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Le nouveau Darwin des sciences humaines
avec Pierre-André Boutang
Montparnasse 2006 /  19.99  € - 130.93 ffr.
Durée film 173 mn.
Classification : Tous publics

Version : DVD 9/Zone 2
Format vidéo : 4/3 (couleurs)
Format audio : Français (Stéréo Dolby Digital)

Bonus : sans

L’auteur du compte rendu : Benoît Pupier, est également membre du collectif Cineades (http://www.cineades.com)

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Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux


«D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ? Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons.»

Ainsi s’ouvre l’hommage de Michel Serres à René Girard lors de son entrée à l’Académie française, le 15 décembre 2005. Né en 1923, historien des lettres, anthropologue, marginal dans le système universitaire français, René Girard fait sa carrière aux Etats-Unis et invente la théorie dite mimétique, intuition, construction, démonstration pour repenser l’anthropologie à travers la violence et le sacré, et toucher à l’universel.

Dans cette série d’entretiens avec Pierre-André Boutang et Benoît Chantre, René Girard revient avec vivacité sur sa vie - enfance en Avignon, formation à l’École des Chartes, Paris sous l’occupation, voyage et installation aux Etats-Unis -, sur sa carrière, sur la publication de ses livres, les réactions, le processus d’élaboration de sa pensée. Il évoque les différents thèmes qu’il ne cesse d’interroger : mimétisme, violence, statut social du religieux, science et religion, origine de la culture, phénomène du bouc émissaire, violence collective, critique du freudisme, sens des mythes, spécificité du christianisme, universalisme.

Désir mimétique, donc. René Girard inaugure son œuvre en 1961, avec Mensonge romantique et vérité romanesque, analyse du roman moderne (Stendhal, Flaubert, Proust, Dostoïevski…). Je désire ce que l’autre désire. Entre le sujet et l’objet, cet autre, pour Girard, est médiateur. Il y a médiation externe quand le modèle est socialement inatteignable, ou hors le monde réel. La médiation est interne quand le médiateur est réel. Celui-ci est obstacle et rival pour l’appropriation de l’objet dont la valeur augmente au fur et à mesure que la rivalité augmente ! Girard revient ici sur une interprétation du Livre de la jungle de son enfance ou sur les aventures de Don Quichotte, pour définir le désir triangulaire.

Dans La Violence et le sacré, en 1972, Girard remonte aux origines de la culture et du social, il puise dans la littérature ethnologique, relit les tragiques grecs, critique Freud et Lévi-Strauss, pour exposer sa vision du rôle fondamental de la violence fondatrice et de la victime émissaire : une violence touche un groupe qui risque l’autodestruction, une victime arbitraire est désignée et fait l’unanimité contre elle. La violence est purgée, la victime paraît à l’origine du conflit, mais devient aussi sacrée car elle sauve le groupe. Et Girard de penser le sacrifice comme précédant le langage, comme premier symbole.

Dans ses ouvrages suivants et jusqu’à aujourd’hui, René Girard affine sa pensée, en explique les implications. A partir de Des choses cachées depuis la fondation du monde (1978), il ouvre sa pensée à une lecture des Évangiles comme une science de l’homme. La Passion du Christ, victime Dieu, lynché par la foule, révèle pour Girard l’innocence de la victime et expose la vérité de la violence.

Dans cette série d’entretiens, René Girard retrace donc les grandes étapes de sa pensée, évoque le colloque de 1966 aux Etats-Unis avec Lacan et Derrida, attaque les philosophies de la déconstruction pour leur absence de «réel», revient sur l’«infamie» de 1968, s’arrête sur la pensée de Raymond Aron, définit «la bonne transcendance», explique pourquoi notre civilisation échappe à la théorie mimétique depuis 2000 ans, réagit au discours actuel sur le religieux, évoque l’étape du passage à la justice dans le développement de la culture, définit son rapport au Vatican, suggère que «l’avenir du christianisme est la réalit黅 Bref, c’est une pensée vive, aiguisée, profonde, rebelle, apocalyptique, sûre d’elle-même, qui se donne à voir et à entendre pendant trois heures dans ce DVD, et qui titille les papilles de l’esprit !

Pour entrer plus en profondeur dans la pensée de celui que Michel Serres appelle le «nouveau Darwin des sciences humaines», on pourra lire, sorti en 2004 chez Desclée de Brouwer, Les Origines de la culture, autobiographie intellectuelle où René Girard reformule inlassablement ses thèses et revient sur l’idée contemporaine, mise en avant depuis le 11 septembre 2001, d’un «retour du religieux».


Benoît Pupier
( Mis en ligne le 12/10/2006 )
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