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Gloria in excelsis
avec Pedro Almodovar, Carmen Maura, Ángel de Andrés López, Chus Lampreave, Verónica Forqué
TF1 Vidéo 2005 /  49.99  € - 327.43 ffr.
Durée film 96 mn.
Classification : Tous publics

Ce coffret comprend sept autres films du même réalisateur : Dans les ténèbres, Femmes au bord de la crise de nerfs, La loi du désir, Talons aiguilles, Kika, La fleur de mon secret, En chair et en os

Sortie Cinéma, Pays : 1984, Espagne
Titre original : Qué he hecho para merecer esto !

Version : 8 DVD/Zone 2
Format vidéo : 16/3 compatible 4/3
Format image : 1.85 (couleurs)
Format audio : Espagnol (Stéréo 2.0)
Sous-titres : Français

Bonus :
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Qu’a fait Gloria pour mériter la vie qu’elle endure ? Comment supporte-t-elle son travail harrassant de femme de ménage, son mari machiste qui la néglige et ses deux fils adolescents un peu voyous dont l’aîné deale de la drogue tandis que le cadet s’adonne à la prostitution auprès de clients d’âges mûrs ? Pour affronter la triste réalité de son quotidien Gloria se shoote aux amphétamines et aux antidépresseurs, et trouve un peu de réconfort auprès de sa voisine Crίstal, une prostituée fantasque ouverte à toutes les pratiques même sadomasochistes.

Dans un grand ensemble du quartier de la Concepción (1), dessiné par l’architecte Banús avec l’aval enthousiaste de Franco, se croisent des personnalités bigarrées et s’entasse dans un petit appartement cette famille en apparence traditionnelle mais en réalité totalement désaxée. Chacun rêve comme Gloria de s’évader de la sinistre banlieue madrilène située près du périphérique : Antonio, son mari volage, à son ancienne maîtresse vivant en Allemagne ; la abuela (la grand-mère) de retourner dans son village natal et Crίstal de devenir actrice à Hollywood. Seuls les fils, plus pragmatiques, ont compris comment survivre dans cette jungle urbaine et se procurer facilement de l’argent afin de fuir un jour cette cité-dortoir. Lors d’une interview accordée en 2000, Pedro Almodóvar disait vouloir remplacer « la plupart des codes du mélodrame par l'humour noir. Il n'est donc pas étrange que les spectateurs ressentent d'abord le film comme une comédie, mais évidemment il s'agit d'une histoire très dramatique et très pathétique. L'humour est l'arme des Espagnols contre ce qui les fait souffrir, contre ce qui les inquiète, contre la mort. » La tragédie n’est jamais donc loin de la comédie et le cinéaste mélange avec brio les deux genres en y ajoutant sa patte : une bonne dose de souffre et de kitsch.

Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, quatrième long métrage du chantre de la movida madrileña, fut tourné durant l’âge d’or de ce mouvement (entre 1980 et 1986) au début de sa reconnaissance publique et internationale. Cette explosion spontanée d’une création interdisciplinaire (musique, mode, arts plastiques et cinéma) est née dans le Madrid effervescent de l’après-dictature (2), inscrivant l’Espagne dans la modernité tout en la libérant de la chape de plomb des années de dictature franquiste. Cette époque marque le renouveau du cinéma ibérique en succédant à l’œuvre empreinte de morosité et de morbidité de réalisateurs, au demeurant talentueux, tels que Victor Erice et Carlos Saura. Les films de Pedro Almodóvar expriment ce retour à la liberté, cette volonté de faire bouger les mentalités en versant dans la démesure et l’outrance en s’inspirant de la contre-culture anglo-saxone des années 1960, ce qui lui valu le surnom de « Warhol de la Mancha ». L’adage de la movida, Vivir a tope (vivre à fond), témoigne d’un esprit hédoniste, d’un goût pour l’éphémère, la frivolité et les excès, ainsi que d’un refus des idéologies notamment dans une rupture avec l’ère franquiste. La movida a cependant également participé au consensus social de mutisme à l’égard du passé et lorsque Pedro Almodóvar y fait allusion, c’est de manière ironique et détournée, façon d’exorciser une histoire douloureuse. Ici, la seule référence aux années sombres des dictatures totalitaires européennes se greffe de façon incongrue et abracadabrante lorsqu’un couple d’écrivains, sans scrupules et en mal d’inspiration, contacte Antonio pour ses qualités de faussaire afin de fabriquer des faux documents signés de la main d’Hitler. Pedro Almodóvar s’est ici inspiré de la réelle escroquerie des faux carnets d’Hitler achetés et publiés par le magazine allemand Stern en 1983, puis par Paris-Match en France, avant que la supercherie ne soit découverte.

Les clins d’œil du cinéaste sont, en effet, multiples et variés. Ainsi le geste inconsidéré de Gloria qui commet un homicide à l’aide d’un os de jambon et qui cuisine la pièce à conviction devant les policiers venus l’interroger, s’inspire du moyen métrage de Alfred Hitchcock, Lamb to the slaughter (1958), adapté d’une nouvelle de Roald Dahl (3). A l’instar de Hitchcock, Almodóvar a aussi pris l’habitude d’apparaître dans plusieurs de ses films et le fait ici de façon indirecte en endossant le rôle d’un chanteur d’une opérette sirupeuse diffusée à la télévision, comme l’avait fait auparavant Alfred Hitchcock en servant de modèle à une fausse publicité sur un magazine dans Lifeboat (1944). Pedro Almodóvar se sert une seconde fois du média audiovisuel, trônant au milieu salon familial, afin de parodier une réclame pour le café préfigurant celles des émissions comiques qui se multiplieront à la télévision dans les années 1980.

Cette sympathique comédie gentiment déjantée a tout de même un peu vieillie à l’instar de la tapisserie vintage de l’appartement finalement remplacée grâce au pouvoir psychokinésique d’une petite fille. Reste beaucoup de très bons moments, à l’humour décapant, et la justesse de l’interprétation des acteurs, et surtout des actrices, qui ont pour la plupart l’habitude de travailler avec Pedro Almodóvar. Ce dernier a particulièrement privilégié les rôles de femmes dont celui de la abuela jouée par l’imperturbable Chus Lampreave et celui de Gloria, interprété par Carmen Maura qu’il a rencontré au théâtre avant de débuter sa carrière de cinéaste et qui compose le personnage d’une femme à la fois touchante et fragile totalement dépassée par les événements.


(1) Ces grandes barres d’immeubles ont été construites dans les années 1960, lorsque Madrid connut une rapide croissance démographique due à l’exode rurale de paysans venus en majorité du sud déshérité de l’Espagne.
(2) La mort de Franco en 1975 marque la fin de la dictature et le début du processus démocratique en Espagne.
(3) La nouvelle de Roald Dahl fut publiée dans son recueil Someone like you en 1948.



Corinne Garnier
( Mis en ligne le 05/12/2005 )
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