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L’Enfer c’est l’autre
avec Douglas Buck, Gary Betsworth, Nicca Ray, Sally Conway, William Stone Mahoney
Wild Side Video 2007 /  19.99  € - 130.93 ffr.
Durée DVD 148 mn.
Durée film 104 mn.
Classification : - 16 ans

Sortie Cinéma, Pays : États-Unis, 2006
Sortie DVD : 24 octobre 2007
Titre original : Family Portraits : A trilogy of America

Version : DVD 9, Zone 2
Format vidéo : PAL, format 1.77
Format image : Couleurs, 16/9 compatible 4/3
Format audio : Anglais, Français
Sous-titres : Français

Bonus :
- Commentaire audio du réalisateur
- Making-of (23 min.)
- Entretien avec Douglas Buck (21 min.)
- Galerie photos
- Bande-annonce
- Partie ROM : Scripts imprimables en format PDF

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Family Portraits raconte en fait trois histoires, trois portraits de familles américaines vivant dans une ville de banlieue, à Long Island plus précisément, là-même où le réalisateur a vécu. Ville terne, aux longs espaces, avec ces quartiers résidentiels, ces pavillons identiques, ces rues calmes, ces centres-villes sans âme, ces terrains givrés, et ces citadins absents, aux vies rangées, aux conversations banales mais aux secrets envahissants. Buck explore à partir de ce postulat assez glacial, les frustrations, les échecs, les zones d’ombre et la grande solitude de ces habitants qui finissent par prendre figure sous la forme irrémédiable de la violence (contre soi et contre l’autre) et de la mort.

Cutting Moment, réalisé en 1996, montre comment une femme délaissée par son mari qui, non seulement refuse de la toucher, mais semble la mépriser ouvertement, finit par se mutiler le visage pour qu’il finisse enfin par la considérer. Ce passage à l’acte extrême va conduire le couple à se retrouver, oui mais dans un bain de sang où le sexe et la mort vont se lier de manière absolument tragique. Home, tourné l’année suivante, s’intéresse à un père de famille, qui en repensant à son enfance difficile, enfermée entre un père violent et autoritaire et une mère soumise et dépressive, va prolonger l’expérience traumatisante de la famille en assassinant la sienne. Enfin, Prologue, datant de 2002, opus le plus accompli de la trilogie, revient sur le retour d’une jeune femme dans sa famille après un an de convalescence. On ne sait pas précisément ce qui lui est arrivé, mais on apprend qu’elle a réchappé de justesse à la mort après avoir subi un viol et avoir été torturée alors qu’elle revenait en voiture chez elle un soir. Aujourd’hui c’est en fauteuil roulant qu’elle circule, et ses bras ont été remplacés par des prothèses en métal. Son visage d’ange blafard tranche avec son corps de robot. Mais elle s’aperçoit que beaucoup de choses ont changé depuis un an : le divorce de ses parents et le mariage de son fiancé. Parallèlement, son bourreau apprenant le retour de celle-ci commence son auto rédemption de manière bien particulière.

Si la famille est au cœur du problème, Buck s’intéresse d’abord à la frustration de ses personnages. Ils sont tous en souffrance, mais le silence l’emporte jusqu’à ce qu’ils passent à l’acte. La violence s’exerce tout d’abord sur eux-mêmes en pratiquant l’automutilation (La femme dans Cutting Moments, le mari dans Home et le bourreau dans Prologue.). Ensuite, vient le moment où l’annihilation de l’autre permet la véritable délivrance. Mais Buck ne fait pas dans le voyeurisme malgré le premier acte horrifique et sanglant du premier opus. Si le sang et la violence choquent puisqu’ils sont filmés sans retenue, c’est avant tout l’acte en lui-même qui saisit le spectateur qui se demande jusqu’où ira l’auto-mutilation. Plus que l’image, ce sont les présupposés qu’elle implique qui perturbent la conscience du spectateur, témoin des situations glaciales qui détruisent les protagonistes.

Plans fixes sur les visages silencieux, monotonies des vies qui se répètent dans une incompréhension totale, distance des sexes qui s’attirent mais qui ne s’accordent pas, sexualité impossible qu’elle soit inexistante ou liée aux jeux érotiques sadiques, divorce, frustration, incommunicabilité ; voilà en gros le cinéma de Douglas Buck. Pas une once d’espoir ; pour lui le couple ou la famille s’auto-détruisent de l’intérieur (Cutting Moments), de façon radicale et sanglante (Home) ou encore de manière «classique» et entendue dans un divorce (Prologue). D’ailleurs, la dernière partie de la trilogie opère le processus de manière inverse. Ici, la famille est déjà désunie, et la victime est une rescapée. C’est elle qui va recomposer, difficilement certes, le noyau, et pardonner, en tout cas refuser une vengeance pourtant recherchée depuis le début. Nous sommes ici après le drame de la violence, et chacun tente de se recomposer après les effets dévastateurs de celle-ci.

Le cinéma de Buck dissèque les fissures tenaces que la société conformiste et traditionnelle de la famille distille chez sa population. A priori, le bonheur est possible, des enfants sont nés, l’argent ne manque pas, les situations professionnelles sont aisées ; mais les frustrations, les rejets, la solitude implacable de chacun finissent par éclater pour ensuite laisser place à la culpabilité.

Le réalisateur confie dans un entretien : «Family Portraits est une tentative allégorique de représenter l’Amérique correspondant à un certain état de l’humanité.» Etat clinique où la violence, même si elle est sous-jacente, n’est plus que l’ultime manifestation d’une société en déclin. La télé, même si elle n’est pas le sujet du film, a remplacé le dialogue, chaque personnage la regardant souvent et ne communiquant plus avec les membres de sa famille. De même, les repas, moments traditionnels des conversations familiales, sont ici des instants de silence glacial où les regards n’ont pas même le droit de se diriger vers les visages. «On ne dévisage pas Gary», ne cesse de dire le père autoritaire à son fils dans Prologue alors que le repas se passe dans une atmosphère des plus monacales.

Family Portraits est un film qui ne fait aucune concession en se refusant toute complaisance et perméabilité. Buck va loin mais filme ce qu’il pense être la société de son temps et de son pays. On pense parfois au cinéma d’Atom Egoyan, de Solondz ou encore de Haneke dans le traitement des thèmes de la violence moderne. L’horreur est avant tout invisible et la violence qui en découle ne fait que montrer au grand jour ce qui se passait depuis des années dans les têtes. Les mutilations ne sont que les conséquences physiques et sanglantes (donc voyantes) de l’horreur qui règne au quotidien à travers le dédain de l’autre, du silence et de la solitude des gens. Mais celle-ci est forcément moins apparente, et les indices sont maigres même si c’est avant tout cela qui les pousse à bout. Les plans sont sobres (inspirés par le cinéma de Bergman), les mouvements de caméra très froids, les visages des protagonistes sont marqués et demeurent figés dans un silence qui en dit long.

Bref, Buck fait un cinéma qui dérange certes, notamment à cause des scènes de mutilations difficilement soutenables de Cutting Moments, mais un cinéma qui est intelligent et qui a le mérite de trancher un peu avec le reste des productions du moment. Rappelons que Douglas Buck a mis huit ans pour aboutir à ce résultat et qu’il a produit lui-même son film. «J’ai réalisé Family Portraits en étant responsable de ma propre vision. Sans tenir aucun compte du marketing ni d’un quelconque impact positif pour ma carrière cinématographique. Je voulais raconter ces histoires et les raconter aussi honnêtement que je savais pouvoir les réaliser. C’est ensuite au public, de prendre la responsabilité d’être pour ou contre le contenu du film, et de juger si je dis la vérité ou non.»


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 26/10/2007 )
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