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''Cela existera toujours mais agriculteur cela ne servira plus à rien''
avec Raymond Depardon
Arte Vidéo 2009 /  19,99  € - 130.93 ffr.
Durée film 85 mn.
Classification : Tous publics

Sortie Cinéma, Pays : France, 2008
Sortie DVD : 6 Mai 2009

Version : 1 DVD-9, Zone 2
Format vidéo : PAL, Format 2.35
Format image : Couleurs, 16/9 compatible 4/3
Format audio : Français
Sous-titres : Aucun


Bonus :
- Paul Lacombe, Court-métrage de Claudine Nougaret (1986)

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En voyant les premières images de La Vie Moderne, cette route, on ne peut que penser à Errances ou à La Solitude heureuse du voyageur deux des nombreux ouvrages du photographe-réalisateur.

Mais il serait facile et dangereux de regarder le film uniquement à travers le prisme photographique. Dangereux essentiellement pour des raisons d’impartialité mais aussi parce qu’il est évident que l’on passerait à côté du film. On doit se méfier des a priori - qu'ils soient positifs ou pas – que l'on peut avoir sur l’artiste. Pour peu que l’on apprécie la photographie, cela devient un exercice extrêmement difficile lorsqu’il s’agit de Raymond Depardon, sorte de synthèse d’Henri Cartier-Bresson, Robert Franck et René Burri.

Le plus simple réside sans doute dans le fait que le photographe se nourrit du réalisateur et inversement. La longue carrière de cinéaste, qu'il s'agisse de ses documentaires, comme ici, ou de films de fiction, permet aussi de se détacher du photographe même si l'on peut retrouver dans un plan fixe ou un portrait cette base photographique. La différence principale réside dans le fait que, par définition, le photographe saisit un instant alors que le cinéaste peut prendre son temps. On s’attarde sur un paysage, sur un homme, d'une façon un peu langoureuse. C’est particulièrement vrai avec La Vie moderne.

Dès les premières images, on reconnaît avec plaisir les plateaux ardéchois. Ils sont à la fois calmes, accueillants et mélancoliques. Des routes pointant vers nulle part, vers un ailleurs intérieur. Elles nous mènent, souvent au bout d'un chemin, à des fermes que l’on devine isolées.

Un beau soir d’été. Depardon rend visite à des connaissances, des paysans qu’il filme pour la troisième fois. Évidence de la complicité, par l’accueil qui lui est fait, pas celui réservé à une vedette ou à un notable mais plutôt la marque d'une connivence qui, on le sent, fut sans doute longue à tisser. On ne rentre pas si facilement dans cette intimité paysanne. Ici, on est presque en famille. Les conversations sont simples ; on prend des nouvelles. Sans manières, elles permettent de comprendre la dureté de ce métier de paysan, un véritable sacerdoce. Les frères Privat l’illustrent à merveille. Marcel, l’aîné, du haut de ses 88 ans, accompagne encore son troupeau de moutons dans les prés environnants. Raymond, 83 ans, s’occupe quant à lui des vaches. Deux vieux garçons avec ce que cela suppose d’habitudes sédimentées.

La nouveauté réside dans l’arrivée de Cécile, la femme d’Alain, le neveu des Privat, qui a repris la ferme. Rencontrée grâce à une petite annonce, elle vient du Pas-de-Calais, accompagnée de sa fille. Le courant, c'est palpable, passe plus ou moins bien avec les oncles. Entre autorité naturelle effritée et des habitudes pas vraiment inscrites dans la modernité, une forme de conflit de génération s’affiche. De cette intimité, de ces échanges faussement anodins, sourd une idée générale sur la fin d’un monde, tout du moins un monde en sursis.

Les autres témoins rencontrés permettent d’affiner ces contours, de les préciser. Paul Angot, un indien avare de mots. A son jeune fils qui veut devenir paysan comme son père, Amandine la maman répond de manière définitive : «Cela existera toujours mais agriculteur cela ne servira plus à rien». Cette phrase à elle seule résume assez bien le film. Elle exprime aussi sans doute pourquoi Raymond Depardon a choisi de faire ce travail de longue haleine. Un travail qui lui permet aussi de replonger dans ses racines paysannes.

La Vie moderne est le troisième et dernier chapitre de la trilogie Profils paysans, commencée il y a près de 10 ans. La proximité est évidente entre l’auteur et les paysans. Ce qui lui permet d’obtenir de taiseux qu'ils s’expriment avec franchise et sans fard sur leur métier, sur leur avenir, sur une fin qui semble plus ou moins inéluctable. Ce ne sont pas les jeunes qui tentent de s’installer ici avec difficulté ou ceux qui se retrouvent là un peu par défaut, le cadet d'une famille qui n’a pas pu échapper à un héritage indésiré, qui semblent pouvoir inverser le cours de cette histoire, qui est aussi la nôtre. La mélancolie, ici, domine. Mais, que l'on soit gars des villes ou gars des champs, on comprendra ce que ces paysans vivent ; ils nous touchent par leur sincérité, leur simplicité, évidentes. On assiste aussi impuissant que Raymond Privat à la paralysie fatale de l’une de ses vaches, symbole de cette inéluctabilité d’un monde qui passe.

Paul Lacombe, le court-métrage qui nous est proposé en bonus, est un vrai cadeau. Réalisé en 1986 par Claudine Nougaret, qui est aussi productrice et ingénieur du son sur tous les films de Depardon, le film s’attarde sur l’histoire d’un village aveyronnais. Paul Lacombe livre sa mémoire du village dans lequel il a vécu toute sa vie dans une position centrale, enviée et jalousée. Aubergiste, il fut le premier à avoir la radio, la télé, une machine à laver… Sympathique et attachant, il est gentiment étonnant. Il porte un regard fin et lucide sur ses congénères. On rêve de pouvoir parcourir les milliers de pages pleines de secrets de cette histoire qu’il a écrite. Un bon complément à La Vie moderne.


Judicael Tracoulat
( Mis en ligne le 29/05/2009 )
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