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Auschwitz, l’album, la mémoire
avec Alain Jaubert
Editions Montparnasse 2005 /  20  € - 131 ffr.
Durée film 154 mn.
Classification : Tous publics

Sortie Cinéma : 1984

Le DVD fait l'objet d'un avertissement sur le documentaire Les camps de concentration nazis

Version : DVD 5 / Zone 2
Format image : 4/3, Noir & Blanc
Format audio : Français, Mono

Bonus :
Les camps de concentration nazis (58 min)
Auschwitz, faits et chiffres, par Annette Wieviorka, historienne (30 min)
Entretien avec Alain Jaubert par Sylvie Lindeperg, historienne (24 min)

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En cette année de commémoration de l’ouverture des camps nazis, la production éditoriale est au rendez-vous. Plusieurs ouvrages importants sortent actuellement sur la « Solution finale », apportant des mises à jour historiographiques importantes sur la question. La Solution finale de la question juive. La technique, le temps et les catégories de la décision de Florent Brayard (Fayard, novembre 2004) est l’un des titres à retenir et à consulter, même si des plus austères dans son analyse serrée des processus de décision et de mise en application de ce que Raul Hilberg dénomme la destruction des Juifs d’Europe. Citons encore, d’Annette Wieviorka, historienne reconnue de la question – et intervenant d’ailleurs dans le présent DVD, Auschwitz. Les nazis et la « solution finale » (Tallandier, janvier 2005) et Auschwitz. 60 ans après (Robert Laffont, janvier 2005).

Ces analyses sont absolument nécessaires à l’édification et au renforcement d’une mémoire collective sur l’horreur destructrice qui marqua l’Europe du premier XXe siècle. Non pas qu’il faille se faire trop d’illusions sur les leçons que la connaissance de l’histoire puisse nous apprendre, mais pour que cela aide du moins à ce que l’oubli et le mensonge n’empêchent pas leur fragile pédagogie, de même qu’une vision biaisée, tantôt angélique, tantôt « diabolisante », d’une réalité somme toute humaine… Car la mémoire à conserver et enrichir ici confronte le souvenir du témoin, la preuve à questionner des images et des faits, la rigueur de l’historien, l’opposition du négationniste, l’émotion de tout un chacun, dans un jeu de miroirs complexe.

Auschwitz est la métonymie par excellence de l’horreur concentrationnaire nazie, parce que ce fut le camp le plus destructeur (plus d’un million de victimes) et le plus européen. En ce nœud ferroviaire convergèrent en effet des prisonniers des quatre coins de l’Europe. Le film d’Alain Jaubert rappelle que toute la communauté juive de Corfou y fut anéantie, tout comme 400 000 hongrois.

On ne peut donc que remercier les éditions Montparnasse de proposer la réunion de sources documentaires rares et précieuses sur les camps nazis : le film d’Alain Jaubert, d’abord, qui, en 1984, évoquait cet étrange album de photographies, retrouvé par une rescapée d’Auschwitz. Lily Jacob, jeune hongroise arrivée avec toute sa famille au camp au printemps 1944, n’en sera que la seule survivante un an plus tard. Transférée à Dora-Nordhausen durant la débâcle, elle y fait la découverte d’un album refermant autour de 200 photographies, prises un an plus tôt par un photographe SS, où elle reconnaîtra les siens. Ce n’est que trente ans plus tard que Serge Klarsfled la convaincra de déposer l’album au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

C’est là le seul document que l’on ait sur la vie dans les camps. On ignore dans quel but ces photos ont été prises : rassurer la Croix Rouge sur les conditions de détention ? Communication interne ? Le fait est que les clichés montrent une population qui diffère de l’image que l’on retient : ce ne sont pas – encore – ces corps squelettiques mais des femmes, des enfants et des hommes arrivant par train (on remarque un écriteau « SNCF » sur l’un des wagons…), triés à l’arrivée, des colonnes partant, hors du camp lui-même, vers une direction apparemment inconnue, aujourd’hui connue de tous… Les personnes – qu’un travail minutieux depuis des années tente d’identifier – ne sourient pas ; certaines se cachent, mais l’on ne devine encore guère l’horreur de leur destinée assurée. Tout est donc dans le non-dit de ces photographies – pourtant classées dans un ordre chrono-logique : arrivée, sélection, tri, dépouillement, tonte et rasage…

Ce qu’Alain Jaubert parvient habilement à faire avec cette matière dont la vérité profonde se perd dans le grain photographique, est de la mettre en relief par les témoignages de quatre survivantes du camp. A partir de détails, d’arrières plans aujourd’hui plein de sens (les cheminées des crématoires), elles reconstruisent une mémoire riche tant en informations qu’en émotions. D’autres voix off citent des textes fameux sur l’univers concentrationnaire et développent une réflexion sur l’image, ce qu’elle dit, ce qu’elle cache… Un entretien du réalisateur par l’historienne Sylvie Lindeperg, explicite cette maïeutique des images.

A ce document du « pendant » répond un document de l’« après », révélateur du drame sourdement tu, même si esquissé malgré le photographe, dans les clichés précédents. Le film réalisé par l’armée américaine à la découverte des camps en 1945, montre, lieu après lieu, l’horreur dans toute sa crudité : les tas de corps, les fosses communes, les fours crématoires et les chambres à gaz, les instruments de torture, les expériences médicales… On est prévenu sur le DVD de la dureté des images, tout en étant fortement invité à les affronter, bien évidemment. Car chacun porte sans doute en soi un négationnisme du cœur, ce refus spontané et angélique que de pareilles atrocités aient pu être commises, qui multiplia sans doute les déclarations officielles des réalisateurs et témoins militaires, préalables au film, avérant par les mots et leur signature la vérité des images, comme si celle-ci ne suffisait pas.

Un entretien avec l’historienne Annette Wieviorka complète l’ensemble. Un DVD à voir absolument.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 07/02/2005 )
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