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Je te filme pour te dire…
avec Chris Marker,  Collectif
Editions Montparnasse - Le geste cinématographique 2006 /  45  € - 294.75 ffr.
Durée DVD 334 mn.
Classification : Tous publics

Version : française, DVD 9 Zone 2, PAL
Format vidéo : Couleur, N&B
Format image : 4/3
Format audio : Dolby Digital, Mono

DVD 1 : Besançon (152 min)
- A bientôt, j’espère (Chris Marker et Mario Merret)
- La Charnière (son seul)
- Classe de lutte (1969)
- Rhodia 4/8 (1969)
- Nouvelle Société 5, « Kelton » (1969)
- Nouvelle Société 6, « Biscuiterie Buhler » (1969)
- Nouvelle Société 7, « Augé découpage » (1969)
- Lettre à mon ami Pol Cèbe (Michel Desrois, 1970)
- Le traîneau-échelle (Jean-Piette Thiébaud, 1971)

DVD 2 : Sochaux (182 min)
- Sochaux 11 juin 1968 (1970)
- Les trois-quarts de la vie (1971)
- Week-end à Sochaux (1971)
- Avec le sang des autres (Bruno Muel, 1974)
- Septembre chilien (Bruno Muel et Théo Robichet, 1973)

Complément : Livre de 62 pages sur les Groupes Medvedkine, établi par l’équipe d’ISKRA.

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Medvedkine, cinéaste soviétique, sillonna la Russie au début des années trente pour y filmer les paysans et les ouvriers. Ayant mis au point un "ciné-train", un studio de montage dans un wagon, il pouvait, quelques heures seulement après le tournage, montrer aux gens ce qu'il avait filmé d'eux.

Entre 1967 et 1974, à Besançon et à Sochaux, des cinéastes militants rencontrent des militants ouvriers. Cette rencontre est assez spécifique puisque ces cinéastes ne sont pas simplement venus filmer des ouvriers sur leur lieu de travail, dans leurs luttes ou dans leur vie quotidienne… De même, ces ouvriers ne se contentent pas de répondre aux questions ou sollicitations des réalisateurs. Le projet ne serait que cela, il serait déjà justifié. Mais l'intérêt des films des groupes Medvedkine est plus large : ils sont le résultat d'une véritable collaboration où des gens de métier (comme le réalisateur Chris Marker notamment) collaborent avec des ouvriers pour concevoir et réaliser des films ensemble. Ainsi les mises en scène, les entretiens ou les documents pris sur le vif se succèdent pour peu à peu rendre compte de la condition ouvrière des années 1960-1970 ; et ce à travers leurs propres regards et leurs propres mots. "Je te filme, pour te dire", lance l'un des protagonistes de Lettre à mon ami Pol Cèbe (Pol Cèbe fut un animateur inlassable de ces groupes Medvedkine) dans un tutoiement qui semble s'adresser à l'ensemble de la classe ouvrière.

Les bassins de Besançon et de Sochaux sont largement dominés à l'époque par deux entreprises, respectivement, Rhodiaceta (branche textile de Rhône-Poulenc) et Peugeot. Ces deux entreprises sont le véritable cadre de vie de quelques 200 ouvriers pour la Rhodia, plusieurs milliers pour Peugeot. Toute la vie y est engagée. Le rythme de vie, imposé par le rythme de la production, épuise, complique les rapports au sein des couples, empêche de s'occuper correctement de ses enfants, interdit bon nombre d'activité culturelles. Comme le souligne un protagoniste, "lorsqu'il y a un déséquilibre dans le travail, c'est le déséquilibre de toute la vie" (in A bientôt, j'espère, 1967-1968). Dans le cas de Sochaux, rien de cette vie ouvrière ne semble échapper à Peugeot. Un ouvrier évoque rapidement sa vie : sorti de l'école Peugeot, il y travaille depuis plus de dix ans, il habite dans des logements Peugeot, fait ses courses à Ravi (centre commercial détenu à près de 80 % par Peugeot)… Son père, ancien de chez Peugeot, fut inhumé dans un cercueil Peugeot. Entre le paiement des loyers et les factures du supermarché, nombreux sont ceux qui ont l'impression de restituer leur paye à leur employeur. Les conflits du travail sont bien évidemment l'occasion pour tous ces ouvriers de comprendre leur situation et de réfléchir sur leurs conditions d'existence ; occasion aussi d'élaborer leurs revendications et leurs rêves. Ainsi, un ouvrier souligne que, selon lui, l'acquis de la grève de 1967 à Rhodia était moins les 4% d'augmentation de salaire que "l'expérience de la collectivité". Car durant le conflit on se parle, on se solidarise, on affirme sa dignité.

Les phrases et les regards, pas toujours assurés, laissent percevoir les désillusions, les difficultés du quotidien, le manque d'espoir. "Le bonheur, on n'y croit plus", dit une jeune femme de moins de trente ans, d'autant plus désorientée qu'elle avait fuit sa famille pour avoir une "autre vie". On prend alors le temps de vérifier que la classe ouvrière n'est pas une notion abstraite. On comprend alors ce qu'un geste apparemment simple, comme prendre la parole devant une entreprise et expliquer la nécessaire solidarité entre tous les ouvriers, suppose d'énergie et de conviction. Ainsi de Suzanne Zedet qui, timide au début, prend la parole au milieu de ses collègues et devient une militante sensible et déterminée. Elle sait ce qui lui en coûte (elle perdra un tiers de son salaire) mais sait aussi qu'une vie ne peut se résumer à tenir son poste de travail.

Les revendications culturelles ne sont pas absentes. Elles sont exprimées par des jeunes hommes et femmes qui savent mieux qu'ils ne le pensent dire ce qu'est leur condition. Ainsi, le très beau et terrible texte de Christian Corouge qui décrit la transformation de ses mains dont il perd peu à peu la sensibilité et l'usage. "Ce qui est dur en fin de compte, c'est d'avoir un métier dans les mains. […] Au bout de cinq ans je ne peux plus me servir de mes mains. […] T'as du mal à écrire, j'ai du mal à écrire, j'ai de plus en plus de mal à m'exprimer. Ca aussi c'est la chaîne…" (Avec le sang des autres, réalisé par Bruno Muel, 1975).

A l'heure où l'on revient laborieusement du mythe de la disparition de la classe ouvrière, ces films rassemblés par les éditions Montparnasse apparaissent comme des documents d'une très grande richesse.


Guy Dreux
( Mis en ligne le 21/02/2006 )
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