, leurs défenses sont prises pour des cornes de licornes qui alimentent un commerce florissant en Europe. Ou bien se furent pour les hommes du Moyen-Âge, des «jeux de la nature», qui aurait recopié des espèces vivantes dans la pierre, une interprétation commode pour expliquer tous les fossiles. Ça n’est qu’au début du XVIIe siècle que Riolan, un des premiers anatomistes, envisage qu’il puisse s’agir d’éléphants. En Sibérie, où «apparaît» le mammouth, les populations locales, en découvrant de nombreux ossements et même des spécimens gelés, sont convaincues d’avoir affaire à des taupes géantes qui meurent à l’air libre. Un commerce de l’ivoire existe déjà depuis longtemps mais, prenant des proportions importantes au cours du XVIIIe siècle, il permet à la science de démontrer que ce sont des éléphants. Toutefois, comme il faut une explication recevable pour une époque où s’affirment les valeurs chrétiennes, on y voit des ossements charriés par le Déluge. Puis, on en découvrit en Amérique du Nord et l’abondance de restes permit à de prestigieux scientifiques de construire des interprétations plus satisfaisantes et, grâce à Cuvier en 1822, de créer une nouvelle science : la paléontologie. Plusieurs espèces furent discernées en fonction de la dentition, mammouth, éléphant, mastodonte. Parallèlement, se pose la question de l’ancienneté de l’homme, dont on trouve des artefacts aux côtés d’os d’espèces disparues. C’est Boucher de Perthes qui, en 1842, fait la preuve de la contemporanéité de l’homme et du mammouth en découvrant une mâchoire accompagnée d’un biface.
La paléontologie suit alors son cours, au gré des découvertes et des progrès technologiques, en s’émancipant du créationnisme. Nous en sommes aujourd’hui à l’analyse des gènes du mammouth, au point que certains envisagent de cloner un mammouth comme on a cloné la brebis Dolly.

Dans cet ouvrage, le lecteur trouvera peu de renseignements sur le mammouth lui-même. En ce qui concerne la mise en page, il aurait été préférable de mettre les notes, nombreuses et enrichissantes, en bas de pages plutôt qu’en fin d’ouvrage, ce qui n’en rend pas toujours la consultation aisée ; on notera aussi la faute de frappe sur la tranche du livre.
Ce livre de qualité éclaire le lecteur sur l’évolution de cette science qu’est la paléontologie, des os de géants au clonage du mammouth, d’une vision chrétienne à l’analyse génétique. L’auteur a le mérite de montrer les problématiques auxquelles étaient confrontés les premiers scientifiques, pris entre leurs observations et le cadre imposé par le christianisme.
Dans cet ouvrage, l’auteur reconstitue pour le lecteur, tout le cheminement intellectuel qui mène les scientifiques à la compréhension du passé et du devenir des espèces.


Yvon Luneau
( Mis en ligne le 16/06/2004 )
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